posts du 22 mars, 2008


Le Tibet : Futur ?

  Cette approche sur la question tibétaine sera forcément plus hypothétique, d’abord parce qu’on ne peut évidemment pas prédire l’avenir, et ensuite parce que la chappe de plomb chinoise occulte nombre d’informations sur la situation actuelle du soulèvement dans la région.

  D’abord, on peut avancer le fait que, de toute manière, la population « tibétaine d’origine » est à présent minoritaire par rapport aux Han, issus des campagnes de peuplement (précédemment très minoritaires avant l’invasion, en 1950). L’indépendance éventuelle de  ce territoire est donc rendue très difficile, de facto.

  A cela, s’ajoute l’évidente disproportion des moyens armés entre la population sécessionniste/autonomiste et l’immense armée chinoise. Notons d’ailleurs que celle-ci, qui il y a encore quelques jours clamait qu’elle n’avait pas tiré un coup de feu, est obligée de reconnaître aujourd’hui au moins une centaine de morts. Des témoins affirment qu’ils ont entendu des « coups de feu étouffés », en clair des rafales de pistolets-mitrailleurs équipés de silencieux. Personnellement, je ne me fais pas d’illusions là-dessus : l’armée chinoise n’est pas là pour envoyer des bombes lacrymogènes, et les photos de cadavres qui ont pu être rapportées par des journalistes, en témoignent abondamment.

  Vient donc la question des méthodes employées par les révoltés. Elles semblent comprendre, malheureusement mais inévitablement, des actes de violence envers les Han, mais surtout du vandalisme envers les symboles de la domination chinoise : bâtiments officiels, commerces, postes de sécurité. Néanmoins, sur les images qui nous sont parvenues, on ne distingue pas d’armes à feu parmi les manifestants, tout juste des pierres, et autres projectiles et moyens classiques utilisés par des émeutiers. Des incendies ont éclaté. Il semblerait que le soulèvement se soit étendu à d’autres régions limitrophes, mais contrairement aux affirmations chinoises, il ne semble pas y avoir de plan coordonné parmi les révoltés; En fait, ceux-ci semblent divisés entre des anciens, partisans de l’autonomie et de la non-violence, et de plus jeunes manifestants, qui réclament l’indépendance et sont prêts à s’engager dans une lutte plus hostile.

  Au niveau politique, ce grand bazar généralement inutile, l’ONU est bien silencieuse sur ce coup-là, de même que la plupart des pays asiatiques, qui se refusent à tout commentaire. En France, des élus (souvent de gauche) ont pris fait et cause pour les tibétains, et soutiennent des manifestations visant à dénoncer le génocide, au moins culturel, perpétré dans la région. Le gouvernement est, en revanche, aux abonnés absents sur cette actualité, sans doute par volonté de ne pas fâcher le pays organisateur des futurs Jeux Olympiques (c’est vrai que c’est tellement important…). Aux USA, les bushistes aussi détournent la tête, mais quelques personnalités telles que Nancy Pellosi agitent les bras et appellent à « exiger la vérité sur la situation ». Rien de plus concret, en revanche…

  Il est donc fort probable, ainsi qu’en Birmanie et au Darfour (deux autres bons gros terrains de massacre et de tyrannie militaire reliés aux intérêts chinois), que la révolte tibétaine finisse écrasée dans le sang, tandis que les dirigeants mondiaux se diviseront entre mutisme et discours vains, en attendant que cela passe et que les gens aient oublié. C’est d’abord cela, l’Histoire… un bon paquet de causes qui échouent, à cause d’un rapport de forces défavorable, et qu’on ne retient plus que comme une ligne sur une chronologie.

Le Tibet : Présent

  Le précédent article aura permis d’illustrer une facette de ce complexe problème politique, et culturel, que représente le Tibet face à la puissance de son « protecteur » historique.

