posts du 15 mai, 2008


Pénurie annoncée aux Restos du Coeur

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PARIS – L’association des Restos du Coeur fait part mercredi de son inquiétude pour sa prochaine campagne aux plus démunis, craignant de ne pouvoir assurer la distribution de cinq millions de repas.

« Gravement préoccupés par la hausse du coût des denrées et de l’énergie, les Restos du Coeur redoutent de surcroît un déficit des quantités fournies par l’Europe », souligne l’association créée par Coluche dans un communiqué.

Les Restos du Coeur bénéficient de dons de fournisseurs officiels européens auxquels ils passent commande l’été pour la campagne d’hiver. Or dès l’été dernier, la hausse du lait et du blé avait entraîné déjà une baisse des quantités fournies, a-t-on appris auprès de l’association. Les Restos avaient dû combler la différence.

Face aux augmentations prolongées des prix des denrées alimentaires, les Restos du Coeur « attendent des mesures significatives du gouvernement afin de n’être pas obligés de restreindre leurs distributions de l’hiver prochain ». « Si aucune mesure n’était décidée, ce sont 5 millions de repas qui ne seraient pas distribués dès l’ouverture de la prochaine campagne de l’association, au mois de décembre 2008″.

Les Restos du Coeur avaient distribué 81,7 millions de repas lors de l’hiver 2006-2007. AP

La Chine capitalise sur ses victimes

  Un billet sans doute cruel en apparence, mais la politique et la diplomatie sont loin d’être les gentils enfants bien élevés des nations. Donc, la Birmanie s’entrouvre un peu à l’aide humanitaire – c’est déjà ça – tandis que son peuple risque de se manger un deuxième cyclone dans la tronche. Pas cool.

  Pendant ce temps, la Chine déplore à son tour une catastrophe humanitaire, après un tremblement de terre ravageur. Le contraste est saisissant : immédiatement, les soldats chinois aident la population, et rapidement, la crise est résorbée, pour autant qu’on puisse résorber les dégâts d’un séisme.

  Alors, la Birmanie est méchante et la Chine est gentille ? En gros, c’est l’idée, non ? Le truc, c’est que, évidemment, aucun de ces pays n’a pu programmer de telles catastrophes. Il y a donc bien coïncidence; Mais, comme je l’évoquais plus tôt, dans un billet consacré à la Birmanie, cette sympathique dictature qui pratique le vol d’enfants et la militarisation de l’industrie, est surtout maintenue en place par… la Chine. La récente révolte des moines l’a démontré : A l’ONU, lorsque le sujet de la Birmanie est évoqué, c’est bien Pékin qui a bloqué les discussions.

  Pour résumer, nous avons donc un gros pays qui « profite » d’un séisme afin de se rendre sympathique aux yeux du monde entier – d’un coup, ce n’est plus le régime totalitaire le plus peuplé au monde… cela devient une pauvre victime à propos de laquelle on peut écrire une jolie chanson (« Sauvons les enfants chinois », ça sonne bien, non ?). Afin de parfaire ce tableau – c’est confirmé par des fuites diplomatiques – la Chine met en avant, par contraste, l’attitude nettement plus violente de la Birmanie, qui est pourtant un Etat qu’elle soutient – et qu’elle arme.

  Le monde est bien fait, quand même, non ?

La droite, le travail et la santé

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  Encore une mise en garde de Royal qui se concrétise… La droite, au nom de sa doctrine de « modernisation gnagnagna », va démanteler l’AFSSET. Je cherche le trait d’humour qui pourrait, à l’image du Canard Enchaîné, mordre sur ce sujet mais, hélas, ami lecteur, je ne le trouve pas. Information confirmée par TV5, relayée d’abord par le Quotidien du Médecin.

  PARIS (AFP) – L’agence sanitaire de l’environnement et du travail, dont la directrice générale Michèle Froment-Védrine craint la disparition, a défendu mercredi sa survie en présentant à la presse un rapport d’activités abondant et riche de projets.

