posts du 21 mai, 2008


Grève des pêcheurs et des dockers

  Le mouvement de protestation des pêcheurs et des dockers s’intensifie. Les premiers, déçus par les promesses encore non tenues de Sarkozy, et qui sont placés dans une situation financière très lourde (leur activité n’est plus rentable), ont bloqué une vingtaine de ports. Les seconds, qui veulent obtenir de meilleures conditions de travail, ont quant à eux immobilisé des dépôts de carburant.

  Les réactions fusent, de toutes parts, sur l’échiquier politique. La droite assure que le plan de sauvetage de la pêche française est en cours, et qu’il est juste, actuellement, bloqué par Bruxelles. Mais, pour l’instant, les pêcheurs n’ont vu venir que les mesures de démantèlement de leur flotte… et les rodomontades de Sarkozy sont restées, jusqu’à présent, lettres mortes.

  Les réactions de la gauche, en particulier de Royal, me semblent intéressantes. Cette dernière, alors qu’elle n’y était absolument pas tenue, vient de débloquer 500 000 Euros dans sa région, pour aider les familles des marins, qui sont en grave difficulté. Face au problème soulevé par les pêcheurs, quant aux quotas de pêche, elle comprend le problème mais reste mitigée – en effet, il ne faut pas occulter le fait que ces quotas sont là pour empêcher la disparition totale du poisson, et qu’ils sont déjà élevés ! En revanche, elle lance une idée intéressante, ou plutôt rappelle une proposition qu’elle défend depuis plus de trois ans… la recherche sur les moteurs propres pour les bateaux a été freinée par l’UMP. Or, ces moteurs permettraient aux pêcheurs de ne plus être tributaires de la flambée des prix du gazole !

  Bref, pendant que la droite laisse s’envenimer le problème, certains ont des idées qui ne me semblent pas du tout stupides. Les dockers, eux, sont pour le moment dans une situation plus critique encore, car leurs revendications ne sont pas entendues. Décidément, le moins que l’on puisse écrire, est que le pouvoir sarkozyste est loin de pacifier les rapports sociaux, en France…

EDIT : Michel Barnier, le ministre de l’Agriculture et de la Pêche, vient d’annoncer une rallonge de 110 millions d’euros à destination des marins-pêcheurs et des pêcheries, d’ici la fin de l’année, et dans le cadre des restrictions imposées par l’Europe. Cette promesse sera-t-elle tenue ?

Couac sur les 35 heures

  Un post rapide sur l’un des sujets brûlants de l’actualité : Le clash entre Devedjian qui veut « abolir les 35 heures » (ne faisant que rapporter les propos précédents du chef de l’Etat), et Sarkozy qui « s’y oppose ».

  Preuve que le cirque n’est pas mort. Cette opération a été orchestrée pour que notre Président puisse, de nouveau, faire parler de lui et « prendre la défense des travailleurs ». Enfin, « orchestré » est un bien grand mot puisque, si l’on en croit le Canard, ce dernier a qualifié Devedjian de « con », allant même jusqu’à déclarer sa mort politique. Reste qu’en dehors du flou, plusieurs certitudes se dégagent :

  1 / Sarkozy veut bel et bien abolir le dispositif des 35 heures payées 39. Et vive le pouvoir d’achat des français !

  2 / Il veut garder la « durée légale du travail », afin de ne pas « flinguer » la loi TEPA sur les heures supplémentaires. Donc, pour résumer, la durée légale ne sera plus qu’un seuil de déclenchement pour les heures supplémentaires – ces dernières n’étant pas récusables par les employés. C’est donc bel et bien la mort des 35 heures, dans les faits.

Les fausses cigarettes

  Un autre « sujet de société », qui peut paraitre trivial au premier abord, mais dont l’examen peut se révéler fortement symbolique.

  Je veux parler des fausses cigarettes. Loin de moi l’idée d’encourager à la consommation de tabac (Le tabac, c’est tabou, on en viendra tous à bout !), mais je pose le postulat de départ qu’en France, un produit légal est par nature… ben, légal. Donc, que les intérêts de ses consommateurs sont à prendre en compte.