  Observons maintenant les aspects les plus violents et décriés, d’un point de vue humaniste, de la domination chinoise sur le Tibet actuel :

  Premièrement, on peut isoler une indéniable oppression culturelle. Les photos du Dalaï-Lama (exilé depuis la prise de contrôle par les communistes), sa simple évocation, sont synonymes de prison et de torture. Pour résumer, parmi les différentes branches du bouddhisme et au sein de la culture tibétaine, tout ce qui a un rapport avec l’ancien chef spirituel et politique de cette « région administrative », est très sévèrement interdit. Les monastères sont étroitement surveillés, et d’après les tibétains en exil, servent plus un intérêt touristique que spirituel. D’une manière générale, ceux-ci rapportent que la répression chinoise s’étend, même en-dehors du Tibet, sur tous les religieux proches du Dalaï-Lama. La presse et l’enseignement sont également fermement contrôlés. La censure et la traque des opposants n’y sont absolument pas des vues de l’esprit.

  Passés ces principes, on peut avancer une fourchette de morts causés par la domination chinoise, comprise entre 200 000 (estimation la plus basse, controversée) et 1.200 000 (la plus haute, avancée par les tibétains en exil). La torture des « opposants », d’après les ONG chargées de veiller sur les Droits de l’Homme, est massive, particulièrement cruelle, et n’épargne pas les enfants.

  Un peu plus horrible encore, la volonté manifeste des chinois de combattre la culture tibétaine par le peuplement. Depuis des décennies, l’occupant (le terme est exact puisque la Chine a été sanctionnée à plusieurs reprises par l’ONU sur cette question) envoie des colons – « Han », des musulmans, plus précisément - afin de rendre minoritaire la population d’origine. Objectif accompli, à l’heure actuelle, ceci complexifiant encore une éventuelle indépendance future, d’autant que les « tibétains d’origine » sont victimes de discrimination à l’embauche. De même, la partition du Tibet en plusieurs zones, désorganise  sciemment l’organisation et l’unité des « colonisés ». Enfin, touche sombre supplémentaire au tableau, les femmes tibétaines d’origine sont systématiquement stérilisées, et poussées à l’avortement, ceci évidemment afin d’accélrer la dilution de leur « ethnie » dans l’empire chinois… pardon, « République Démocratique ».

Le Tibet : Passé

  Comme le soulèvement des tibétains perdure, il est sans doute bon, pour les lecteurs de ce blog, de leur soumettre quelques articles qui leur donneront des clés sur ce conflit. L’autoritarisme chinois étant évéré, il ne faut pas pour autant verser dans l’angélisme concernant les tibétains; en effet, l’un des arguments fréquemment avancés par les colonisateurs/protecteurs/réformateurs (rayez la mention inutile) de ce  »territoire » étant que, avant son annexion, il était gouverné par une théocratie féodale qui usait, notamment, du servage.

  Ce texte, issu des archives de notre Sénat, fait un point intéressant sur l’Histoire et sur le régime politique du Tibet, avant sa transformation chinoise, opérée en 1959 (après neuf années de résistance armée). L’article suivant s’intéressera au contexte actuel (et globalement sinistre) de cette région du monde :

  LE TIBET D’AUTREFOIS : UNE « THÉOCRATIE FÉODALE » ?

Les autorités chinoises tirent prétexte du caractère non démocratique de la société tibétaine d’« Ancien Régime » pour justifier l’annexion de 1950 et les bouleversements violents qui s’ensuivirent. Bien que cet argument ne soit évidemment pas recevable, force est d’admettre que le Tibet d’autrefois ignorait les principes de la démocratie.

Le régime politique du Tibet d’avant l’invasion chinoise a parfois été qualifié par les observateurs occidentaux, lorsqu’ils en firent la découverte au XIXème siècle, de « théocratie féodale ». Cette société traditionnelle se caractérisait, en effet, par des structures politico-économiques évoquant celles qui existaient en Europe au Moyen-Âge, et notamment par une union des pouvoirs temporel et spirituel.