Mme Froment-Védrine, dont le mandat à la tête de l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) s’achève vendredi, a noté que l’agence a pris en charge en 2007 la santé au travail : fixation des valeurs limites d’exposition professionnelle, remplacement des agents chimiques CMR (cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques) par des substances neutres, prévention des pathologies professionnelles…

En matière de santé environnementale, un sujet « de plus en plus important », l’Afsset travaille sur l’impact des éoliennes, la téléphonie mobile, les nanomatériaux, les fibres minérales artificielles, la qualité de l’air dans les parkings…

Elle est devenue aussi coordinatrice des expertises pour l’application de la directive européenne Reach, qui impose aux industriels de prouver l’absence de danger de leurs produits chimiques avant mise sur le marché.

La directrice générale a insisté sur l’important travail de coordination menée par l’Afsset en tant que tête d’un réseau d’organismes compétents en matière d’expertise, de recherche et de prévention en santé/environnement ou santé/travail. Elle a d’ailleurs été choisie comme coordinateur d’un projet européen Eranet, mené avec les Pays-Bas et la Grande-Bretagne, sur l’impact du réchauffement climatique.

Interrogée sur la possibilité d’une réforme des agences sanitaires, au nom de la révision des politiques publiques décidée par le gouvernement, Mme Froment-Védrine, qui a assumé la direction de l’Agence depuis sa création en 2002, a estimé « complètement légitime » que le gouvernement se pose des questions sur le périmètre des établissements publics.

Mais il faut envisager « les conséquences », a-t-elle dit, et « il faudra bien que quelqu’un assume les missions de coordination qu’assume l’Afsset ».

« Mon souhait, c’est que l’expertise reste indépendante, pas polluée par une décision des ministères de tutelle ou des industriels », a ajouté la directrice générale.

La réforme des agences sanitaires pourrait se faire sur la base du rapport de 2006 de Jean-François Girard, ex-directeur général de la santé, qui suggérait la « remise à plat du système », avec la création de trois organismes chargés respectivement de la « surveillance du vivant », de la sécurité sanitaire des produits consommés et des « milieux », en lieu et place des sept structures actuelles : trois agences, dont l’Afsset, et quatre instituts.

Dans une interview publiée mercredi dans le Quotidien du médecin, Mme Froment-Védrine se disait persuadée que la révision générale des politiques publiques (RGPP) qui prévoit de regrouper les sept structures pour « simplifier les conditions de leur pilotage par l’Etat », avait choisi de « démanteler » l’Afsset.

Tour d’horizon prévisionnel de la grève du 15 mai

Source : Libération

Ecoles, collèges, lycées

Côté Education nationale, les troupes seront largement mobilisées contre les 11 200 suppressions de postes prévues à la rentrée.
Le SE-Unsa estime à « près de 70% » des professeurs des écoles et « 50% » des enseignants de collèges et lycées la proportion de grévistes attendus jeudi.
De nombreux élèves risquent donc de se retrouver à la porte de leurs établissements demain matin.
Un service minimum est proposé dans certaines
communes.
La plupart des cours dans les universités n’auront pas lieu.

 

Fonction publique

La grève concernera demain les Finances (impôts, trésoreries, etc.), la Culture (musées etc.), l’Equipement (DDE) et les Douanes dont l’intersyndicale (CFDT-CGT-FO-Solidaires) appele à une « grève reconductible à compter du 15 mai ».
Les collectivités locales ont également été appelées par six fédérations (FSU, CGT, FO, CFTC, Unsa, Solidaire) à se mobiliser.

 

Hôpitaux

Dans les hôpitaux, le public sera accueilli malgré l’appel à la grève, les personnels grévistes pouvant être réquisitionnés par l’administration.

 

Services

A la Poste, la livraison du courrier et l’ouverture des bureaux de poste ne sont pas garanties.
Chez France Telecom trois syndicats (CGT, Sud et FO) ont déposé des préavis.
A l’ANPE, les trois principaux syndicats ont appelé à la grève (SNU, FO, CGT) de même que Sud.
Trois syndicats de Météo France (Solidaires, CGT, FO, 90% du personnel) appellent à la grève, contre des fermetures de centres météo et des réductions d’effectifs.