  Le tabac, déjà fortement taxé, à plus de 90%, dans les bureaux dotés de la licence idoine, a vu son prix augmenter sensiblement, lors des dernières années. Il s’établit à présent autour de cinq euros le paquet de vingt cigarettes (tandis que les cigares et cigarillos, eux, ont peu augmenté). La conséquence de ces phénomènes, logique, est le développement du marché noir de vraies cigarettes, ainsi que celui… de fausses cigarettes. Dans les deux cas, ces trafics donnent du pouvoir à des organismes mafieux, qui revendent directement aux consommateurs, ou aux bureaux de tabac harassés par les taxes. Les uns et les autres y gagnent ainsi quelques euros, sur un paquet, à l’achat ou à la vente.

  Mais ce système parallèle a engendré d’autres applications. Plutôt que de faire du trafic par import-export (ex : acheter en Espagne et revendre en France), des mafias ont préféré accroître encore leurs marges d’exploitation du phénomène, en produisant de fausses cigarettes, emballées dans des paquets reproduits des grandes marques. Le problème est le suivant : les cigarettes ainsi contrefaites ont souvent un goût acre, et le tabac qui les compose n’est pas testé. Nul ne sait s’il est plus ou moins nocif que les tabacs officiels. Cependant, détail intéressant, alors que ce type de tabac était souvent revendu, à l’origine, dans les épiceries (qui n’ont pas le droit de vendre des cigarettes, mais ne s’en privent pas), ces contrefaçons ont aujourd’hui envahi de nombreux bureaux de tabac officiels !

  Suite à cette politique de répression, qui va peut-être encore s’accroître (on parle d’augmenter encore les prix et d’utiliser les paquets avec les photos bien crades qu’on voit dans d’autres pays), on constate donc que la baisse officielle de la consommation de tabac n’est qu’un leurre : elle est en fait « remplacée » par celle d’un tabac au goût médiocre, aux effets inconnus sur la santé, vendu dans les filières officielles, qui nourrit des trafiquants, et  ne rapporte plus d’argent à l’Etat.

  Quelle franche réussite ! Non ?

Des idées à retenir des modèles étrangers

Dans le cadre de la préparation du prochain congrès du PS, voici l’une de mes contributions, déposée sur le site de Royal, www.congresutileetserein.com :

 

Salutations,

Je me permets de contribuer à cette question en développant certains aspects qui, me semble-t-il, sont positifs chez nos voisins :

A mon sens, en premier lieu, les démocraties du Nord de l’Europe me paraissent un vrai modèle à suivre. Je suis évidemment ravi que la camarade Ségolène s’en fasse régulièrement l’écho.

Dans ces modèles, on trouve déjà la syndicalisation de masse, nécessaire pour constituer un bon rapport entre les salariés et le patronat. Plusieurs bémols, cependant : ce système a tendance à engendrer d’immenses syndicats qui deviennent hostiles envers les petits syndicats – je pense aux structures liées aux anarchistes, qui sont dans une situation très tendue au sein de ces pays. De même, ces « gros » syndicats ont également tendance à se rallier aux positions du patronat… C’est la question, à mon avis centrale et fondamentale, de la corruption et de l’opacité des hiérarchies au sein des structures syndicales.

Un point qui, cependant, ne souffre pour moi aucune zone d’ombre, concerne le subventionnement des artistes par l’Etat. A l’heure où, aujourd’hui, l’UMP ne veut allouer ces financements qu’aux artistes et aux structures rentables (raisonnement débile et dangereux, surtout dans des secteurs très fragiles et peu rentables tels que le spectacle vivant), il semble nécessaire d’y opposer une vision humaniste et solidaire de la Culture. Cette dernière est évidemment nécessaire à l’éducation du peuple, et par là, à son émancipation. Les moyens matériels élevés nécessaires à la production artistique sont déjà synonymes d’abandon de nombreux projets indépendants… la vision de la droite, sur ce sujet, renforcera la mainmise des grosses structures, au détriment des artistes talentueux, mais pauvres.

Enfin, il est intolérable de constater les conditions de vie affligeantes auxquels nos étudiants sont exposés. Les projets d’échange en sont le triste témoin : de nombreux étudiants étrangers se font rapatrier ou donnent des avis très défavorables sur nos cités universitaires insalubres et dangereuses (je pense notamment aux nombres élevés de viols et d’agressions). Sur ce sujet, la politique des USA relative aux campus universitaires, me semble un exemple intéressant.

