Montreuil passe du rouge au vert

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  Bien que peu partisan, personnellement, de Dominique Voynet (je la trouve horripilante, arriviste et peu imaginative), il faut avouer que le premier conseil municipal conduit sous son égide, de même que la campagne municipale dont elle a su triompher, semblent lui donner un avantage moral sur l’équipe municipale apparentée communiste sortante. En effet, à la mise à disposition des moyens municipaux au service de Jean-Pierre Brard, maire de Montreuil depuis 24 années, au clientélisme et à l’intimidation, a succédé ce houleux conseil, ainsi qu’une passation de pouvoirs très « mauvais perdant » (les cocos ayant fait changer toutes les serrures avant de partir, hahaha comme c’est amusant). En dépit de ces chausse-trappes peu démocratiques, donc, la verte a vaincu le rouge… Est-ce aussi simple ?

  Il y a la question des alliances. Brard accuse Voynet d’avoir négocié avec la droite un « tout-sauf-lui » basé sur un désistement de la liste UMP. Certes… sauf que lui-même a bien essayé de faire la même chose ! Au final, la sensibilité de droite (je l’ai également constaté sur Rueil-Malmaison) s’accorde mieux avec celle des Verts, qu’avec celle des communistes. Elle a peut-être contribué à faire pencher la balance…

  Reste, évidemment, les points du changement, et du bilan. Les électeurs de Montreuil ont-ils été emballés par le programme de Voynet ? Bof, dirons-nous, celui-ci étant assez pauvre (j’y avais d’ailleurs consacré un billet assassin), et le taux d’abstention ayant été élevé. C’est donc plutôt un vote de rejet contre l’équipe de Brard, et surtout contre celui-ci, personnage autrefois très actif mais qui s’est reposé sur ses lauriers, et surtout a fait montre d’un autoritarisme certain, en bref un manque de soutien envers un système trop usé, qui s’est schématiquement opéré.

  Le basculement des forces démocratiques a d’ailleurs illustré les dérives de ce système, notamment un manque de respect flagrant envers l’expression électorale, ainsi qu’un aspect sectaire et violent indéniable. L’article de Libération, que je joins à ce post, le détaille bien.

  Pourtant, faut-il verser dans le manichéisme du « méchant coco qui n’a rien fait de bien ? ». Non. Si la stratégie politique de Brard, qui a tout de même tenu un quart de siècle, est imprégnée de clientélisme social – vacances pour les enfants, subventions pour les associations « amicales », fêtes populaires – et de polarisation effrénée et ambiguë – Brard crachant comme pas deux sur les « bobos », mais étant responsable de leur venue - on peut toutefois distinguer de vraies réussites, incontestables, dans la gestion de Montreuil.

D’abord, une balance budgétaire bien tenue, avec une dette municipale dans les normes. Bon, au niveau taxe foncière, c’est une autre histoire, mais restons dans le positif… La création des « Tacos » est une vraie révolution ! Il s’agit de taxis populaires, à 1 Euro la course, qui servent beaucoup aux personnes âgées notamment. Et que Voynet veut supprimer… La construction de bâtiments culturels tels que le Méliès, et le nouveau théâtre de Montreuil, sont également de franches réussites, que les Verts n’ont pas vraiment soutenues.

On voit qu’il est difficile de trancher, encore, entre un bilan qui, même entaché par un comportement autoritaire et autocratique, présente des côtés lumineux,  et un nouveau pouvoir qui n’a pas prouvé grand-chose, teinté d’arrivisme, un parti qui jouit certes du bénéfice du doute, mais qui peine encore à motiver réellement la population de Montreuil…

 

Par Matthieu Ecoiffier, Libération

Ce n’est pas à un vieux communiste qu’on apprend à faire sa sortie. Samedi, 9 h 30, mairie de Montreuil, le visage grave et le teint blême, Jean-Pierre Brard, maire depuis vingt-quatre ans de la première ville de Seine-Saint-Denis fait son entrée dans la salle des fêtes. «Jean-Pierre ! Jean-Pierre !» scandent ses partisans, arrivés dès 8 heures pour occuper les rangs. L’intéressé se dirige à pas comptés vers la tribune pour prononcer son dernier discours de maire. Avant d’introniser celle qui l’a battu avec plus de 54 % des voix le 16 mars : Dominique Voynet, assise au premier rang du public avec ses colistiers.

