posts du 7 février, 2008


Désirs d’Avenir sauve l’honneur (1)

  Le voici donc, le fameux article promis précédemment, qui traite de la dernière grande réunion participative autour de Ségolène Royal, et qui a été, à mon sens, une réussite. De 10H à 17H, dans un cadre adapté (la grande salle à l’étage de la Bellevilloise, un peu spartiate mais qui a fait l’affaire), en laissant une plage d’environ une heure et demie au total de parole pour le public… Bien sûr, les journalistes avaient tous disparu de la circulation trois minutes après la sortie de la Dame du Poitou, mais bon… c’est tellement répété qu’à force, on s’habitue. Nonobstant donc, je vais m’employer à relater ici les idées exposées par les « animateurs » comme par le « public », un peu pêle-mêle, mais bon, le coeur y est… pardon pour le délai, mais douze pages de notes, ça ne se transpose pas en une minute. Cet article sera suivi, normalement, par d’autres qui expliciteront tout un tas d’idées, certaines personnelles, certaines glanées en presque 2 ans de démocratie participative (comme le temps file…). Bien sûr, l’actualité ne sera pas en reste, mais je suis plus fermement partisan de la construction que de la critique.

  Cet article ne citera que rarement les noms des animateurs et des participants, d’une part parce qu’ils n’étaient pas tous clairement présentés, d’autre part parce que, justement, les idées sont pour moi mille fois plus importantes à étudier que les personnes. A mon arrivée donc, Royal vient de partir, et un animateur déclare que la gauche ne doit pas céder à la tentation de la « bonne gestion », dans l’optique des futures municipales. Il avance l’argument que les français, lorsqu’ils votent pour les progressistes, attendent une vraie gauche, et pas seulement une alternative à la droite, toute compétente qu’elle soit. De même, l’orateur met en garde contre une future dérive du développement durable; il ne faut pas que ce dernier engendre de nouvelles inégalités, notamment en ne profitant qu’à quelques-uns. Il termine son allocution en citant des principes contre lesquels je n’ai certes rien à redire, à savoir la politique de l’acte et de la réalisation, et surtout, le fait de ne pas avoir peur d’exercer un contrôle.

  Les débats commencent réellement, axés autour du thème de la « vie chère », surtout dans le cadre des municipales, et d’une manière générale, de l’égalité et de la redéfinition du rapport au sein des entreprises (très intéressant d’ailleurs, entre autres par la présence bienveillante de la directrice du BHV, qui prouve que le gros patronat peut aussi avoir une sensibilité de gauche humaniste… j’y reviendrai plus loin). Sur la question du logement, on énumère des chiffres : sa part représenterait, en moyenne, plus de 25% du budget des ménages modestes, contre moins de 15% pour les plus fortunés (j’ai personnellement connu des cas plus extrêmes encore, par exemple des petits retraités qui reversent plus de la moitié de leur pension dans le loyer). L’idée qui jaillit de ce constat consiste à réévaluer les baux des HLMs tous les neuf ans (pour moi, on devrait même l’étendre à tous les logements, quitte à faire preuve d’autoritarisme). La discussion a, par la suite, tourné autour des expropriations, qui doivent être mieux contrôlées dans un évident objectif humaniste, et autour de l’accession à la propriété, un rêve certes très important pour nombre de français, mais qui peut avoir de tragiques conséquences (réduction de la mobilité au sein de l’immobilier, endettement, crédits « évolutifs » qui ne peuvent être remboursés, et travaux divers qui peuvent atteindre des sommes colossales…). Plus difficile à comprendre, et plus polémique peut-être, la volonté de réduire la taxe d’habitation (qui profite à la commune) de 14,5% à 10%, avec en contrepartie une hausse de la taxe locative (qui profite aux collectivités territoriales, mais prévoit souvent nombre d’abattements).

  Un autre sujet abordé, dans le cadre de la lutte contre la « vie chère », à savoir la question des crèches. Les socialistes avancent alors un projet très simple, que j’applaudis des deux mains, et déjà en partie réalisé : des crèches publiques accessibles 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, à des tarifs évidemment bas. Ce problème de trouver où faire garder son enfant est très important : il grève les recherches d’emploi, notamment, et contribue au clientélisme électoral (je te file une place en crèche si tu votes pour moi, une tactique éprouvée à droite, par exemple dans le 92… n’est-ce pas monsieur Balkany ?)