No more happy hour

  Un sujet qui peut paraitre anecdotique, ami lecteur, mais je le trouve, pour ma part, profondément symbolique. L’UMP, au nom de la « lutte contre les dépendances aux drogues », veut supprimer l’ »happy hour » dans les bars, cette plage de temps -généralement, de 18H à 21H – durant laquelle les boissons sont vendues moins chères.

  Ce qui pose une première question, légitime : ILS N’ONT VRAIMENT RIEN D’AUTRE A FOUTRE ?

  Ainsi que pas mal d’autres, que je vais m’employer ici à développer.

  Premièrement, il faut le savoir, la consommation d’alcool dans les bars, cafés, etc… ne représente même pas un cinquième de la consommation globale d’alcool, en France. Les raisons en sont relativement simples à comprendre : Financières, d’abord – l’alcool étant moins cher à l’achat lorsqu’on l’achète dans le commerce. Pratiques, ensuite – les français n’ayant pas forcément le loisir ni l’envie d’aller consommer dans des établissements.

  L’alcoolisme, en France, est dont surtout une affaire qui se traite chez soi, ou chez des amis. Ce qui constitue une brèche non-négligeable dans la rhétorique de l’UMP.

  Ensuite, l’happy hour est surtout une institution « sociale ». Elle favorise la fréquentation des bars par des groupes de personnes, sans même parler des touristes. En soi, cette plage de temps représente à peine quelques pourcent du chiffre d’affaires des taverniers modernes. Ceux-ci ne souffriraient donc pas atrocement de son abolition, mais nombre d’entre eux n’en voient tout simplement pas l’utilité. Supprimer l’happy hour, c’est tout de même restreindre les libertés des établissements de boissons, du peuple français, et détruire une institution qui permet aux plus pauvres de consommer – pas forcément de l’alcool, d’ailleurs !

  J’en arrive à la conclusion. Cette mesure démagogique, pratiquement inutile sur le plan de la lutte contre l’alcoolisme, liberticide et socialement nivellatoire, ne passera pas, à mon humble avis, comme dans du beurre. C’est bête, mais les français se rappelleront pendant longtemps, à mon avis, ce coup bas qui (si tant est que ce projet est appliqué, avec l’UMP on n’est sûrs de rien) va égratigner leur vie sociale, et leur propension à être des « bons vivants ».

  Qu’en penses-tu, ami lecteur ?

Grigny : Symbole d’un vrai malaise républicain

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  Pour ne pas être accusé de faire preuve d’angélisme à l’égard des quartiers dits « difficiles » en France, je diffuse ici un très pertinent reportage sur le sujet, paru dans « Le Monde », sous la plume de Luc Bronner. La conclusion en est, à mon avis, un peu « scolaire », mais ce reportage a le bon goût de donner la parole à toutes les factions en présence :

Au fond du local des boulistes, béret sur la tête et langue bien pendue, un sexagénaire joue aux dominos avec un ami. A côté, sur une autre table, les copains retraités font une partie de rami. Dehors, au milieu des immeubles, c’est la pétanque de 16 heures au soleil. Ambiance formica, verre de thé et franche rigolade : « On n’est pas heureux, là ? » La petite troupe d’anciens acquiesce généreusement. Bienvenue dans le quartier de la Grande-Borne à Grigny (Essonne).

Bienvenue ? En fin d’après-midi, au même endroit, où à quelques dizaines de mètres, selon les soirs, l’ambiance peut changer radicalement. Des adolescents ou de jeunes adultes enfilent des cagoules ou se dissimulent sous leurs capuches. Puis ils remplissent des chariots Leclerc avec des pierres ou des cocktails Molotov. Et se lancent à l’assaut des policiers en patrouille. Le ministère de l’intérieur parle de véritables « guets-apens ». Convaincus qu’un jour il y aura un mort, les policiers de terrain évoquent, eux, des scènes de « guérilla urbaine ».

De la quiétude du terrain de pétanque à l’émeute et à l’ultraviolence. Des vieux immigrés, qui s’excuseraient presque d’être là, aux jeunes cagoulés clamant leur haine de l’Etat. Du jour à la nuit. Quantitativement, le noyau dur des émeutiers représente une cinquantaine d’ »individus ». A peine plus, si l’on ose dire, que le noyau dur des boulistes. Une goutte d’eau sur les 11 000 habitants du quartier, coincés entre l’autoroute A6, une route nationale et une zone industrielle. Mais un impact social énorme. L’image d’une ville tout entière, l’image d’une jeunesse enragée.

