Pour la survie de la démocratie participative

  Je pense que cet élan citoyen lancé et relayé, entre autres, par Désirs d’Avenir a été, tel que j’ai pu le voir à différents échelons, globalement positif, même si la variation dans les formes qu’ont pris les débats ont été pour certaines inattendues, et mériteraient peut-être un approfondissement dans l’harmonisation des méthodes.

  S’il m’est donné la possibilité de donner un avis, je dois avouer que j’ai été majoritairement surpris et très intéressé par les débats, qui ont permis de confronter des points de vue sur des sujets aussi sensibles et complexes que la sécurité par exemple, ou d’expliciter et de mettre en lumière certaines des défaillances et des revendications du corps enseignant. Il me semble cependant que certains au Parti Socialiste n’ont pas totalement « joué le jeu » et ont fait capoter certains débats, ou n’y ont pas mis tout leur « coeur » et toute leur volonté, même si je pense que la plupart des sceptiques ont été finalement convaincus de l’utilité globale de la démarche. J’ajoute ici à propos que l’association des débats avec la présidentielle est assez logique, mais qu’elle gagnerait peut-être encore en efficacité en la couplant avec la bataille des législatives – voire des municipales.

  Ces débats ont également posé la question de la frontière entre le meeting et le débat participatif, avec des différences dans les organisations entre des petits ateliers, des gros ateliers, ou des foules entières variant de plusieurs centaines à plusieurs milliers de personnes pouvant « poser une question » à laquelle il n’est pas forcément fait une réponse. La mesure du temps des interventions et des « présentations de sujet » par rapport au temps réel laissé au citoyen pour s’exprimer est également à définir ; pour avoir vu un « petit » débat qui laissait une plage de réflexion d’une heure et demie environ, je mesure que c’est sans doute un temps assez long laissé pour se concentrer efficacement, et qu’il pourrait peut-être servir de limite (avant un changement de thème ou d’atelier, par exemple). 

  Mais dans plusieurs gros débats, j’ai observé le contraire : une heure et demie de discours pour moins d’une heure de temps laissé, par questions interposées. Il est à noter que ces « extrêmes », de même que certains débats qui peuvent être mal modérés, rapportés, conduits ou constitués, ne se retrouvent que dans les débats « dans le réel », lorsqu’il faut faire se déplacer des personnes « autour d’une table, sur un sujet », mettons.

  Un type de participation aujourd’hui encore non quantifiable en matière de qualité de l’intervention est celle d’Internet, plus généralement de la participation écrite à distance, consultable par tous. J’aimerais simplement l’inscrire, dans notre Histoire de France, en analogie avec la Commune insurrectionnelle de Paris, dont elle partage des éléments du système (jurys citoyens, révocation des élus, mandat unique). Mais, a contrario de la Commune de 1871 ou de la Grande Bibliothèque d’Alexandrie (qui sont aussi des initiatives d’intelligence collective), Internet n’est pas le papier; il ne « brûle » pas, il ne peut être tué par des soldats, ou détruit d’une quelconque manière aussi facilement.

  Je précise également que ce moyen de participation permet un « incognito » intéressant qu’il faut conserver (pas de photos, pas de traits distinctifs), et qui permet d’abolir la barrière de la timidité, ainsi que de nombreux comportements liés à l’égo ou à la défense d’un drapeau politique (moi chuis PRG, moi chuis MRC, moi je suis…). En revanche, c’est évidemment un moyen qui n’est pas à disposition de tous les foyers, qui n’est pas évident à approcher de prime abord, et c’est un geste intellectuel que de nombreux français ne feront pas, malheureusement (sans compter qu’il peut être infiltré et relayer de la désinformation) 

  En accordant néanmoins que cette entreprise a été globalement positive d’une part, et d’autre part qu’elle a soulevé des idées et rapporté des constats dignes d’intérêt pour l’avenir de la France, je propose qu’elle soit reconduite chaque année, par exemple durant deux mois pour la participation « en débats réels » et le restant de l’année sur Internet. Ceci afin de pérenniser une démarche qui ne peut être que démocratiquement vivifiante.