  Par rapport à la question de l’alimentation, les réponses abordées m’ont également agréablement surpris par leur aspect « radical » : les socialistes (de Désirs d’Avenir , au cas où cela ne serait pas suffisamment clair) proposent des circuits courts pour assurer l’accès aux aliments de base, en gros des ventes organisées presque directement du producteur au consommateur, à des prix évidemment plus bas qu’en grande surface (puisque celle-ci en profite pour récupérer sa marge dans l’intervalle). Personnellement, et c’est une idée que je développerai plus tard, je suis partisan de mesures encore plus radicales : assurer qu’en France, plus personne ne mourra de faim, en développant des épiceries sociales ou un simple don organisé de pâtes, de riz, de pain… des ressources qui, achetées en énormes quantités, ont un coût minable (on peut probablement faire descendre le paquet de 500g de pâtes en-dessous des 40 centimes… et nourrir avec une personne pendant deux ou trois jours !). Mais revenons aux mesures avancées par DA… en finançant à l’avance des circuits courts, basés sur l’assurance d’écouler les produits (donc en restant en contact avec le consommateur), on peut effectivement établir des systèmes non seulement écologiques, mais rentables, et produisant des aliments à très bas prix. A titre d’exemple, le pain bio produit de la sorte, actuellement, coûte 35% moins cher, au final, pour le consommateur.

  Au niveau culturel, DA propose d’établir un ticket-musée à 1 Euro pour relancer la fréquentation, voire même 1 Euro par semaine… personnellement, je trouve cela trop bas, et l’un de mes précédents posts sur l’Institut Edgar Quinnet, au cours duquel fut également évoqué ce principe (gratuité en fait, mais c’est très proche) traitait du fait que, de toute manière, certaines personnes n’iront JAMAIS au musée. Pour ma part, je pense donc qu’une bonne mesure doit être gardée, entre le prix du ticket qui finance le musée, et son accessibilité. Les pass (à 10 Euros l’année par exemple) sont, à ce titre, un bon compromis me semble-t-il. Plus révolutionnaire encore, à mon sens, la mutualisation des accès haut-débit, permettant de couvrir l’intégralité du territoire, en assurant un service équivalent pour un prix encore plus abordable. Un participant a également évoqué l’intérêt crucial du microcrédit popularisé par Royal dans sa région, qui permet de créer les premières structures d’une activité, en contournant le piège des banques méfiantes, méprisantes, et de leurs taux d’intérêt élevés – le microcrédit étant un prêt à 0%.

  Je termine cette première partie avec une idée d’un participant, compliquée à comprendre, mais proprement géniale : pour payer l’usufruit des loyers à l’Etat, dans le cas des HLMs par exemple, celui-ci peut utiliser le « crédit vendeur », une procédure limitée à 50% du montant de la transaction, étalée sur 1 à 3 ans, qui établit une dette directement entre les contractants, sans passer par une banque. Résultat : une baisse de 40% du total à payer, par rapport à la méthode classique de taxation.

La Cour des Comptes pas contente…

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  Quand on pense que c’est Séguin qui la préside… ben alors, ils se tapent entre eux, maintenant, à droite ? En tout cas, on ne peut que saluer l’honnêteté et l’intégrité de cette institution (pour l’instant)…

 

Le rapport de la Cour des Comptes publié mercredi, qui passe traditionnellement au crible les politiques publiques, fait cette année la part belle aux maladresses coûteuses et à la gestion approximative de l’Etat dans ses privatisations et ses opérations immobilières.

Faute de stratégie claire et d’une bonne évaluation des conditions de marché, « l’Etat actionnaire » ne réalise pas toujours de bonnes affaires et les recettes des privatisations ont eu trop souvent tendance à financer les dépenses courantes du budget général plutôt que le désendettement de la France.