Dans le palmarès informel des cités difficiles, la Grande-Borne est au sommet. « Certainement un des quartiers les plus durs d’Ile-de-France », note Michel Lernoux, procureur adjoint de la République à Evry. Toujours précurseur dans les violences urbaines, bien plus sensible, en réalité, que Clichy-sous-Bois (Hauts-de-Seine) ou Villiers-le-Bel (Val-d’Oise), les stars mondiales des french riots. Les premiers coups de feu contre les policiers pendant des émeutes ? A Grigny, lors des violences de l’automne 2005, puis à nouveau en mars 2008. La mode des incendies de bus ? Grande-Borne, octobre 2006. Les « caillassages » de pompiers ? Les mortiers improvisés avec des feux d’artifice ? Les attaques de particuliers sur la nationale ? Les incendies d’école ? De voitures ? La Grande-Borne, encore et toujours. Le quartier, dont une petite partie se trouve sur le territoire de Viry-Châtillon, était pourtant né d’une utopie. Celle de l’architecte Emile Aillaud de créer une cité-dortoir qui devienne une « cité des enfants ». Des immeubles de deux ou trois étages, construits entre 1967 et 1971 pour faire face à la poussée démographique. Des ruelles piétonnières qui serpentent entre les bâtiments colorés. Des places où les anciens prennent le soleil l’après-midi et où les enfants peuvent jouer. Et, au milieu de ce triangle, un immense espace vert – pelouse, pâquerettes, arbres – qui donne un faux air de campus universitaire, en moins bien entretenu.

Mais cette utopie s’est transformée en cauchemar sécuritaire. Les livreurs ne viennent pas – ou alors, avant 10 heures du matin, avant que les « racailles » qui se couchent tard ne commencent à se réveiller. Des médecins refusent les visites. Une partie des commerçants ont baissé le rideau, fatigués de subir des braquages. Des enseignants ont fait grève après plusieurs agressions. Les employeurs mettent de côté les CV où figure l’adresse de la cité. La police, elle, envoie régulièrement un hélicoptère survoler le quartier. Des patrouilles incessantes en journée. Des fouilles de véhicules, des contrôles d’identité innombrables. Des camionnettes de CRS qui tournent au ralenti le soir et qui donnent le sentiment de se trouver dans un territoire occupé.

Quelques dizaines d’adolescents face à l’Etat. Une poignée de jeunes face à 11 000 habitants. Le rapport de forces semble déséquilibré. Et pourtant, ce sont les premiers qui tiennent le territoire, qui imposent leur loi. Les anciens comme les mères de famille peuvent certes circuler en toute tranquillité. Y compris la nuit. Mais à condition de ne pas regarder ce qu’ils ne doivent pas voir – ou du moins de faire comme s’ils n’avaient rien vu. Les boulistes peuvent bien jouer, rigoler, plaisanter, vivre leur vie – et ils ne s’en privent pas. Mais à condition de ne pas déranger, de ne pas se mêler des affaires des autres.

« On est bien ici, mais faut se tenir à sa place », répète le président de l’association des boulistes retraités, dans le quartier depuis 1971. Il refuse que son nom soit publié. On le comprend : derrière le terrain de pétanque, sur les places bétonnées, c’est une autre partie qui se joue, partiellement invisible. Selon la police, la zone est une « plaque tournante » du trafic de stupéfiants, essentiellement du cannabis amené par l’autoroute A6. Un secret de polichinelle dans la cité. « Il y a des centaines de kilos qui transitent par cette place », glisse un commerçant.