1. Une religion fortement prégnante

La civilisation tibétaine est toute entière imprégnée de religion. Le bouddhisme venu d’Inde s’est implanté au Tibet à partir du VIIIème siècle, sous la protection des rois qui avaient à l’époque réalisé l’unité du pays. Cela ne s’est pas fait de manière linéaire : après une période de « première diffusion », le bouddhisme a été persécuté et presque éradiqué, avant de connaître une période de « seconde diffusion » qui l’a enraciné définitivement.

Par la suite, l’affaiblissement du pouvoir royal et le morcellement du Tibet en principautés s’est accompagné d’une montée en puissance de lignées religieuses, dont l’influence est allé croissante au fur et à mesure que des réseaux de monastères se sont constitués autour d’elles et qu’elles se liaient aux grandes familles.

Le bouddhisme tibétain est, aujourd’hui encore, organisé en quatre grandes écoles dont certaines se divisent à leur tour en plusieurs branches. Celle des « anciens », ou Nyingmapa, établie dès le VIIIème siècle, réunit les enseignements les plus anciens introduits au Tibet par Padmasambhava. Celle des Kagyupa, « ceux de la transmission orale », est apparue au XIème siècle : Marpa, surnommé le Traducteur, ramena de l’Inde les enseignements de maîtres indiens et les a transmis à son célèbre disciple Milarepa. La lignée Sakyapa, ainsi nommée d’après son monastère d’origine, fut fondée par Khon Kontchok Gyalpo au XIème siècle. Enfin, les Guélougpa, les « vertueux », sont issus de la réforme de Tsongkapa au XVème siècle.

Toutes ces écoles bouddhiques ont peu de différences doctrinales et ne se différencient que par l’accent plus particulier mis sur telle ou telle technique pour accéder à l’« éveil ».

Le bouddhisme tibétain s’est donc organisé autour des monastères. Ceux-ci étaient plus de 6 000 avant 1950, de tailles très variables. On estime que ces établissements religieux ont réuni jusqu’à 20 % de la population du Tibet. Ils n’étaient pas uniquement des lieux de méditation et de transmission du savoir, mais des maillons politico-économiques du système féodal. Des tenures leur ont été concédées, et ils ont repris les droits seigneuriaux sur les hommes et sur les biens. A côté des terres des seigneuries laïques, des domaines formant des seigneuries ecclésiastiques sont apparus, qui percevaient des taxes sur les récoltes, l’élevage et les échanges. 

  2. L’institution des Dalaï Lamas

C’est au sommet de l’État tibétain que l’emprise de la religion était la plus visible puisqu’il y a eu, à partir du XVIème siècle, un cumul des pouvoirs temporel et spirituel. En effet, les Dalaï-Lamas se sont appuyés sur les Mongols qui dominaient alors le Tibet pour faire triompher l’école Guélougpa, dont ils sont les hiérarques, et asseoir leur pouvoir politique sur l’ensemble du pays. Toutefois, les rivalités religieuses se sont apaisées au fil du temps. Les Dalaï-Lamas se sont faits les protecteurs de toutes les écoles, ainsi d’ailleurs que de la petite communauté musulmane et de la religion originelle des Tibétains, le Bön, qui a perduré par-delà l’implantation du bouddhisme.

Ayant fait voeu de célibat, les Dalaï-Lamas ne pouvaient pas se succéder de manière héréditaire comme des monarques classiques. Mais une continuité encore plus forte était assurée par le principe de réincarnation. Conformément aux croyances bouddhistes, chaque Dalaï-Lama après son décès renaissait dans le corps d’un nouveau né. La difficulté était alors d’identifier cet enfant pris dans la population, au hasard théoriquement, mais pratiquement le plus souvent parmi les grandes familles déjà liées au pouvoir. Une procédure complexe était prévue : indications données par le défunt Dalaï-Lama dans son testament, visions de l’oracle d’Etat, épreuves de reconnaissance par l’enfant pressenti d’objets ayant appartenu à son prédécesseur. Il y avait parfois plusieurs enfants « candidats » à départager.