La privatisation des sociétés d’autoroutes (de 2002 à 2006) est notamment montrée du doigt, l’Etat ayant au passage omis de protéger l’usager contre des hausses tarifaires excessives des nouveaux concessionnaires privés.

Retards, surcoûts, incohérences: la compétence de l’Etat dans le domaine immobilier ne paraît guère plus satisfaisante à la Cour, qui dénonce des dérapages multiples et une gestion « au fil de l’eau ».

Quant à la liquidation des actifs douteux hérités du Crédit Lyonnais, du GAN ou du Crédit Foncier de France dans les années 90, elle aura coûté plus de 20 milliards d’euros au contribuable, qui a souvent réglé la note en lieu et place des sociétés concernées.

Le rapport passe ensuite en revue une vingtaine de sujets, du CNRS, dont l’Etat doit clarifier le rôle, la fusion ANPE-Unedic, les universités des villes nouvelles en Ile-de-France, victimes de leur succès.

L’institution s’alarme particulièrement de la situation de l’hôpital-prison de Fresnes et des « risques » qu’y encourent les patients, notamment à cause de la pénurie de médecins.

L’Etat est encore une fois épinglé pour ses retards dans l’emploi des handicapés et sa « médiocre » gestion des retraites des fonctionnaires.

Et la Cour inflige une volée de bois vert à la « dotation de continuité territoriale » destinée à subventionner les billets d’avions entre la métropole et l’outre-mer: un « échec » qui a en prime engendré des « abus »

Oui ils se foutent de vos gueules

  Je l’avais soupçonné, et j’aurais préféré me tromper… les OGMs en plein champ seront bien balancés lors de la prochaine saison des semis (dixit Barnier). Voilà ce que vaut la parole de l’UMP. On invoque un principe de précaution devant les caméras, pour se torcher le cul avec une fois les projos éteints. Est-il besoin d’épiloguer ? La politique de la droite au pouvoir me file la nausée…

PARIS (AFP) – Le ministre de l’Agriculture Michel Barnier a annoncé mardi devant le Sénat que de nouvelles autorisations d’essais de culture OGM en plein champ seraient délivrées « dès 2008″.

« Il nous faut une recherche en plein champ et dès 2008″ a déclaré M. Barnier en présentant le texte de loi sur les organismes génétiquement modifiés.

« A cette fin, j’ai obtenu que par décret une commission d’évaluation des demandes d’autorisation d’essais en plein champ soit mise en place. Cette commission nous permettra d’autoriser dès 2008 des essais en champs dans des conditions sécurisées », a-t-il précisé.

La loi sur les OGM dont le Sénat commence mardi l’examen, doit créer un Haut Conseil des biotechnologies, qui sera chargé de procéder à l’évaluation préalable du risque lié à ce type d’essais.

La France a décidé d’activer à Bruxelles la « clause de sauvegarde » et de suspendre les cultures OGM en milieu ouvert, notamment celle de la seule culture commerciale concernée, le maïs MON810, jusqu’à ce que la commission européenne ait procédé à de nouvelles expertises.

Pour Lylian Le Goff, responsable de la mission biotechnologies de la fédération France Nature Environnement (FNE, 3000 associations), chargé du dossier OGM: « il n’est pas urgent de reprendre les essais en plein champs (mais) il est urgent d’attendre l’installation du Haut conseil des biotechnologies et de lui laisser le temps de travailler dans la sérénité ».

Pour FNE, « l’annonce de Michel Barnier n’est certainement pas conforme à l’engagement du gouvernement en faveur d’une recherche scientifique renforcée, transparente et pluraliste ».

Les Verts ont jugé mardi que les déclarations du ministre de l’Agriculture Michel Barnier sur les OGM faisaient penser « quasiment à de l’escroquerie ».

Commentant l’annonce d’autorisations de cultures en plein champ par le ministre, Cécile Duflot, secrétaire nationale du parti écologiste y a vu « la confirmation des pires craintes des Verts ».

« Cela fait penser quasiment à de l’escroquerie, car suspendre les cultures en plein champ en hiver pour les reprendre au printemps, c’est à la fois se moquer du monde et ne pas tenir sa promesse », s’est insurgée la responsable.