 

Media

A France 3, les syndicats SNRT (techniciens) et SNJ (journalistes) CGT appellent également à un arrêt de travail de 24 heures le 15 mai, de 00H00 à minuit. Le personnel a été invité à se joindre aux manifestations prévues ce jour-là pour les salariés de la fonction publique.

 

Transports

Aucune perturbation n’est prévue à la RATP.
La circulation des
trains régionaux (TER) sera perturbée en Provence-Alpes-Côte-d’Azur à partir de jeudi 18 heures en raison d’un préavis de grève des contrôleurs de la région de Marseille déposé par la CGT, et  jusqu’à samedi 8 heures. Selon un porte-parole de la SNCF, les grandes lignes (TGV et Téoz) ne seront pas affectées et fonctionneront normalement.
Mais des perturbations sont possibles sur le
trafic aérien, selon la Direction générale de l’aviation civile (DGAC).

OGM : L’UMP rectifie un « incident de parcours »

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  …ce qui signifie, en clair, qu’elle reprend la main (gantée avec des pics) après avoir été temporairement tenue en échec, sur le vote en deuxième lecture du texte sur les OGM – ou plutôt, d’un de ses points touché par une motion de procédure (un coup spécial, pour résumer) initiée par le communiste Chassaigne, et qui – ô surprise – a triomphé par une voix d’écart.

  Donc, moins d’un jour plus tard, l’UMP réplique en convoquant une commission mixte paritaire, qui est une des grosses excuses de la Ve République - en cas de vote, elle se conforme en proportions à la majorité parlementaire, donc elle n’avantagera jamais l’opposition. Et voilà comment on enterre un beau débat, sans rien changer d’un texte qui a pourtant été rejeté par les représentants du peuple.

  Le ton que j’emploie est certes railleur, mais mon point de vue ne l’est absolument pas. Ce qui vient de se jouer là, ami lecteur, est très grave et très préoccupant. Ce n’est rien de moins que la confirmation d’un coup d’état lobbyiste, initié depuis plusieurs années par Bruxelles. Ce n’est pas tant que les OGM ont gagné. C’est qu’ils ne peuvent pas perdre. Les sommes en jeu sont telles, la corruption est si généralisée, que les lobbys ne permettront pas même à la « démocratie » de barrer leur chemin.

  Bienvenue dans un monde de cobayes… et de patrons de laboratoires.

AFP – Par Souk Chantalangsy

PARIS (AFP) – Le rétablissement du projet de loi sur les OGM, mercredi par une commission mixte paritaire (CMP), a été qualifié de « coup de force politique » par la gauche tandis que la droite y a vu une solution rapide et légitime à un « accident de parcours ».

Mardi, alors qu’on attendait un vote définitif du texte très controversé, l’adoption inattendue d’une motion de procédure PCF, à une voix de majorité, avait interrompu le débat, obligeant le gouvernement à convoquer en urgence une CMP (7 députés et 7 sénateurs, majoritairement de droite).

Après plus de deux heures de réunion, la CMP a entériné mercredi la version du texte votée le 16 avril par le Sénat, approuvant son article premier, seul point restant en discussion.

La décision de la CMP a réduit à néant la « victoire politique » obtenue 24 heures plus tôt par la gauche.

Il s’agit pour l’exécutif, a souligné à l’Assemblée le Premier ministre François Fillon, de réparer « l’incident regrettable » qu’a constitué ce rejet surprise, incident qui « ne détournera pas le gouvernement et sa majorité de leurs responsabilités ».

« C’est un coup de force juridique et politique », ont rétorqué en choeur les députés PS, Verts et PCF. « Le rejet du texte est bien une victoire politique pour la gauche et les citoyens qui rejettent les cultures OGM », ont assuré des élus de l’opposition lors d’un point de presse à l’Assemblée.

Les responsables PS -François Hollande, Jean-Marc Ayrault, Ségolène Royal en tête- se sont succédé mercredi pour appeler le gouvernement à « réécrire » un nouveau texte et non pas « relancer la procédure parlementaire ».

« Nous avons une interprétation juridique différente de celle du gouvernement. Selon la Constitution et le règlement de l’Assemblée, pour nous, le vote d’une motion de procédure annule le texte et il faut repartir à zéro », a déclaré Yves Cochet (Verts).