Ce système impliquait une certaine vulnérabilité entre le moment où un titulaire décédait et celui où son successeur était identifié, puis éduqué jusqu’à sa majorité. En pratique, le pouvoir était alors exercé par des régents, qui en ont souvent abusé dans l’histoire tibétaine. Le régent Sangye Gyatso a ainsi pu garder secrète pendant quinze années la mort du Vème Dalaï-Lama, intervenue en 1682 mais déclarée officiellement en 1696 seulement.

Autre facteur de vulnérabilité, les Dalaï-Lamas étaient dépendants de leurs protecteurs étrangers, d’abord khans mongols, puis empereurs chinois. En effet, la dynastie mandchoue Qing installée au XVIIème siècle sur le trône de Chine intervint en 1720 au Tibet, où elle imposa par la force le VIIème Dalaï Lama face aux mongols Dzungar qui occupaient alors le pays. Ce fut le début de la tutelle chinoise sur le Tibet, concrétisée par la nomination de deux commissaires impériaux, ou amban, et le maintien d’une garnison chinoise à Lhassa. De cette époque date la prétention du gouvernement de Pékin sur les provinces orientales du Tibet, le Kham et l’Amdo, seules les provinces centrales, le U et le Tsang, étant reconnues comme relevant de l’autorité du Dalaï-Lama.

La tutelle chinoise, encore suffisamment forte à la fin du XVIIIème siècle pour repousser en 1791 une invasion du Tibet méridional par les Gourkhas venus du Népal, s’est diluée tout au long du XIXème siècle. Les garnisons furent réduites au rang d’escortes pour des amban qui n’exerçaient plus d’influence effective sur les affaires tibétaines. Au début du XXème siècle, après avoir assisté impuissante à l’expédition britannique de 1904, La Chine tenta de renforcer militairement son autorité sur le Tibet mais, à la chute de la dynastie Qing en 1911, le XIIIème Dalaï-Lama proclama officiellement l’indépendance de son pays.

  3. Le servage

Les autorités chinoises dénoncent l’organisation sociale qui prévalait au Tibet avant la révolte de 1959 et glorifient la « réforme démocratique » intervenue depuis. Selon elles, « avant 1959, on avait pratiqué le servage féodal caractérisé par l’union du gouvernement et de la religion et par la dictature des bonzes et des aristocrates. Les masses de serfs n’avaient guère de droits de l’homme. Les propriétaires de serfs, tels que les fonctionnaires du gouvernement local, les aristocrates et les bonzes de la couche supérieure possédaient la totalité des terres, des prairies, des forêts, des montagnes, des rivières et le gros du cheptel. Les serfs, qui représentaient plus de 90 % de la population du Tibet, subissaient le même sort que celui des esclaves noirs travaillant dans les plantations au sud des Etats-Unis à l’époque. Les propriétaires de serfs pouvaient les vendre, les acheter, les transférer, les céder en cadeau, s’en servir pour payer des dettes, les échanger, les humilier et les maltraiter à leur gré(1(*)) ». 

Effectivement, la plupart des Tibétains étaient attachés, par documents écrits, à la terre sur laquelle ils habitaient, et au seigneur ou au monastère qui possédait cette terre. Les taxes, nombreuses et variées, étaient versées en argent ou en nature, et s’accompagnaient de corvées. Toutefois, les paysans avaient une identité légale : s’ils avaient des devoirs, ils avaient également des droits. Les seigneurs, laïcs ou religieux, n’avaient pas le droit de modifier le montant des taxes dues par un serf, ni les dimensions de la terre dont il jouissait. Si cela arrivait, ce dernier était autorisé à traîner son maître en justice. Par ailleurs, il n’existe pas de témoignages du caractère systématique des mauvais traitements allégués par les autorités chinoises.