La Grande-Borne, c’est finalement l’histoire d’une prise de pouvoir par une poignée de jeunes. Lorsque commence une émeute, une bagarre, lorsque se déroulent des opérations liées aux trafics, les adultes poursuivent leur chemin, comme si de rien n’était. Agnès Daviau, 77 ans, dont trente-six passés à la Grande-Borne, n’a pas peur de vivre au milieu du quartier. La militante, bénévole dans une association de soutien scolaire, réfléchit. Aucune agression subie. Pas de menaces particulières. Mais une obligation de discrétion qu’elle a intégrée dans sa vie quotidienne. « Faut pas prendre la mouche, ici. Un jeune peut te bousculer parce qu’il a un truc dans les oreilles », raconte cette ancienne « travailleuse familiale ». « Quand on leur parle, on met pas de violence dans nos réponses. Quand ils font du bruit à 23 heures, devant nos fenêtres, on est tolérants. »

Sylvie Alipio, 35 ans, six enfants, prend le café chez son amie, Orkia Benaïssa, 39 ans, trois enfants, au milieu de la Grande-Borne. Salon oriental, immense écran plat, appartement briqué. Elles racontent la convivialité et le plaisir d’habiter un « village » qui font oublier la difficulté à boucler les fins de mois avec un RMI. Mais Sylvie Alipio décrit aussi la loi implicite de la cité. Rester discret, laisser faire plutôt que de prendre le risque d’intervenir.« Quand on habite ici, il ne faut jamais montrer qu’on a peur. Il faut toujours faire comme si c’était normal. Il y a une arme ? C’est normal. Il y a une bagarre ? C’est normal. Il y a une émeute ? C’est normal. » Avec quelques parents d’élèves, les deux mères de famille tentent de faire évoluer cette culture du silence. Courageusement, elles ont organisé une marche contre la violence à l’automne 2007. Mais la reconquête est difficile : « Au fond, les adultes ont peur des enfants. Même des gamins de 10 ans », se désole Sylvie Alipio.

Le problème, c’est qu’à la Grande-Borne, la jeunesse déborde. Avant d’être la ville des émeutes, Grigny est la ville des poussettes. Près de 800 naissances par an, soit un millième du total des naissances en France pour une commune de 25 000 habitants. Le taux de natalité de la ville se situe exactement entre la moyenne française (13 naissances pour 1 000 habitants) et la moyenne du continent africain (38 pour 1 000). Des gamins partout, dans les crèches, les écoles, le collège, au bas des immeubles, dans les halls, sur les places, au gymnase, sur les stades : 28 % de la population ont moins de 14 ans, 23 % ont entre 15 et 29 ans. « On doit être la ville la plus jeune de France », relève Omar Dawson, 29 ans, titulaire d’un DESS en commerce international, créateur de sa PME dans l’audiovisuel.

Grigny sert de porte d’entrée aux migrants qui arrivent en provenance d’Afrique noire, notamment. Des zones rurales à la banlieue parisienne, la secousse est rude. Oreillette Bluetooth qui clignote, pantalon et veste en jean, De-Charles Claude Aka, fils de diplomate ivoirien, a longtemps été éducateur spécialisé dans les rues de Grigny. Il s’occupe aujourd’hui d’une association qui propose des cours d’alphabétisation. De ce poste, il observe, au quotidien, le choc culturel pour les parents et les enfants. « Quand les familles arrivent ici, elles sont sur une conception traditionnelle de l’éducation : elles pensent que tout le monde va être responsable des enfants. Que les voisins, les tantes, les cousins vont surveiller les gamins. »

Au milieu de fratries importantes, notamment lorsqu’il s’agit de familles polygames, ces jeunes finissent par s’élever tout seuls ou entre eux. Dans la rue, pour certains. Dans son F5, au 2e étage, Orkia Benaïssa montre du doigt le bâtiment en face de chez elle. « Un soir, il faisait nuit, il y avait des petits de 8 ans qui jouaient sur le toit. Ils pouvaient tomber et se tuer. Les parents, ils sont où ? » Pas démissionnaires, mais dépassés par un mode de vie et des codes sociaux qu’ils ne maîtrisent pas. Dépassés par l’obligation d’assurer la survie immédiate. Déboussolés aussi par leurs enfants qui apprennent le français plus rapidement et qui obtiennent un statut d’adulte en rapportant un peu d’argent grâce au « business ». Le résultat est désastreux : une large partie des jeunes quitte le système éducatif sans le moindre diplôme. Donc sans possibilité d’insertion durable.