« Nous poursuivrons le combat. C’est hallucinant de voir l’aveuglement de l’UMP sur ce dossier », a renchéri le PS Philippe Martin, annonçant la saisine du Conseil constitutionnel dès l’adoption du projet OGM.

Pour André Chassaigne, auteur de la motion votée mardi et d’un amendement majeur, la voie choisie avec la CMP est « une erreur terrible » et « à quelques mois de la présidence française de l’UE, c’est un crachat contre la démocratie ».

A droite, le mot d’ordre était à l’unité au lendemain d’un cinglant revers et tout a été fait au plus haut niveau de l’Etat pour minimiser « le coup politique » de la gauche.

M. Sarkozy a rappelé en Conseil des ministres qu’il « tenait beaucoup » au texte sur les OGM mais le chef de l’Etat n’est « pas intervenu sur le fonctionnement du groupe UMP », a assuré le porte-parole du gouvernement Luc Chatel.

Après un soutien « unanime » des députés de son groupe dans la matinée, Jean-François Copé -accusé mardi par certains, à l’Elysée et à Matignon, de ne pas suffisamment tenir ses troupes- a eu droit à une « standing ovation » dans l’hémicycle.

C’est l’absentéisme des députés UMP qui a permis le coup de théâtre de mardi. Le texte OGM n’a jamais suscité de franche adhésion en leur sein, certains s’inquiétant plus ou moins ouvertement des risques environnementaux des OGM tandis que d’autres reprochent au gouvernement de la faire la part trop belle aux anti-OGM.

J’emmerde Mai 68 (suite)

  Je poursuis ici, à la demande de certains que mon précédent billet éponyme ont choqué, mon analyse de Mai 68 – qui se révèle, il est vrai, négative.

  Lorsque j’écris « J’emmerde Mai 68″, cela ne veut évidemment pas dire que je suis personnallement opposé à la hausse des salaires qui a suivi le mouvement de grève, à la question des droits des femmes et de la jeunesse, de la liberté d’expression, etc… qui ont sous-tendu ce mouvement social. Je l’ai précisé d’emblée, dans mon premier post (pas assez clairement, visiblement).

  Non, ce qui me donne envie de gerber, c’est qu’on entretienne des illusions sur Mai 68. Parce qu’on est en mai, pile poil quarante années après ce sursaut, doit-on attendre que, par magie, le peuple s’unisse et se révolte ? Désolé, ça pour moi, c’est de l’extrême gauchisme nostalgique et, franchement, incroyablement naïf. Arlette et Besancenot ont beau agiter le drapeau de cet évènement, cela ne le ressuscitera pas. Et j’ai beau sympathiser avec certains idéaux de cette époque, ami lecteur, je ne fais pas dans le pillage de tombes.

  Ce qui est un truc que les soixante-huitards d’hier, et les rebelles professionnels d’aujourd’hui, ont visiblement beaucoup de mal à comprendre. Alors je vais me donner la peine de leur expliquer. Après Mai, 68 ou 2008, vient juin. Après 1968 est venu 1969, et après 2008, viendra très vraisemblablement 2009. Voilà. Le temps passe. Les mouvements s’essouflent. Leurs acteurs vieillissent. En un mot commeen cent, ON NE PEUT PAS VIVRE DANS LE PASSE ! Il faut sans cesse organiser et entretenir la flamme, lorsque son existence est justifiée par un système inique. Donc oui, j’emmerde profondément la nostalgie (commerciale, qui plus est) qui entoure ce mouvement social.

  Et j’emmerde, autant que ceux qui croient qu’on peut appeler à la révolte en vertu d’un symbole, ceux qui croient qu’on peut faire son business politique en se revendiquant d’une révolution qui ne vient jamais, autant d’ailleurs que ceux dont la seule réponse est « on va faire la grève ».

  « On va faire la grève ». Ouais, et après ? Mai 68 a échoué, malgré ses quelques batailles remportées, parce que le peuple – LE PEUPLE - a été déçu, découragé, et que pendant quarante années au moins, par la suite, il a lâché l’affaire. Parce qu’il s’est bien rendu compte, le peuple, que cette méthode, hormis effrayer les grands patrons et obtenir quelques mesures positives - c’est indéniable - cette méthode n’était pas VIABLE sur le long terme.