Il n’est pas possible de nier la modernisation sociale entreprise au Tibet sous l’occupation chinoise. Toutefois, cette modernisation a été cher payée en souffrances et en vies humaines, ainsi qu’en destructions culturelles. Certes, la société traditionnelle tibétaine était parvenue à un point où des changements étaient nécessaires, et le XIVème Dalaï-Lama est le premier à le reconnaître. Mais cette évolution aurait fort bien pu se faire sans que le Tibet perde son indépendance acquise au début du XXème siècle.

Le jeu de la vérité et de l’armée

  Ami lecteur, jouons au petit jeu des défférentes versions. Un peu comme le brossage consciencieux dans le sens du poil des enseignants, avant son élection, qui s’est soldé à l’arrivée par des dizaines de milliers de supressions d’emploi dans l’Education Nationale, on peut isoler une certaine schizophrénie disssociative dans les propos de Sarkozy se référant à l’armée.

  Souvenez-vous, notre Président gaulliste en diable, qui allait honorer la mémoire du Général à Colombey, celui-là même qui s’était attiré 90% du suffrage des militaires français en mai dernier et qui, hier encore, inaugurait un fier sous-marin…

  Eh bien, comme annoncé ici précédemment, ce même Sarkozy, par la bouche de son ministre Hervé Morin plus précisément, a décidé de remercier ses vaillants électeurs, en supprimant plus d’un quart de leurs effectifs. Sympa, non ? Dans la même foulée, afin de bien s’assurer que notre force dissuasive nucléaire sera à la hauteur des temps futurs, l’UMP ne se contente pas de révéler le nombre exact de nos têtes, mais annonce également qu’un tiers en sera retranché.

  Loin de moi l’idée de faire du militarisme à tout crin, mais quand on voit une Royal qui fait des conférences sur l’Armée en refusant catégoriquement de réduire notre puissance de feu, contexte mondial peu rassurant à l’appui, on se dit que sur ce coup, les soldats ont été peu inspirés de s’en remettre à leur légendaire conservatisme…

  Et maintenant, les chiffres :

Selon des extraits publiés par Le Point l’armée perdra 34.966 emplois militaires entre 2008 et 2014, auxquels s’ajouteront 16.829 emplois civils qui seront confiés à des entreprises extérieures.

Dans le même temps, 53 implantations nationales seront fermées et 45.000 emplois supprimés, tandis que 109 sites seront « allégés », c’est à dire qu’ils verront leurs effectifs se réduire, et 51 autres, « densifiés ». [Au total donc, près de 100 000 postes supprimés, sans compter le mauvais état général de nos forces... Je renvoie aux posts précédemment dédiés à ce sujet, qui détaillent notamment des millions d'euros de factures impayées, des blindés non entretenus, et même des sous-marins nucléaires négligés]

L’armée française compte 347.903 militaires, toutes entités confondues, peut-on lire sur le site du ministère de la Défense. S’y ajoutent 80.000 personnels civils (fonctionnaires, ouvriers d’Etat et contractuels).

Bienvenue chez Dany

  Comment ne pas évoquer, dans ce blog « de société » (houlà ça déconne plus) un tel phénomène culturel ? Le film de Dany Boon, « Bienvenue chez les Ch’tis », pulvérise les records d’affluence dans les salles françaises, et pour un petit film « bon enfant » doté d’un budget microscopique, c’est une performance incontestable. Alors, plutôt que de s’attarder sur les chiffres, dont tout le monde se fout, autant juger sur pièce et émettre un avis, ici, sur ce réel carton franchouillard (et puis, ça me changera un peu des massacres et de la politique bidon).

  D’abord, c’est vrai que j’aime bien l’ami Dany, je l’avoue. Sa performance dans « Joyeux Noël » m’avait semblé juste, au sein d’un film non moins épatant (bien que gorgé de pathos  jusqu’à la gueule). J’ai donc regardé avec intérêt les vidéos des spectacles du monsieur, et cela ne sera pas sans rapport avec cet article, puisque c’est précisément dans ces one-man shows qu’on trouve, déjà, une bonne part de la matière de « Bienvenue chez les Ch’tis ». Dany Boon y critiquait avec tendresse « son » Nord de la France, et on retrouve évidemment cette même affection, cette même émotion, dans le long-métrage.