Par ailleurs quelque deux à trois cents militants anti-OGM ont manifesté bruyamment devant le Sénat mardi soir, alors que les sénateurs entamaient l’examen du projet de loi sur les organismes génétiquement modifiés.

Les manifestants qui venaient du boulevard Saint-Michel ont été arrêtés par des barrières métalliques en haut de la rue de Tournon, alors qu’un cordon de policiers était déployé devant le palais du Luxembourg.

Le cortège était précédé d’un camion sur lequel avait été érigé un épi de maïs en toile gonflée à l’air chaud, de 4 à 5 mètres de haut.

Sous la bannière de la Confédération paysanne, des Amis de la Terre et des Faucheurs volontaires, les manifestants scandaient : « A ceux qui veulent imposer les OGM, nous répondons : Résistance ! ».

Au Tchad

  L’une des dernières boucheries de notre actualité… enfin, du moins, cette révolte est traitée comme telle. Qui ira chercher la vérité, hein ? Donc le gouvernement de Déby est attaqué par des « méchants rebelles », et de son côté, la « gentille-ONU » demande de soutenir le pouvoir « légitime ». Sur ces entrefaites, Sarkozy nous apprend que l’armée française n’a pas été déployée au Tchad pour « s’opposer par les armes » (ben non, ils sont là pour cueillir des fleurs voyons), mais qu’elle respectera la décision de l’ONU au cas où les « agresseurs » ne rentrent pas gentiment chez eux sans faire d’histoires.

  C’est vrai ça, qu’ont-ils donc, ces vilains-rebelles-pas-beaux, à se révolter contre une dictature militaire sanguinaire entérinée par des élections truquées, hein ? La France s’est officiellement retirée de ses anciennes colonies, c’est vrai… mais personne n’a  parlé des gouvernements ! Après tout, qu’est-ce qui peut empêcher une puissance mondiale de financer et de soutenir une junte militaire en échange de ressources et de contrats d’armement, mmm ? Le respect de la souveraineté des tchadiens ? L’honnêteté la plus élémentaire ? La passion de la démocratie ? On voit bien que ces arguments sont fallacieux. Après tout, une dictature de plus ou de moins, mon bon monsieur, vous savez… C’est pas l’ONU que ça dérangera. La preuve, à l’unanimité, elle vient de décréter que Déby était un martyr. 

  Ouf ! On est rassuré. Manquerait plus que le peuple tchadien établisse un régime qui ne soit pas corrompu… et notre pétrole, on irait le chercher où, hein ?

Sarkozy avant/après

http://www.dailymotion.com/relevance/search/promesse+election/video/x40bic_promesse-de-sarkozy-fait-bien-rire_politics

Une vidéo qui compare les promesses de la campagne avec le fameux discours « les salaires ne seront pas augmentés », qui a dernièrement fait fureur (popularité négative dans les sondages, et pan dans les dents !). C’est vrai que c’est drôle. Un peu trop réaliste pour moi, mais bon, les gens retiendront peut-être mieux comme ça…

2050 ?

http://www.dailymotion.com/video/x1l4m6_2050

Un petit résumé, sur un ton assez « léger », des désastres qui nous pendent au nez… pas besoin d’attendre 2050, à mon avis, pour les voir de près. Je ne suis pas d’accord avec l’intégralité du reportage, mais rien que pour les chiffres cités, c’est vraiment terrifiant… Enjoy !

Sarkozy se rattrape de justesse (au bord de la fenêtre)

  A n’en pas douter, s’il y a une catégorie de personnes, en France, qui fait et défait les gouvernements, ce sont bien les vieux. Les vieux votent, assez systématiquement; leur nombre augmente d’années en années; surtout, ils sont le fer de lance de la droite, qui ne cesse de caresser dans le sens du poil leur conservatisme latent. Evidemment que tous les vieux ne sont pas identiques, mais c’est une tendance très nette, que les dernières élections présidentielles ont confirmé (seuls les + de 65 ans ont voté majoritairement pour l’UMP).

