La fin de l’ouverture

  Profitons de l’accalmie politique actuelle, ami lecteur, pour analyser le dernier remaniement ministériel, à la lumière de la sacro-sainte « ouverture » tant plébiscitée par les français. J’aime bien, à ce sujet, la position de Laurent Joffrin (Libération), qui s’y est toujours opposé. Son argument principal tenant à ce qu’il s’agissait de faire appliquer un programme de droite par des politiciens de gauche. Bien sûr, ce principe de « l’ouverture » a été fort apprécié par les électeurs, qui y ont vu la modernité du rejet des dogmatismes et du « bloc contre bloc », avec l’avantage d’avoir un gouvernement qui prendrait « les meilleurs de chaque camp ». Laurent Joffrin avance, pour sa part, qu’il ne s’est pas agi de prendre forcément les plus talentueux, mais surtout ceux qui avaient le moins de principes, en bref ceux dont la popularité a pu être la plus facilement achetée.

  Nous verrons plus tard que ce fameux remaniement scelle le sort de cette « ouverture », comme par hasard juste après une défaite électorale… Pour l’instant, opérons un petit tour d’horizon sur son bilan.

  Commençons par Bernard Kouchner, sans doute son plus emblématique représentant. Il faut savoir que son ministère a été scindé en plusieurs portefeuilles, et qu’il n’en a finalement gardé qu’un seul, sur quatre, à savoir celui dédié à la diplomatie dans sa portion la plus congrue. En gros, pour faire court, Kouchner n’a rien à dire sur l’immigration ou même sur le choix des ambassadeurs… Il ne peut même pas délivrer un visa à un réfugié politique ! A noter que sa candidature a été mise en concurrence avec celle d’Hubert Védrine, ce dernier ayant posé de nombreuses conditions à Sarkozy pour accepter, éventuellement, le poste. Le « French doctor », lui, n’en a posé aucune ! A la soupe !

  Autre membre tout aussi célèbre, mais dans un registre différent et avec une expérience certes bien moindre, Eric Besson. Le fameux traître qui composât, à un an d’écart, un pamphlet haineux envers Sarkozy, puis son équivalent envers Royal, a été bombardé à la « Prospective ». Depuis, comme bien d’autres, il s’est placé au fond de la classe, près du radiateur, et fait son maximum pour qu’on l’oublie. Unique apport, jusqu’à présent : un dossier compilant des modalités en rapport avec la TVA sociale (il y est défavorable).

  Martin Hirsch, quant à lui, bien que non-encarté au PS, mais énarque de gauche qui a fait la campagne de Royal tout de même, a décidé que son RSA (un dispositif qui encourage la reprise de l’emploi sans détruire le RMI) serait expérimenté d’abord à toute petite échelle. On l’a également entendu lors de l’affaire des tests ADN. Voilà. On peut également remarquer qu’il s’est décalé franchement des autres sur la photo officielle de Fillon I. Merci Martin !

  Dans le même style (associatif social/humanitaire), feu la présidente de Ni Putes Ni Soumises, Fadela Amara, est en pleine querelle avec sa ministre de tutelle, le dragon catho relooké Christine Boutin (Au fait, saviez-vous que celle-ci est directement reliée au Vatican ? Je déconne pas, là…) En bref, Fadela a essayé. Elle a rendu un rapport plutôt ambitieux, mais le problème est qu’à son poste, elle n’a pas vraiment de prise sur les dossiers. L’emploi, la jeunesse, la culture, tout lui échappe… Résultat : un plan qui, dans sa quasi-totalité, n’est pas financé. Sarkozy promet beaucoup, mais tient très peu…

  Cas plus intéressant encore, Jean-Marie Bockel. Le Secrétaire d’Etat dédié à la Coopération et à la Francophonie vient d’être « rétrogradé » au ministère des Anciens Combattants. Ca s’appelle une mise au placard… dommage, car cet élément-là présentait l’avantage d’être sérieux, compétent, et sincèrement libéral dans sa démarche. Il aurait donc pu rejoindre la droite, sans remords, et y constituer un atout de poids… mais la rancœur de l’UMP, après ces dernières élections, aura eu raison de son sens de la diplomatie.