  Trêve d’introductions. Alors, c’est du bon ? Ce qui est sûr, c’est que le film profite du contexte actuel, un désert cinématographique français baigné dans une situation économique guère reluisante, en bref, une bonne merde sociale tout-à-fait propice aux sorties en famille pour aller se fendre la poire devant une bonne pièce de cinéma populaire.

  Et pour vendre la mèche, ouais, j’ai aimé. Tout le film repose sur une sincérité rare à notre époque, sur des comédiens et des personnages attachants, sur l’exploration d’un univers… En bref, du cinéma initiatique classique (un héros en plein décalage avec son environnement, qui va peu à peu en saisir les codes), mais indubitablement bien fait, et le tout dans une bonne humeur qui ne se prend pas la tête. Ceci étant dit, on peut toujours critiquer, car pour rester dans le populaire, « qui aime bien châtie bien ».

  Au niveau des récriminations donc, le fait que la progression de l’intrigue soit trop rapide. Au bout d’une demie heure, allez c’est plié, « l’étranger » est parfaitement intégré et tout tourne au poil. Bon… c’est dommage, on reste un peu sur sa faim, de ce côté-là ; mais c’est que l’intrigue cherche en fait dans une autre direction, car le « Nord », on le voit rapidement, n’est pas si inhospitalier… le couperet de Dany  tombe donc, plus fermement, sur ceux qui « croient savoir sans savoir », tous ceux qui ont peur du Nord, sans y avoir mis les pieds. C’est le cas de la femme du héros, qui personnage qui prend de l’importance au cours du dernier tiers du film, et est à l’origine d’une mise en scène inattendue qui, je dois l’avouer, m’a vraiment bien fait marrer. Je ne grille pas ce tournant, évidemment, mais je ne pensais pas que le film irait « aussi loin », et franchement c’est réjouissant. Du comique de l’extrême, moi je ne demande pas mieux.

  En revanche, avouons-le, « Bienvenue chez les Ch’tis » n’est pas « Y’a-t-il un pilote dans l’avion ». N’attendez pas un gag à la minute, Dany en rajoute (à l’image de la scène de l’accident-rencontre), mais c’est assez artificiel, ça se sent, un peu comme un cahier des charges qui se devait d’être tenu. Certains y verront de la facilité, d’autres de la conscience professionnelle, c’est selon… au même titre, l’aspect « touristique » est abordé un peu légèrement, à mon goût. Le fameux « Ch’ti » fait rire au commencement, mais la scène de la brasserie, dans laquelle il est expliqué de long en large, désamorce le contraste, et se révèle finalement assez lourde. Pour ce qui est des intrigues sentimentales, bah c’est du niveau d’un téléfilm du service public, cela dépend du niveau de « je me prends au sérieux » du spectateur… Si on se laisse aller, on aimera la franchise des rapports et le caractère attachant des personnages. Sinon, on trouvera le tout assez convenu (une histoire d’amitié, deux d’amour avec problèmes à surmonter, c’est « roman-photo » à souhait, la prétention en moins).

  Plus fin, à mon humble avis, la manière de rendre sympathique les personnages principaux, à travers des ressorts efficaces : le personnage de Dany, a priori mal dégrossi, se révèle un mélomane talentueux et touchant ; quant à celui de Kad, minable magouilleur antipathique à l’origine, il s’épaissit à travers ses rapports, compliqués, avec une femme qui ne le croit pas, et ne l’écoute pas. Ces luttes et ces nuances sont bienvenues, et agréablement amenées. A noter, également, une scène d’anthologie, théâtrale à souhait, avec un Michel Galabru inspiré en guest-star…

  Au final donc, un long-métrage « brut de décoffrage » et à la trame guère révolutionnaire, mais exécuté avec le cœur, servi par de sympathiques interprètes, et truffé de petites perles d’humour. Pourquoi bouder son plaisir ?

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