  On imagine donc très bien l’effet qu’aurait, sur le pouvoir en place, un revirement de l’opinion, au moins dans cette frange de la population. D’autant que Sarkozy a été très loquace dans ce domaine, promettant revalorisation des retraites, soins dentaires et ophtalmologiques gratuits… la surprise vient du fait qu’il semble, à présent, se rappeler ses paroles. Et parait vouloir les mettre en oeuvre… à moins de deux mois des municipales, quelle surprise… Donc, ami lecteur, y crois-tu, toi ? Moi, j’ai des doutes, mais si cela se produit (au moins des primes et une revalorisation pour les retraités), c’est toujours ça de pris pour le peuple… et c’est mon mot d’ordre. A noter toutefois que la prime semble exceptionnelle, et qu’elle tombe décidément à point nommé… enfin, vous avez compris…

 

PARIS (Reuters) – Une prime de 200 euros sera versée au début du deuxième trimestre aux bénéficiaires du minimum vieillesse, a annoncé Nicolas Sarkozy aux partenaires sociaux réunis à l’Élysée.

« J’ai décidé d’accorder à chacun des bénéficiaires du minimum vieillesse une prime de 200 euros pour les aider dès maintenant à faire face à leur charge dans leur vie quotidienne », a dit le président de la République, selon le texte de son intervention diffusé par l’Élysée.

« Cette prime est, en quelque sorte, une avance à valoir sur les revalorisations à venir, sur lesquelles j’ai pris des engagements. Elle sera versée au début du second trimestre », a-t-il ajouté.

Il a confirmé vouloir revaloriser le minimum vieillesse de 25% et porter de 54 à 60% le taux des pensions de reversion sur la durée de son quinquennat.

Emmanuel Jarry et Jean-Baptiste Vey

Logement contre prostitution

  Un dossier effarant émanant de Libération… rappelons que déjà, on estime qu’environ 10% des étudiants français du cycle supérieur (surtout de sexe féminin) se prostituent…

Il a rappelé une heure avant pour s’assurer que nous serions bien au rendez-vous, a ouvert la porte de son appartement en souriant, a offert un verre au salon, puis s’est assis, le sourire toujours aux lèvres et les yeux vissés sur nous. Antoine (1), 47 ans, haut fonctionnaire, est bavard et disert sur la «colocation» qu’il propose. «Confort», «calme», «indépendance»«C’est un quartier agréable. Et vous aurez votre chambre.» Mais ce dont Antoine aimerait surtout parler, c’est des contreparties qu’il attend de sa colocataire. «Se promener nue le plus souvent possible. Ecarter les jambes sur le canapé pour m’exciter. Pas de contrainte de fréquence pour les rapports sexuels, mais faudra pas se foutre de ma gueule non plus. Au début, je risque d’avoir envie souvent.» Voilà environ deux ans qu’Antoine recrute ainsi des colocataires, via une annonce sur le site Internet Missive, à laquelle nous avons répondu. Pas de loyer numéraire, on paye en nature. Pas de bail non plus, «tout est basé sur la confiance». Quant à la durée, «pas de limites». «Ça peut être en mois, en années. Les seules filles que j’ai virées sont celles qui ne respectaient pas leurs engagements.»

Antoine n’est pas le seul à pratiquer ce type d’échange – appartement contre sexe – à Paris. Dans un contexte de crise du logement, la formule semble s’être répandue. Sur Missive, la rubrique parisienne «A louer» recense de nombreuses offres d’hommes proposant des colocations ou studios indépendants «contre services sexuels».Mais également de femmes, troquant leurs charmes contre un toit. Ailleurs, sur Kijiji, Vivastreet ou dans le journal gratuit Paris Paname, on trouve aussi des annonces, plus masquées. Le mot sexe n’apparaît pas, ce sont les mentions «pour jeune femme», «contre services» et l’absence de montant pour le loyer qui servent d’indices.

Exigences. Antoine est lucide sur les motivations de ses colocataires. «Je sais bien que si vous aviez les moyens de vous loger autrement, vous ne viendriez pas chez moi.» Ce qui n’entraîne aucun scrupule quant à ses exigences, dont la liste s’allonge au fil de l’entretien. «Je veux pouvoir vous observer aux toilettes. J’aimerais que vous soyez là le soir quand je rentre. Ce serait bien si on pouvait dormir ensemble. Je veux du ménage et du repassage.» On quitte Antoine en pleine description des jeux «uro-scato» dans lesquels il nous imagine. Pour rejoindre notre deuxième rendez-vous.