  Il reste donc ceux qui n’ont pas participé directement aux projets de l’UMP, mais étaient tout de même bien tentés pour rejoindre les ors et les palais du pouvoir. On commence, en vrac, par Claude Allègre. Monsieur « dégraissage du mammouth » avait été vu sortant du QG de Sarkozy, quelques jours avant le deuxième tour des présidentielles, tout honteux derrière ses lunettes noires. Certes, sa haine pour Royal était manifeste, depuis le début… On sait qu’il était pressenti pour rejoindre le ministère de la Recherche, et avait posé comme condition, en retour, d’avoir la possibilité d’augmenter les salaires des chercheurs, ce qui est loin d’être mauvais. Tant pis, il reste sur le banc de touche, pour l’instant.

  Jack Lang, lui, en bon arriviste « constructif » également, a participé à la commission pour la réforme des institutions, sous la houlette de Balladur. On connait son goût pour un régime « présidentiel », et c’est donc des deux mains qu’il a applaudi un texte qui dépossédait le gouvernement de tout pouvoir effectif, au profit de notre monarque moderne. Heureusement, ce texte n’a pas été entériné dans l’état… jusqu’à maintenant. Quoiqu’il en soit, Lang faisait du pied très ouvertement au pouvoir sarkozyste, en vain puisque l’hostilité de l’UMP à son égard parait avoir eu le dernier mot. Du coup, il se rabat en demandant que l’engagement des troupes françaises soit discuté au Parlement (oui parce que, dans notre belle démocratie, on envoie des soldats sans qu’aucun de nos députés n’y trouvent, ou ne puissent y trouver, à redire).

  Enfin, un autre déçu emblématique, se trouve en la personne de Michel Rocard. Celui-ci a participé à une énième commission, qui visait à réformer le statut des enseignants. Certes, l’histoire est un peu compliquée, puisque ce sont ces derniers qui se sont braqués contre lui lorsqu’il a voulu proposer, en gros, des primes au mérite. Reste que l’UMP ne l’a pas soutenu, qu’il a claqué la porte, et depuis, ne décolère pas.

  Voilà. Passons maintenant aux petits nouveaux qui vont entrer au gouvernement. Notons, d’une part, que la volonté initiale de Sarkozy d’avoir un « gouvernement resserré » est oubliée depuis longtemps, sans compter tout le personnel adjoint aux ministres (record historique de conseillers, notamment) ; d’autre part, qu’en termes de parité, les femmes n’y sont plus représentées qu’à hauteur d’un tiers. Enfin, les ministres battus lors des municipales sont conservés, et à part un nouvel venu (Christian Blanc), tous sont des UMPistes pur jus.

  Ouverture… Fermeture.

PARIS (Reuters) – Deux jours après un deuxième tour des municipales sévère pour la droite, l’Elysée a annoncé un remaniement ministériel riche en nouveaux domaines d’attribution et faisant la part belle aux fidèles de Nicolas Sarkozy.

La nouvelle équipe compte six nouveaux venus, nommés à des postes de secrétaire d’Etat : Christian Blanc, Hubert Falco, Yves Jégo, Anne-Marie Idrac, Nadine Morano et Alain Joyandet.

L’intitulé de nombreux portefeuilles est modifié, avec l’accent mis sur de nouveaux secteurs : emploi, économie numérique, aménagement du territoire, famille, associations, notamment.

« Les changements d’appellations ne sont pas toujours des changements d’attribution », précise-t-on à l’Elysée. « On a voulu insister sur certains domaines ».

Ces modifications interviennent deux jours après le second tour des élections municipales et cantonales, où l’UMP a été lourdement sanctionnée.