  On m’a écrit pour me demander ce que les jeunes d’aujourd’hui avaient à proposer. Je ne peux être exhaustif, évidemment, mais je dirais que, plutôt que de casser, de bloquer, et de manifester, il est sans doute plus constructif de contrôler, de prendre, et d’attaquer. Plutôt que de se tirer des balles dans le pied, il faudrait, dans une optique de révolte, brandir le poing en direction du pouvoir; Plutôt que de balancer des pavés dans le Quartier Latin, sur des policiers qui sont payés pour ça, pourquoi ne pas devenir imprévisibles, et dangereux ?

  Voilà ce que je dis. Que jouer de la guitare et fumer des pétards, il y a quarante ans, ça n’a déjà rien donné de vraiment révolutionnaire, contre un pouvoir vieillissant et relativement mou. Alors, face à une droite très dure qui ne fait aucune concession, excusez-moi mais le Mai 68, il date ! 

Aimé et regretté

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  Je l’avoue, ami lecteur, j’ai attendu. Aimé Césaire est mort, ce n’est plus « la dernière nouvelle qui pointe le bout de son nez (tragique) » ; C’est déjà le passé, les tréteaux des cérémonies de commémoration ont été rangés, pliés, les hommes d’Etat ont fait leur boulot – ils ont assisté, dignes, graves, à l’enterrement du poète. Voilà. Comme l’aurait chanté Jim Morrison « This is the End », et pourtant, ce blog n’a pas évoqué ce sujet incontournable, le trépas d’une grande figure – artistique et politique – de la culture française, qui a marqué le 20e siècle, et s’est fait latter par son successeur.

  Je l’avoue, ami lecteur, j’ai attendu. Le temps de lire un auteur que, finalement, je connaissais très peu. Le temps de voir l’impression qu’avait laissé cet homme sur mon pays – sur ce point, on ne peut qu’être impressionné par les cortèges titanesques qui ont accompagné sa dépouille. Le temps d’approcher l’âme du monsieur, avant de devoir rédiger sa nécrologie. Histoire de ne pas sortir un bête best-of, traditionnel, lorsque que la mort échoue un humain sur le rivage de l’actualité.

  Alors, que puis-je penser d’Aimé Césaire ? Les romains de l’Antiquité levaient ou baissaient le pouce. Pour ma part, je le garde levé. Aimé Césaire avait du talent, pour sûr, une bonne grosse rage vissée au ventre, qui a explosé dans des poèmes, des pièces de théâtre, des actions politiques. Est-il, pour autant, un ange ? Non, certes pas. Gandhi avait ses côtés sombres. Césaire n’échappe pas à la règle. En politique, il a été parfois brutal et adepte du clanisme familial. Et en Art ? On lui laisse la paternité du concept de « négritude », élaboré en réalité en compagnie de Léopold Senghor ; Concept qu’il a par la suite renié d’ailleurs, le jugeant – avec raison, je pense – raciste.

  J’aimerais pousser plus loin la réflexion sur ce sujet. Qu’est-ce que la « négritude » de Césaire ? Au fond, c’est une revendication culturelle liée à la couleur de peau, et aux peuples noirs. Raciste, donc ? Fatalement. Comme le féminisme est sexiste, et comme une manifestation est, intrinsèquement, fasciste. Mais les noirs ont eu besoin de prendre la parole, les femmes doivent encore lutter pour leur égalité, et les idées ne sont souvent publiquement entendues que lorsqu’on fait masse, et qu’on les scande. C’est une chose d’être raciste, sexiste, ou fasciste. C’en est une autre de se laisser écraser. Le contexte, est évidemment fondamental en politique.