La sénatrice verte se dit «zen», malgré l’ambiance électrique. Après tant de défaites comme leader des Verts, la voilà victorieuse dans une ville de plus de 100 000 habitants, à la tête d’une équipe de militants écologistes, de socialistes dissidents et d’associatifs. Du public ne fusent pourtant que des lazzis et des huées. «Si elle croyait que c’était sa fête, Madame Voynet, c’est raté !» lance une dame aux cheveux blancs. «Jean-Pierre reviens ! Dominique casse toi !» crient des militants, tandis que les employés municipaux retiennent mal leur larmes. «Bobos parachutés», entend-on. «Les gens sont encore sur le cul, du rouge on est passé au vert, mais personne n’a à rougir de rien», lâche Hakim un quadragénaire, désignant des «petits jeunes qui en appellent au Che». «Hasta siempre la victoria, c’est une cruelle désillusion, martèle Yacine, 21 ans. On a connu que Brard. Quand j’étais petit, les communistes organisaient des tournois de foot, de pétanque, des sorties à la mer. Ils ont toujours été proches de nous.» A ses côtés, son copain n’avale pas la défaite : «On a perdu la mairie, mais pas la ville. Dans nos cœurs, Montreuil la rouge restera la rouge. Ce n’est pas une page qui se tourne, mais un temps de pause.» Difficile de couper le cordon ombilical : «C’est comme si on avait perdu un père spirituel, alors qu’elle le traite de dictateur», conclut Yacine. 

Serrures et bennes. Le duel entre les deux gauches a été rude. Voynet avait comparé Montreuil à la Roumanie juste avant la chute de Ceausescu. Et Brard avait promis que Voynet «la bourgeoise» irait bientôt rejoindre «le cimetière» de ses adversaires. La cérémonie de passation des pouvoirs a fait l’objet de minutieuses tractations entre les deux parties. Après une semaine de transition sous haute tension : «Les « brardistes » ont changé toutes les serrures des bureaux et la mairie était remplie de bennes. On a une vidéo», raconte Manuel Martinez, ex-PS et nouvel adjoint. Autre accusation du camp Voynet : «Brard s’est fendu d’une lettre de propagande à tous les Montreuillois et à leur frais.»

A 9 h 40, voilà le sortant au micro. Avant de céder son écharpe tricolore, Brard compte bien s’offrir un dernier numéro. Il cite Jaurès : «Le courage c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel.» S’estime «fier» de son bilan. Il se place dans «la minorité vigilante et active» mais multiplie les menaces. Il en appelle à «tous les jeunes» : «Nous n’hésiterons pas à défendre pied à pied notre idéal», conclut-il, une larme au coin de l’œil, sous les vivats de ses partisans. L’une d’eux se précipite pour lui offrir un bouquet de roses violacées. «On se croirait dans l’URSS des années 50, c’est terrifiant», persifle un présent.

Peu à peu les écharpes turquoise, aux couleurs de la liste Voynet, se mélangent au public. Brard se rassoit à sa place de conseiller municipal. Face aux caméras de télé, il martèle que sa rivale a gagné grâce aux voix de droite. Ce qu’Olivier Madaule, secrétaire de la section PCF, dément : «Ceux qui ont fait la différence au second tour, ce ne sont pas les gens de droite, mais les abstentionnistes des quartiers populaires. L’élection s’est plus jouée sur un rejet du maire que sur une adhésion à Voynet.»

Photo officielle. Lorsque celle-ci monte à la tribune, la salle se calme. «Heureusement qu’elle est là avec son expérience et son poids, face à des gens qui ont tout verrouillé», souffle un habitant. La nouvelle maire se veut pacificatrice mais ne peut s’empêcher de cogner : «Je veux agir pour que cesse le climat carrément malsain dont la violence de cette séance témoigne, hélas. C’est de cela aussi que les Montreuillois sont fatigués, dégoûtés. Je veux répondre à leur fringale démocratique.» A 11 h 45, les deux rivaux se retrouvent pour la photo officielle sur les marches de la mairie. Clic-clac. Voynet descend trois marches pour aller serrer la main de son rival. «C’est pas bien d’aller pêcher des voix de droite», balance-t-il. «Je t’emmerde !» réplique-t-elle. 

-jrdf
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