Dans cette rue sombre proche de la gare Saint-Lazare, l’homme attend au bas de l’immeuble, silhouette courbée rasant les murs. L’adresse qu’il nous a donnée au téléphone n’est pas la bonne. Il nous entraîne un peu plus loin, dans une arrière-cour, puis dans un petit ascenseur sans lumière. Au sixième étage, on débouche dans une chambre d’à peine dix mètres carrés : un néon verdâtre, un vieux lit en mezzanine et une douche en plastique crasseuse. «Voilà, dit Amar. 650 euros, à négocier si arrangement.»

Enervement.La formule est la même que dans l’annonce postée sur Missive. On demande des précisions. «450 eurosplus deux week-ends de sexe par mois», répond-il. Amar habite en banlieue : les «week-ends de sexe» peuvent avoir lieu ici ou chez lui, dans les Yvelines. «Je peux faire un bail, mais il va falloir être très gentilles.» Amar a fermé la porte, et reste debout, appuyé contre la poignée. Son ton devient agressif : «C’est une bonne offre, les agences demandent 850 euros plus une caution pour ça.» «C’est pas une arnaque», répète-t-il de plus en plus énervé et menaçant. Nous demandons à visiter les toilettes sur le palier. Et prenons précipitamment congé.

De tous les hommes contactés, Laurent, 32 ans, est le seul à manifester une certaine timidité. Dans son studio propret du XVe arrondissement, il parle de tout, du temps qu’il fait, et surtout pas de l’annonce qu’il a passée. «J’ai connu Missive par leur rubrique de rencontres SM, se lance-t-il enfin. Je n’aurais jamais eu l’idée de proposer un hébergement contre du SM si je n’avais pas découvert là que ça se faisait.» Documentaliste, Laurent est un beau jeune homme svelte, les épaules carrées, le visage doux. «Ce que j’aime, confie-t-il,c’est être attaché. Servir à table en soubrette. Lécher des bottes en me prosternant.» Laurent propose de partager son modeste clic-clac en échange de quelques séances de ce type. «Je ne demande pas de relations sexuelles classiques. L’idée, c’est que ça reste cool. La fille a la clé, elle mène sa vie, mais juste, de temps en temps, elle me dit : « Fais ça. » Ou moi, spontanément, je m’y mets, je lui sers de chaise, de repose-pieds.» Laurent a déjà eu deux expériences de colocation qui se sont «très bien passées». «Peut-être que les filles sont poussées à ça par leurs difficultés, admet-il. Mais, au final, chacun y trouve son compte.»

C’est aussi le credo de Julien, 30 ans, qui parle d’«échange de bons procédés». Agent de sécurité, il héberge régulièrement «des filles» dans son joli deux-pièces de l’Ouest parisien. «Ce sont souvent des escorts, qui viennent de province se faire un peu de fric à Paris. Je les reçois pour un mois ou deux, rarement plus, parce qu’après on se lasse.» Plutôt distant, Julien explique qu’il ne demande pas d’argent mais «du sexe classique» et «pas de prise de tête, parce qu’[il a] déjà eu des filles qui [lui] ont mis le bordel». Ses «colocataires» disposent du canapé-lit du salon, tandis qu’il dort dans sa chambre. Peu de temps après notre visite, il envoie un texto : «Désolé, ça va pas le faire.»

Didier, au contraire, est «très, très motivé», comme il le répète dans ses nombreux messages. Il nous propose un deux-pièces dans le XVIIIe contre «550 euros, plus deux trois rencontres par mois». Il habite ailleurs avec femme et enfants, mais peut se «débrouiller» pour nous rejoindre les week-ends. Malheureusement, l’appartement n’est «pas encore» visitable. «J’attends le départ des locataires», nous explique-t-il lorsque nous le rencontrons à la terrasse d’un café. En attendant, il propose de «commencer» déjà le sexe. «Pour voir si on se plaît».

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