  J’ajoute qu’à mon sens, tous les autres partis devraient procéder de même, et que des rencontres et des débats entre partis, à travers ces sortes de « penseurs citoyens », seraient encore un moyen d’appuyer une démocratie représentative. A ce titre, la connexion entre les débats et les députés ou membres du Bureau ou de la hiérarchie du PS (ou du mouvement qui fera de même) est très importante, car elle est garante dans un sens du respect du souci de vérité (rapporter la parole du « peuple », lui répondre éventuellement et faire remonter les informations), et dans l’autre sens représente une éventuelle tribune pour les responsables associatifs, les hommes politiques – maires, par exemple… qui leur permet de se rapprocher encore de la population et de ses besoins.

  C’est donc à la fois, ce me semble, un processus démocratique et de confiance, qui est certes très socialiste, puisqu’il tend à nouer des liens au sein et avec le peuple, pour rendre les masses plus fortes, plus créatives. 

  Mais la théorie a rarement été atteinte, à mon humble avis, car il faudra du temps pour que cette idée s’installe durablement au sein de la population française, si tant est qu’on n’essaie pas de la détruire (Bonne chance à celui qui essaiera). La méfiance à l’égard des « politiques » est réelle en France, et le Parti Socialiste a gagné, du fait qu’il existe depuis longtemps, une image assez conservatrice (alors qu’à droite, ils ne cessent de changer de nom, et perpétuent un système despotique bien plus ancien…).  

  La démocratie participative, en ce sens, en impliquant le citoyen, ne doit pas le décevoir, et fera forcément jaser une grosse part des français, qui s’en moqueront ; le niveau intellectuel n’y est pour rien, car des centaines de philosophes auront traité de « populiste » une idée qu’ils n’ont pas même été voir, et des débats dans lesquels ils n’ont jamais mis les pieds. C’est que la démocratie n’est pas une mode, nonobstant les élections. Certains s’en ficheront toujours éperdument, d’autres militeront pour rien pendant des mois. La démocratie se trouve peut-être aussi dans le respect de ce choix.

  Oui, les français (y compris nos partisans) sont des chieurs qui peuvent être persuadés de tout connaître sur quelque chose sans en avoir été consulter le programme. Mais cette phase de « méfiance » sera à mon avis dépassée si l’idée reste pérenne, et survit à un rythme régulier mais qui doit garder son caractère exceptionnel (pour ne pas faire d’effet « boite à idées » laissées dans la rue qui terminent en poubelles, et que plus personne ne voit).

  Surtout, le processus doit être assorti d’un maximum de réponses, de retours… Le rêve, dans notre perspective, serait que Ségolène Royal accepte de dialoguer très librement de questions en questions, pendant une heure par exemple, assez régulièrement. Ou, sur Internet, qu’elle intervienne même directement dans certains échanges (et que cela soit vraiment elle). On peut même imaginer des interviews par Internet, afin de faciliter les connexions avec son agenda et ses impératifs de sécurité. 

  J’en profite également pour glisser ici quelques suggestions pour améliorer l’efficacité des débats : un magnétophone par atelier, pour ne pas perdre un mot, un rapporteur choisi dans le « public » pour coordonner la synthèse des ateliers, des petites structures (moins de vingt participants, pour éviter l’effet « noyé dans la masse ») avec un modérateur énergique et respectueux, des PodCasts par exemple pour les diffuser sur Internet MAIS attention aux droits d’images et à la volonté de certains participants de ne pas être filmés, des synthèses expédiées aux participants par mail enfin, avec une possibilité de quelques jours pour revenir dessus avant qu’elles ne soient « remontées ».    

Laisser un commentaire

WADE - Président - |
la vérité |
Mohamed Fouad Barrada |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | sarkosy un espoir pour la f...
| Sylvie Trautmann
| optiqueslibérales