Chute d’un despote à Anjouan

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  Ami lecteur, j’avoue que j’ai suivi cette histoire avec le plus grand intérêt. Les tyrans qui s’en prennent plein les dents, sont suffisamment rares pour éveiller ma curiosité. J’en profite, quelques semaines après les évènements, et alors que la crise est loin d’être résorbée, pour aborder cette affaire.

  L’archipel des Comores, qui compte notamment l’île d’Anjouan, est depuis bien longtemps le voisin turbulent de Mayotte. Entre ces pages, on trouvera d’ailleurs un article consacré à Bob Denard, l’un de nos si traditionnels mercenaires anticommunistes, qui se spécialisent dans les coups d’état – celui-ci en ayant orchestré cinq, rien qu’aux Comores. Bref, il faut retenir que ce dernier archipel a plusieurs fois essayé d’ « annexer » Mayotte, et que ce sujet revient périodiquement, en période d’élections, afin de détourner l’attention sur les réels problèmes économiques que connaissent les Comoriens.

  Voilà pour le plan d’ensemble, attaquons-nous maintenant au conflit en lui-même. Mohamed Bacar, élu honorablement il y a quelques années, s’est rapidement rendu impopulaire par un régime violent, corrompu et clanique. A noter que la France affirme n’avoir aucun lien avec le dictateur à présent en exil… alors que celui-ci, lui, se vante d’avoir été formé par nos services. Il semble effectivement qu’il soit passé par l’école navale de Brest… Aaaaaah, la Françafrique… Bref, il y a plusieurs mois, Mohamed Bacar, de manière très caricaturale, a « participé aux élections » prévues de longue date, en avançant d’une semaine le scrutin ! Résultat : Chaos parmi ses opposants, incompréhension parmi la population – qui a voulu attendre le « second premier tour », une semaine plus tard, chiffres de la participation truqués, et une élection bidon de plus à accrocher au patrimoine de l’humanité. Bacar demande, haut et fort, « qu’on respecte la volonté du peuple d’Anjouan » qui lui a « renouvelé sa confiance », et croit s’en tirer ainsi…

  Perdu ! L’Union Africaine, soutenue par la France – qui n’envoie pas un seul homme sur place, mais uniquement des transports de troupe, afin selon notre ministère, de ne pas paraître comme « le gendarme de l’Afrique » – l’UA donc, s’en mêle et dépêche une mission afin de renverser le tyran. Celui-ci plastronne d’abord, menace de répliquer, puis finalement est d’accord pour négocier – trop tard. Pour rentrer dans les méandres de la politique africaine, il semble surtout que ses quatre détrôneurs (Tanzanie, Soudan, Sénégal et Lybie), à l’inverse de l’Afrique du Sud, aient profité de  l’occasion pour redorer le blason de l’UA, et faire oublier leurs petites affaires personnelles (Darfour, par exemple).

  Vient l’épisode de l’intervention armée. Au vu des réactions des habitants d’Anjouan – qui ont accueilli très chaleureusement les troupes de l’UA – le règne de Bacar n’a effectivement pas été rose du tout pour eux. Les troupes libératrices progressent donc rapidement, et à part une poche de résistance, s’assurent en quelques heures le contrôle de l’île. Mais le despote reste introuvable…

  C’est à cet instant que la France revient dans la partie, involontairement. Un hélicoptère français se crashe en pleine mer, devant les troupes comoriennes, qui vont le secourir. Pas de victimes à déplorer, heureusement ; sauf que les autorités demandent ce que cet engin vient faire ici, au milieu de cette situation troublée. La réponse officielle est qu’il était chargé de repérer des clandestins en partance pour Mayotte (l’île française connait effectivement un vrai problème, de ce côté-là). Problème : l’hélicoptère « patrouillait » du mauvais côté de l’île – et tout près du refuge présumé de Bacar…

   Epilogue : Finalement, la France a déclaré que le tyran se trouvait à… La Réunion, en attente d’être jugé. Kouchner fait savoir qu’ils attendent la fin de son procès, pour pouvoir le transférer aux Comores  -  s’il ne disparait pas, d’ici là. En tout cas, Anjouan a retrouvé son calme, et notre ministère, toujours aussi ténébreux et ambigu décidément, s’acharne pour aplatir les vagues de cette affaire…

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