Une affaire de Centre (re)naissant

  Charlie Hebdo consacre un article assez fouillé sur le congrès de mort de l’UDF/Naissance officielle du MoDem. Comme le JRDF n’est pas sectaire, on transmet…

  Est-ce l’approche des fêtes ? Les centristes n’ont décidément plus envie qu’on les compare à une volaille Ce fut toujours un sujet entendu pour la grande famille gaulliste, un jeu si drôle, de plumer la volaille centriste, de la rouler dans la farine, puis de la faire frire, cette tendre bête… Le pire, c’est qu’ils s’y étaient tellement habitués, les petits frères, les supplétifs, les pâlichons, qu’ils tendaient le cou d’eux-mêmes, s’il vous plaît, ne soyez pas maladroits, évitez de faire mal, c’est inutile et gratuit, non ? Tant que vous y êtes, juste avant de sortir le couteau, mettez un soupçon d’Europe dans votre programme, dîtes que l’homme est au centre de votre dessein, c’est notre truc, ça nous fera plaisir… Vendredi soir, Bayrou a choisi de porter le fer dans la plaie. Le genou à terre, c’est terminé. Fini, le complexe du cadet. Et pour exorciser cette nouvelle tentation, l’UDF a été mise à mort. Bien sûr, comme un homme qui se sépare d’une femme qu’il respecte encore, il y a mis les formes. On a fait voter le bureau politique, on a pris le temps de s’expliquer. Et puis, on ne part pas comme un voleur. Au sein du MoDem, officiellement créé ce week-end, les intérêts « moraux, financiers et juridiques… » de l’UDF seront garantis… pendant trois ans. Mais, à l’évidence, le patron aime ailleurs. L’UDF doit mourir pour qu’émerge le MoDem, il l’a dit avec une dureté – une violence parfois – qui a mis les larmes aux yeux de certains militants : « L’UDF est un forme politique du passé. Trop de compromissions ont abîmé cette image, trop de roueries, des alliances contre-nature, de la langue de bois, de la soumission, il nous faut une bannière qui soit neuve comme notre marche est neuve »

  Secoués, fatigués, usés parfois, ils l’ont suivi néanmoins. Il faut dire que le patron a du métier pour flatter l’encolure des vieux grognards meurtris : « Certains voudraient garder la vieille maison, et je ne sous-estime en rien les difficultés à passer d’un monde à l’autre. Voulez-vous que je vous dise : je les aim. J’aime leur cuir tanné, j’aime leur expérience, j’aime quand ils sont auprès de moi. » [NLR : Tu métonnes...] Thierry Cornillet, ancien patron du Parti radical valoisien, et de ce fait sans doute naturellement enclin à la prudence, a joué le rôle du gardien de patrimoine : « Il ne faut pas saborder notre famille politique : nous pourrions eut-être un jour en avoir besoin pour survivre. » [NDLR : Ca veut dire rester de droite...] Survivre ! Comme s’il s’agissait de cela. Bayrou veut vaincre, et ils le savent. On lisait dans les yeux du patron une incompréhension de fond devant tant de tiédeur. La salle tanguait pourtant un peu, et les pauvres grognards se demandaient si l’ami Boulanges, parti comme tant d’autres quelques mois plus tôt, n’avait pas raison. Dis, François, n’es-tu pas sûr que tu ne nous refais pas le coup du capitaine Achab avec Moby Dick ? Dis, François, nous entraîneras-tu tous dans la mort si tu n’atteins pas ton but ? Bayrou rassure, cajole, mais non, voyons, quelle idée, mais il pense aux autres, aux nouveaux militants. Le sénateur Jean Arthuis, centriste depuis toujours, et dont les parents étaient marchands de volailles, est venu justement parler des « autres ». Il les a rencontrés. Il n’est pas conquis. « Ca nous change, ça oui. Les réunions sont… vivantes. » a-t-il lâché ironiquement, tordant sa petite bouche fine.

  Vendredi soir, l’UDF est enterrée, et, dès samedi matin, les chouchous du patron sont là. Les vieux grognards les regardent sans agressivité, étonnés par tant de décontraction d’insolence parfois.

  Ils sont venus des Verts, du PS, d’ATTAC parfois, plus rarement de la Ligue. La plupart n’avaient pas d’attache partisane. Certains biberonnés à la démocratie participative ségoliste, d’autres aux interminables arguties qui sont la marque de fabrique des intellos de gauche. Tous avec une volonté farouche de prendre la parole, sur fond de « on nous cache tout, on nous dit rien ».

  Ils sont venus discuter pied à pied les statuts du nouveau parti, le moindre amendement, le moindre mot. Bayrou s’amuse comme un petit fou de ce jeu de ping-pong. « Et moi, et mon idée ? » proteste un militant. « Allez-y, défendez-la ! ». Bayrou écoute, dit souvent « Je vous donne raison ». Une femme crie : « On m’a coupé le micro ! » Il répond : « Madame, ici on ne coupe pas les micros. » A la fin de la journée, le patron fatigue un peu : « Je ne sais même plus où on en est. » Ils prennent tout en notes, n’en finissent plus de s’inscrire pour prendre la parole. Bienvenue dans l’univers d’Internet, de la démocratie intégrale, du « y’a pas de raison que j’m'exprime pas ». Bayrou parvient tout de même à leur faire accepter une structure efficace, dont il conservera le contrôle. Jean-Luc Benahmias, député européen, ancien membre des Verts, aujourd’hui à l’état-major du MoDem, aide le patron à museler un évident surmoi gauchiste chez les petits nouveaux en rappelant l’histoire des Verts, parti avant-gardiste devenu un nain politique par immaturité.

  Dimanche, 13 heures. Le Modem est sur les fonts baptismaux, et Bayrou prononce la phrase qui les rassemble tous : « Désormais, l’inéaglité n’est plus considérée comme une chose à réduire, à combattre, mais comme le meilleur moteur de progrès d’une société. Ce projet est directement en contradiction avec ce que l’Europe a voulu faire de son destin. Je le dis,  y a d’autres réussites que l’argent. Nous ne récusons pas l’efficacité économique : nous réclamons plus de justice, voilà tout. »

  A l’heure des comptes, le MoDem compte 70 000 militants à jour de cotisation. L MoDem a donc une armée, et la volaille, des dents. (Anne-Sophie Mercier)

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