La plupart des nouveaux postes récompensent des fidèles de Nicolas Sarkozy – Alain Joyandet, Yves Jégo, Nadine Morano – et des personnalités de droite ayant obtenu de bons résultats aux municipales.

Le député Nouveau Centre Christian Blanc, ancien président de la RATP et d’Air France, qui fut proche de Michel Rocard, fait figure de seul nouveau membre d’ »ouverture ».

La parité ressort sérieusement écornée de ce remaniement. Sur 38 membres, en comptant le Premier ministre François Fillon, le nouveau gouvernement compte 13 femmes.

Dans le détail, le porte-parole de l’UMP Yves Jégo devient secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer. Le député-maire de Montereau (Seine-et-Marne), réélu dès le premier tour, remplace Christian Estrosi, élu dimanche à la mairie de Nice.

Une autre porte-parole de l’UMP, Nadine Morano, se retrouve à la tête d’un nouveau secrétariat d’Etat à la Famille. La députée de Meurthe-et-Moselle avait été battue dimanche aux municipales à Toul.

Le secrétaire d’Etat aux Anciens combattants Alain Marleix, un fidèle de Nicolas Sarkozy, change de fonction et devient secrétaire d’Etat à l’Intérieur et aux Collectivités territoriales.

Hubert Falco, le maire UMP de Toulon aisément réélu le 9 mars, prend le nouveau secrétariat d’Etat chargé de l’Aménagement du territoire.

INTITULÉS MODIFIÉS

Luc Chatel, le nouveau maire de Chaumont (Haute-Marne), se voit attribuer, en plus de ses fonctions de secrétaire d’Etat à l’Industrie et la Consommation, celle de porte-parole du gouvernement. Le porte-parole sortant, Laurent Wauquiez, élu à la mairie du Puy-en-Velay (Haute-Loire), devient secrétaire d’Etat à l’Emploi.

Eric Besson, secrétaire d’Etat chargé de la Prospective, de l’évaluation des politiques publiques et du développement, sera également chargé de l’économie numérique, signe de l’intérêt désormais porté par le gouvernement à internet.

Parmi les nouveaux venus, Christian Blanc devient secrétaire d’Etat chargé du développement de la région capitale, autrement dit du « Grand Paris », projet de regroupement de la capitale avec quelque 80 communes alentour.

Alain Joyandet, député UMP de la Haute-Saône, devient secrétaire d’Etat chargé de la Coopération et de la Francophonie.

Il remplace à ce poste Jean-Marie Bockel, nommé secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens combattants.

Le portefeuille du secrétaire d’Etat aux Sports Bernard Laporte est complété. L’ancien entraîneur du Quinze de France sera également chargé de la Jeunesse et de la Vie associative.

L’ancienne présidente de la SNCF Anne-Marie Idrac est nommée secrétaire d’Etat chargée du Commerce extérieur. Une compensation pour celle qui a cédé le mois dernier sa place de patronne des cheminots à Guillaume Pépy.

Hervé Novelli, auparavant chargé des entreprises et du commerce extérieur, voit son portefeuille fortement modifié : il devient secrétaire d’Etat chargé du Commerce, de l’artisanat, des petites et moyennes entreprises, du tourisme et des services.

Les intitulés des portefeuilles de plusieurs ministères sont modifiés.

Christine Lagarde est « ministre de l’Economie, de l’Industrie et de l’emploi ». La mention « finances » disparaît « mais elle garde ce domaine », a expliqué un conseiller de l’Elysée. « On voulait insister sur l’industrie ».

Jean-Louis Borloo est ministre de l’Ecologie, du Développement durable de l’aménagement du territoire et, nouveauté, de l’énergie.

Le nouvel intitulé du portefeuille de Brice Hortefeux est : ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire. La mention « codéveloppement » disparaît.

-jrdf
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