Cependant, la « négritude », toute raciste qu’elle soit, est surtout née en opposition à une autre idée  (comme le féminisme combat le machisme). La négritude est une réaction face au « doudouisme », une manière exotique d’aborder la culture noire, par une poésie infantilisante. On y parle de palmiers, de soleil, d’éclats de rire et de cannelle… Certes, c’est une part de la vie de certains noirs. Mais Césaire, égratignant ces clichés, a dressé en juxtaposition une autre réalité. Ses mots sont sans doute plus éclairants que mes explications : « La Martinique, soleil, cocotiers, sable fin, robes madras, anneaux créoles ? Soleil, oui, là-haut, vertical, sans absence – mais aussi une petite maison qui sent très mauvais dans une rue étroite, une maison minuscule qui abrite en ses entrailles de bois pourri des dizaines de rats et la turbulence de mes frères et sœurs. » 

  Fin de l’histoire. Fin de celle que j’ai envie d’écrire ici, du moins. Je reprends, pour le lecteur curieux, d’abord son poème le plus célèbre – et mon préféré, dont le « j’habite le trou des poulpes, je me bats avec un poulpe pour un trou de poulpe » m’a retourné – puis, une nécrologie très détaillée et, me semble-t-il, pertinente. 

  Repose En Paix, révolté ! 

Calendrier lagunaire

J’habite une blessure sacrée
j’habite des ancêtres imaginaires
j’habite un vouloir obscur
j’habite un long silence
j’habite une soif irrémédiable
j’habite un voyage de mille ans
j’habite une guerre de trois cent ans
j’habite un culte désaffecté
entre bulbe et caïeu j’habite l’espace inexploité
j’habite du basalte non une coulée
mais de la lave le mascaret
qui remonte la calleuse à toute allure
et brûle toutes les mosquées
je m’accommode de mon mieux de cet avatar
d’une version du paradis absurdement ratée
-c’est bien pire qu’un enfer-
j’habite de temps en temps une de mes plaies
chaque minute je change d’appartement
et toute paix m’effraie
tourbillon de feu
ascidie comme nulle autre pour poussières
de mondes égarés
ayant crachés volcan mes entrailles d’eau vive
je reste avec mes pains de mots et mes minerais secrets

j’habite donc une vaste pensée
mais le plus souvent je préfère me confiner
dans la plus petite de mes idées
ou bien j’habite une formule magique
les seuls premiers mots
tout le reste étant oublié
j’habite l’embâcle
j’habite la débâcle
j’habite le pan d’un grand désastre
j’habite souvent le pis le plus sec
du piton le plus efflanqué-la louve de ces nuages-
j’habite l’auréole des cétacés
j’habite un troupeau de chèvres tirant sur la tétine
de l’arganier le plus désolé
à vrai dire je ne sais plus mon adresse exacte
bathyale ou abyssale
j’habite le trou des poulpes
je me bats avec un poulpe pour un trou de poulpe

frères n’insistez pas
vrac de varech
m’accrochant en cuscute
ou me déployant en porona
c’est tout un
et que le flot roule
et que ventouse le soleil
et que flagelle le vent
ronde bosse de mon néant
la pression atmosphérique ou plutôt l’historique
agrandit démesurément mes maux
même si elle rend somptueux certains de mes mots

Le Monde – Francis Marmand:

Fou de sa langue, de Rimbaud, de Breton, enfant caraïbe de Shakespeare et Brecht, né le 26 juin 1913 à Basse-Pointe (Martinique), député de la Martinique de 1945 à 1993, proche de De Gaulle et de Mitterrand, maire de Fort-de-France de 1945 à 2001, conseiller général à deux reprises (1945-1949 ; 1955-1970), Aimé Césaire, hospitalisé mercredi 8 avril 2008, est mort le 17 avril à Fort-de-France. Il était âgé de 94 ans.

Le 23 mars 1964, face à De Gaulle en visite en Martinique : « On ne pourra pas éluder davantage un problème qui obsède notre jeunesse, le problème de la refonte de nos institutions pour qu’elles soient plus respectueuses de notre particularisme, plus souples et plus démocratiques. » Il aura ainsi admonesté tous les présidents de la République d’une voix nette, timbrée, en porte-parole de son peuple et de son devenir. C’est cette parole, politique et poétique, qui impressionne le plus dans un corps sûr et si timide.

