La faim – dos au mur

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  Comme il est difficile à écrire, ce billet, ami lecteur… Qui suis-je, petit bourgeois confortablement installé chez moi, pour évoquer des évènements aussi dramatiques que des émeutes provoquées par la faim ? Je n’ai pas la réponse. Ceux qui mangent n’ont cependant pas, je pense, à avoir honte pour ceux qui ne mangent pas, eux. C’est un phénomène de pitié et de fausse empathie, que je rejette. Ce qui m’inquiète, en revanche, tient à ce que ces mouvements de violence sont déclenchés, et perdurent pour des raisons universelles, et inextinguibles. Je m’explique : une révolte qui a une base strictement politique, est généralement circonscrite sur un territoire, et peut être matée par la répression – ou calmée par des élections, une destitution, le retrait d’une loi, etc…

  Mais comment « arrêter » la faim ? Le mauvais état global de la répartition des ressources, sur Terre, étant actuellement aggravé par différents phénomènes, notamment le réchauffement climatique, la croissance importante de la population, la réduction des terres céréalières au profit de la culture du « biocarburant » (entre guillemets, parce qu’il est loin d’être bio), et surtout… la spéculation sur les matières premières, et sur l’agroalimentaire, du marché financier suite aux diverses crises boursières (subprimes, etc…). Pas très rose, hein ?

  D’autres problèmes contribuent à cette crise : la flambée du prix du pétrole a excité l’intérêt financier et politique pour les biocarburants, et a fait encore grimper les prix de l’alimentaire, car les agriculteurs utilisent souvent… de l’essence, pour leurs machines. Les OGMs ont également rogné sur les terres cultivables « classiques », et imposé des monocultures qui appauvrissent peu à peu les sols, et dont les récoltes sont souvent destinées à l’exportation dans les pays riches, ou à nourrir le bétail (qui risque aussi de crever, à son tour, si la crise continue, à moins qu’on voie ressurgir des cas de Kreuzsfled-Jacob…) ; les OGMs ayant également flingué une bonne part de la pollinisation (les abeilles n’aiment pas trop le Round-Up…), on est loiiiin d’en voir le bout, de cette affaire. Poursuivons en rappelant que, pour prévoir cette crise, l’Union Européenne a décidé, l’année dernière, de supprimer les jachères. Résultat : 5% de récoltes en plus, mais un appauvrissement des sols qui se prépare… sans compter que le bioéthanol et les monocultures OGMs ont déjà la fâcheuse particularité d’épuiser les sels minéraux,  et que les mauvaises récoltes OGMs s’ajoutent à celles « traditionnelles » (en Inde, par exemple, les agriculteurs de coton forcés d’acheter les semences MonSanto – les autres ont disparu du marché – quatre fois plus chères et avec l’obligation d’utiliser leur merde de Round-Up, s’en mordent méchamment les doigts… Le millier de suicides a été dépassé depuis longtemps…).

  Tout cela est très « théorique », et malheureusement bien éloigné des préoccupations de la population. Lorsqu’on en arrive à manger des galettes de terre, les cours du bioéthanol et le lobbying de MonSanto, ça passe un peu au-dessus de la tête. Remarque, ami lecteur, que les millions d’expropriés des subprimes jouiront de la compagnie de ceux qui vont se tourner, n’en doutons pas, vers le pillage, voire vers le cannibalisme. Dans les deux cas, les réponses « officielles », si elles sont à la hauteur des attentes (on y croit très fort), prendront encore des années pour se mettre en place. Que vont faire les affamés, pendant ce temps ? Se cryogéniser ? Manque de bol pour eux, la technique n’est pas encore au point…

  Reste donc, et j’en reviens tristement  à mes premières considérations, aux petits bourgeois équipés d’ordinateurs, tels que votre serviteur, de s’émouvoir dans le confort de leurs petites vies, en essayant au moins de transmettre un maximum d’informations à ceux qui s’y intéresseront. Des mesures d’urgence ont cependant été déployées (ouaiiis, une note positive) puisque l’armée, dans certains pays, distribue de la nourriture à la population. Je conclus avec une dépêche AFP en provenance du FMI. L’ami Strauss-Kahn en profite pour faire son boulot : paniquer et chiffrer les dégâts dès qu’une crise de grande ampleur menace le sacrosaint système capitaliste international. Vu comment la ruche bancaire s’affole, c’est sûr qu’on n’a pas fini d’en parler… et d’en souffrir :

[A noter que Royal avait prévu cette crise lors de sa campagne, et que depuis les prémisses de ces révoltes, on n’a pas entendu notre Glorieux Président sur le sujet...]

WASHINGTON (AFP) – La hausse des prix alimentaires pourrait avoir de terribles conséquences pour la planète entière, allant jusqu’à la guerre, si rien n’est fait pour l’endiguer, a souligné samedi à Washington le directeur général du Fonds monétaire international Dominique Strauss-Kahn.

« Les prix de l’alimentation, s’ils continuent comme ils le font maintenant… les conséquences seront terribles », a lancé M. Strauss-Kahn au cours d’une conférence de presse donnée à l’issue d’une réunion de l’instance dirigeante du FMI. « Des centaines de milliers de personnes vont mourir de faim… ce qui entraînera des cassures dans l’environnement économique », a-t-il mis en garde.

Les progrès réalisés par les pays pauvres depuis cinq à dix ans en matière de développement pourraient se retrouver « complètement détruits », a-t-il dit, en soulignant que ce problème dépassait le cadre strict des préoccupations humanitaires. « Comme nous le savons, en apprenant du passé, ce type de problèmes débouche quelques fois sur la guerre ». Si le monde veut éviter « ces terribles conséquences », la hausse des prix doit être endiguée.

Ces derniers mois, la hausse des prix de l’alimentation a provoqué une agitation sociale dans plusieurs pays, provoquant notamment la chute du Premier ministre en Haïti, après des émeutes de la faim qui ont fait au moins 5 morts, auxquels s’ajoute samedi un policier nigérian de l’ONU tué par balles par des inconnus.

Le président haïtien René Préval a annoncé samedi une réduction du prix du riz pour éviter une répétition des violences des derniers jours. Le même jour, des émeutes impliquant quelque 20.000 personnes protestant contre la vie chère et les salaires bas ont eu lieu près de Dhaka (Bengladesh).

Dans nombre de pays en développement, les gouvernements ont été obligés d’augmenter le niveau des subventions aux biens de première nécessité et aux carburants, ou de réduire leurs exportations de produits agricoles — comme cela a été le cas en Thaïlande avec le riz — pour calmer les tensions inflationnistes sur leur proche marché.

Le directeur général de l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), Jacques Diouf, avait appelé cette semaine les dirigeants mondiaux à un sommet en juin pour faire face à ce qu’il a appelé une crise alimentaire mondiale. « Au regard des émeutes alimentaires dans le monde, dans des pays comme l’Afrique et Haïti, nous avons véritablement une urgence ». 

La ministre française de l’Economie Christine Lagarde a relevé devant la presse que ces problèmes étaient « de facture assez récente ». « On en parle de manière intense depuis 4 à 6 semaines avec des vrais problèmes sociaux ». Pour elle, « c’est parce que les marchés financiers sont en grandes turbulences que les opérateurs de marchés vont se placer sur des produits plus liquides et que les prix des matières premières, agricoles ou énergétiques, montent ».

Mme Lagarde a donc fait valoir que traiter la crise financière était la manière idoine de résoudre pour partie cette envolée des prix alimentaires.

« Traitons la crise financière et on fera disparaître une partie de la pression qui s’exerce » sur les prix alimentaires, a-t-elle assuré. 

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