Sarkozy vient-il de perdre sa réélection ?

  Tandis que les derniers votes s’accumulent dans l’isoloir, l’Elysée fait très officiellement part de la volonté de notre Président de « changer de style ». Bon… Cela traduit la fin d’un certain autisme, prenons-le comme tel mais, ami lecteur, pour être franc, je m’en contrefous complètement. A la limite, ce côté « franc du collier » de Sarkozy ne me gênait pas, et si son remariage a fait jaser, avouons-le, je pense que c’était un faux procès, qui ne traduisait pas véritablement de réflexion politique. Mais la communication est ainsi faite, qu’il est plus facile de parler de Carla Bruni, que d’une réforme nécessaire du CSA, ou de la PAC, par exemple.

  Là où le bât a réellement blessé (en suposant que les déclarations de Sarkozy soient sincères, on va employer le passé), c’était lorsque les ministres l’UMP se répandaient dans les pages glacées des magazines people, ou quand les propos de notre Président ont sévèrement manqué de retenue… Cependant, ces algarades n’étaient, in fine, que des détails, certes hautement symboliques; Ce qui est nettement plus préoccupant, pour ne pas dire uniquement préoccupant, est la situation concrète des citoyens de ce pays, notamment par rapport aux promesses dorées faites il n’y a pas si longtemps…

  A la réflexion, je maintiens que Sarkozy est  »honnête » dans sa démarche; Le problème, c’est que l’honnêteté est une valeur subjective, et que toute sa méthodologie politique, depuis le commencement, est basée sur l’esbrouffe. C’est sans doute son milieu d’origine qui veut ça, un univers très éloigné de la vie des « gens », dans lesquels ceux-ci ne sont que des créatures qu’on doit séduire lors des élections. Pour Sarkozy, la politique semble être un jeu; il l’évoque dans le livre de Yasmina Réza lorsque, avant d’entrer en scène, il relit le discours qu’on lui a préparé, portant sur « la gauche qui soutient les délinquants », le trouve profondément de mauvaise foi, puis hausse les épaules et marmonne : « Il faut bien aller au feu ».

  Non pas que l’homme soit dénué de valeurs, je ne le pense pas; Simplement, elles restent en tant que telles, des valeurs, de jolies images qui ne sont jamais vraiment appliquées. Sarkozy a sans doute toujours pensé que la ruse et le charisme suffisaient pour « gagner », et qu’au fond c’était cela l’essentiel. Mais les paroles ont des conséquences – elles peuvent décevoir lorsqu’elles ne restent qu’air. Notre Président aurait ainsi, à n’en pas douter, fait un merveilleux réalisateur de films. Le souci, c’est que là, ses scénari, tout brillants fussent-ils, se heurtent au mur implacable de la réalité, et qu’ils ne l’arrangent pas : école en faillite, justice ridiculement dotée, commerce en berne, pouvoir d’achat sans cesse grignoté, salaires trop bas, inégalités honteuses et discriminations tout ce qu’il y a de plus concrètes… Face à cela, un peu de modération dans la forme, c’est toujours bon à prendre pour le moral des français; Hélas, le moral ne remplit pas les ventres.

  Le JRDF en profite donc pour revenir sur un évènement extrêmement concret, qui est sans doute à mettre en parallèle avec les actuels et effrayants chiffres de l’abstention, et noircit très probablement les futures opportunités politiques de Nicolas Sarkozy. Je veux parler des manifestations de retraités, il y a quelques semaines, qui sont descendus dans la rue pour faire part de leur malaise croissant.

  Il s’agit, d’abord, de ne pas exagérer l’ampleur de cet évènement : seuls quelques milliers de personnes ont battu le pavé, principalement à Paris, et elles étaient majoritairement de sensibilité adverse; C’est dit; Pourtant, derrière cette poignée de courageux qui ont initié un mouvement tout de même assez historique, un véritable trouble, pas aussi visible ni aussi médiatisé, existe chez les citoyens âgés de ce pays. Ceux-ci n’étant pas habitués à descendre dans la rue, c’est secrètement et pudiquement que cette souffrance se joue. Cette souffrance est pourtant bien là : De nombreuses personnes de troisième, quatrième et cinquième âge ont beaucoup de mal à joindre les deux bouts, et cela est d’autant plus terrible que c’est indéniablement elles qui ont fait pencher la balance du scrutin – la majorité de la population active s’étant prononcée en 2007 pour la gauche. Ces électeurs floués n’ont pas vu arriver les déductions sur les emprunts immobiliers, censés être rétroactifs, ni les augmentations de pensions annoncées – les fameux « 200 Euros » étant finalement étalés sur cinq années, ce n’est pas ça qui les aidera. Ces citoyens, très fragiles, n’ont pas non plus connu cette gratuité des soins ophtalmologiques et dentaires, notamment vendue lors du débat télévisé… Elles ont en revanche vu débouler les franchises médicales et la menace du retour de la redevance pour celles qui en étaient exemptées.

  Sans tomber dans le pathos, pour avoir tout de même pris le temps d’approfondir le sujet, si les seniors de notre société sont effectivement très attachés aux « valeurs » de sécurité, de respect, voire même d’un certain chauvinisme pouvant tirer sur de la xénophobie, le fait est que ces mêmes seniors dépensent souvent plus du tiers de leur (faible) retraite dans leur loyer, payent fréquemment pour des services à la personne et autres frais médicaux. La hausse des prix, ainsi que les nouvelles taxes, ont alors eu un clair effet de tenaille : c’est ce qu’ont essayé d’exprimer les manifestants. Les autres, ne sont peut-être pas descendus dans la rue, mais ressentent tout de même l’effet de cette pression économique – et on parle, là, très concrètement, de personnes qui sont déjà fragiles, et qui ne font plus trois repas par jour, ou se limitent à des pâtes, parce qu’elles ne peuvent faire autrement si elles ne veulent pas être mises à la porte de leur logement. Ces citoyens-là n’ont certes plus beaucoup de voix pour crier leur détresse – mais elles ont pris l’habitude de s’exprimer par le vote.

  En espérant qu’à l’avenir, elles sauront voir que la gauche, elle, aurait augmenté leurs pensions et plafonné à 25% de leurs ressources la part attribuée au loyer, de même que les socialistes auraient baissé la TVA sur les produits de première nécessité… C’est sûr, la droite « plaît » nettement plus aux personnes âgées. Mais il serait temps de sortir de la fierté, pour comparer clairement les programmes. Je pense que c’est en cours, et que ce retour de flamme, déjà sensible dans l’abstention lors de ces élections, risque de faire très mal à l’UMP, dans quelques années…

-jrdf
rss pas de réponses

Laisser un commentaire

WADE - Président - |
la vérité |
Mohamed Fouad Barrada |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | sarkosy un espoir pour la f...
| Sylvie Trautmann
| optiqueslibérales