Un poète s’écoute à ses titres : Cahier d’un retour au pays natal (1939), Les Armes miraculeuses (1948), Soleil cou coupé (1948), Corps perdu (1949), Ferrements (1960), Noria (1976), Cadastre (1981). Sans compter des essais historiques et des discours violents : Esclavage et colonisation (1958), Discours sur le colonialisme (1962), Toussaint Louverture, La Révolution française et le problème colonial (1962).

Il ne fera plus désormais son tour quotidien de l’île avec chauffeur, « je ne m’en lasse pas, la faune, la flore, le peuple martiniquais, la cabane martiniquaise, les pauvres gens », tout ce qu’il aimait par coeur. Son grand-père fut le premier enseignant nègre, on reviendra sur ce mot, de l’île. Sa grand-mère Eugénie, « Maman Ninie », rare femme lettrée pour l’époque. Le père est contrôleur des contributions, la mère, couturière. Boursier, il est admis au lycée Victor-Schoelcher de Fort-de-France : « J’étais si curieux de connaître la France, de connaître Paris. Nous aimions ce que nous lisions, le journal du matin, le journal du soir, les livres qui venaient de paraître, le latin, le grec : tiens, dans un texte on trouve tel mot, hop je le reconnais en créole. » En septembre 1931, il prend le bateau pour la France. En 1931, la France n’a qu’une idée approximative des Nègres.

Césaire entre en hypokhâgne au lycée Louis-le-Grand. Huit jours de bateau. Le premier camarade qu’il rencontre dans les couloirs est un Nègre comme lui. Il s’appelle Léopold Senghor. Ils intégreront ensemble l’Ecole normale supérieure avec Georges Pompidou. Ensemble, sans Pompidou toutefois, ils fréquentent les surréalistes et fondent l’idée de « négritude » : « Mais c’est normal. Il était nègre, moi aussi, nous comparions nos expériences. C’est un Africain, je suis un Martiniquais, nous avions des points de rencontre, mais nous avions aussi des interrogations. (…) On s’enseignait l’un l’autre. La réponse était africaine. »

Lors de l’élection présidentielle de 2007, Césaire reçoit Laurent Fabius, soutient la candidature de Ségolène Royal et bondit contre la « loi de la honte », l’amendement voulu par la droite qui prétend marquer les aspects positifs de la colonisation (décembre 2005) : « Cela me ramenait cinquante ans en arrière. Qu’est-ce que ça venait foutre ? Il est clair qu’en aucune manière je ne pouvais approuver ce point scandaleux. » Avait-il changé ? Pas d’un poil.

En septembre 1934, avec Léon Gontran Damas, élégant danseur de jazz, ce qu’il n’est certainement pas, lui, si fragile, avec une bande d’étudiants antillo-guyanais, ils fondent le journal L’Etudiant noir. Gigantesque travail de mémoire culturel (le politique suivra) contre l’idéologie coloniale et raciale : « Ce qui m’intéressait, c’était l’identité nègre. Toi le Sénégalais, toi le Guyanais, qu’est-ce que nous avons en commun ? Pas la question de la langue, mais la question nègre. (…) Je n’ai jamais voulu faire du français une doctrine. Il y avait surtout des anglophones et des Américains, avec une littérature nègre, Langston Hughes, Richard Wright, and so on, c’était pour nous, Nègres et francophones, une révélation. Les premiers qui ont posé les bases, pour nous, c’étaient les Nègres américains. »

Cri noir de la raison.

Agrégé de lettres, il rentre avec sa compagne, Suzanne Roussi, enseigner au lycée Schoelcher. René Ménil, Georges Gratiant, le couple et d’autres énergumènes fondent la revue Tropiques (1941). Contre le régime de Vichy, les Etats-Unis décident du blocus de la Martinique. André Breton passe par là (Martinique, charmeuse de serpents). Il publie Césaire dans la revue Fontaine, dirigée par Max-Pol Fouchet. Au passage, il consacre Césaire en « Nègre fondamental ».

En 1945, Césaire est appelé par les élus communistes de l’île à la mairie de Fort-de-France : « Sans le vouloir. On a fait de moi un porte-parole. Au sortir de la guerre, je suis un jeune homme de gauche, communisant, mais je n’y connais rien. Des copains de classe font une liste assez large pour avoir des chances. Je n’y crois pas une seconde. Je signe pour leur faire plaisir et la liste fait un triomphe ! » Voirie, caniveaux, ordures, merde, masures, il fonce : « Quelle prétention ! hein ? Quelle emphase ! – « L’argent, nous le trouverons ! » Voilà comment est née ma carrière. Je ne suis pas antifrançais : je suis d’abord martiniquais. »

Après l’effondrement économique de la Martinique, Césaire demande pour son pays un statut de département. Vieille revendication, au demeurant, peu entendue des exigences gauchistes d’indépendantisme. Il crée la revue Présence africaine avec Alioune Diop. Sartre préface l’Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache.

Son action pour la ville, le logement social, l’urbanisme, la politique culturelle de l’île (Service municipal d’action culturelle et Centre martiniquais d’action culturelle, à la rivalité très productive) reste aussi soutenue que contestée. Son autoritarisme et son népotisme, très discutés.

L’action politique de Césaire n’a de sens qu’au regard de l’oeuvre. En France, Aimé Césaire reste aussi méconnu que ses Antilles natales. Le Nègre inconsolé, ouvrage de Roger Toumson et Simonne Henry-Valmore (Syros, 1993), peut encore servir d’introduction : « On ne naît pas Noir, on le devient. » Et encore plus récemment : « Nègre je suis, Nègre je resterai » (entretiens avec Françoise Vergès, Albin Michel, 2005). Et si le Discours sur le colonialisme, (1950) nous mettait encore aujourd’hui sur la voie : « Pousser d’une telle raideur le grand cri nègre, que les assises du monde en seront ébranlées. »

Il est un poète de langue française, son Orphée noir, la parole « belle comme l’oxygène naissant », sur qui Sartre, Leiris et Breton se sont entendus : Aimé Césaire. Césaire, cri noir de la raison. La Martinique, soleil, cocotiers, sable fin, robes madras, anneaux créoles ? Soleil, oui, là-haut, vertical, sans absence – mais aussi « une petite maison qui sent très mauvais dans une rue étroite, une maison minuscule qui abrite en ses entrailles de bois pourri des dizaines de rats et la turbulence de mes frères et soeurs. » L’Antillais lui paraît un Africain déporté, pire qu’un Nègre parce que privé de langue, sans religion ni histoire propre, somnolent et soumis dans une île « désespérément obturée à ses bouts ». Dans l’ignorance parfaite de la « métropole ». La France.

Le virage, c’est sa descente aux enfers personnelle, aux bords de la raison, qui aboutit à l’un des textes de la poésie du siècle face aux Antilles, « cul-de-sac innommable de la faim, de la misère et de l’oppression ». Ce cri qu’il est seul à pousser, contre l’imitation, l’expérimental, ou le négrisme. Contre le silence d’être nègre. Ce qu’il dira plus tard de Frantz Fanon (Les Damnés de la terre, 1961) : « Peut-être fallait-il être antillais, c’est-à-dire si dénué, si dépersonnalisé, pour partir avec une telle fougue à la conquête de soi et de la plénitude. »

Sa parole éclatée en « une fleur énorme et noire » (Sartre) prend le sens, il le dit, d’une parole pour les idiots et les bêtes. Non qu’elle s’adresse d’abord à eux, mais parce qu’elle parle à leur place, « ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir ». Entendez-vous le silence qui a accompagné les longues dernières années du lion malicieux des Antilles ? Ce n’est pas faute d’avoir, dans le même temps pour faire écran, répété qu’il n’y avait plus de poète, plus d’intellectuel engagé, plus d’homme qui s’avance… Car il s’en trouvait un, on a fait semblant de l’ignorer, c’est ce qui arrive lorsqu’un silence crie fort, on ne va pas manquer, maintenant qu’il n’y a plus rien à craindre, de « redécouvrir » celui que l’on couvrait d’indifférence, ou de déboulonner la statue qu’il n’eut pas : c’est tout un. Et très compréhensible. De toute façon, Aimé Césaire avait pris les devants : « Accommodez-vous de moi. Je ne m’accommode pas de vous. » 

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