A la rupture culturelle s’ajoutent la précarité et la pauvreté. Le chômage est deux fois plus élevé à la Grande-Borne que sur le reste du territoire. Les revenus sont inférieurs de moitié à la moyenne nationale. Une situation connue : depuis trente ans, les pouvoirs publics n’ont jamais cessé d’envoyer dans le quartier les familles les plus en difficulté. « On ramène à la Grande-Borne tous ceux dont on veut pas ailleurs. Et on s’étonne que ça n’aille pas bien ! », note le président des boulistes, nostalgique du temps où il y avait encore des « Français » – comprenez des « Blancs » – en nombre. L’Etat a beau avoir la volonté d’investir des centaines de millions d’euros pour la rénovation urbaine, c’est le sentiment d’abandon qui prévaut. « La Grande-Borne, c’est comme le triangle des Bermudes. On vous y met et c’est comme si vous y disparaissiez de la société », résume Omar Dawson.

Des jeunes, des pauvres, des « sans-avenir ». Un cocktail explosif. Avec un acteur qui fait l’unanimité contre lui et fédère les générations : la police. Les jeunes sont les seuls à jeter des pierres contre les forces de l’ordre mais la colère est beaucoup plus vaste. Plus inquiétante aussi. La perte de confiance est totale et générale. « Le manque de respect de la police, c’est pour les habitants le signe du manque de respect de la société tout entière », décrypte Hervé Seurat, l’écrivain public du quartier qui vivote en rendant service à des adultes perdus dans les démarches administratives.

Vieux, jeunes, hommes, femmes, les habitants ont tous des anecdotes vécues personnellement. Le patron des boulistes,

du haut de ses 67 ans : « Quand un policier vous arrête à Paris, il vous salue poliment. Ici, il demande de mettre les mains sur le toit de la voiture. » Alain Huillé, 56 ans, le président de l’amicale des locataires, habitant de la Grande Borne depuis trente-deux ans : « L’autre jour, on va acheter une pizza. On passe devant des CRS qui nous contrôlent. On revient par l’autre côté et d’autres CRS nous contrôlent. » Orkia Benaïssa : « Il y avait une altercation en bas de chez moi. J’ai dit au policier : « Vous n’y arriverez pas sans discuter. » Ils m’ont répondu : « On n’est pas là pour se faire écouter. » Comme je parlais avec les mains, un autre policier est arrivé et a pointé son flash-ball sur moi. »

Pour les travaux pratiques, il suffit de suivre une patrouille dans le quartier. Contrôle d’identité, tutoiement de rigueur et dialogue musclé avec deux jeunes sur un parking en milieu d’après-midi. Le policier approche son visage à une dizaine de centimètres de son interlocuteur du même âge : « Tu restes pas là, tu rentres chez toi, maintenant. » Un abus d’autorité mais les deux jeunes sans uniforme plient bagage devant le jeune en uniforme. Ils connaissent la règle : un mot de trop, et c’est l’ »outrage » avec condamnation quasi automatique. On connaît malheureusement la suite. Pour les plus solides ou les plus raisonnables, un sentiment d’injustice. Pour les plus fragiles ou les plus violents, la tentation des représailles une fois la nuit tombée : la rage au ventre, une capuche sur la tête, une pierre dans la main… Et Grigny explosera à nouveau.

Le débat sur les OGM fait « Boum » à L’Assemblée

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Belle explosion en plein vol, pour la reprise du « débat » sur les OGM. Avant que le texte ne soit voté, parmi une belle dégoulinade de démagogie (« L’Europe nous condamne à payer une amende ! » « Les OGM permettent d’utiliser moins de pesticides ! » et autres « Les anti-OGM sont violents ! »), notre moitié de Parlement a eu l’honneur de se transformer en ring de boxe.

Enfin, dans l’esprit. Comme d’habitude, les parlementaires hurlent mais ne vont guère plus loin. Certes, « des huissiers se sont interposés ». Reste que le temps de Jaurès et de ses duels est loin, malgré la volonté des socialistes d’obtenir des excuses formelles.

Et la grande question : Pourquoi ? Faut dire, c’est un coup bas de la droite, qui a déclenché la querelle. Un député du Nouveau Centre a lancé que la gauche, au pouvoir après 1981, avait retardé la détection du virus du Sida, et a enchaîné sur des propos concernant l’affaire du sang contaminé…

…Glauque, non ?

20 minutes plus tard, la séance a repris. Pas d’excuses, la gauche quitte l’Assemblée, revient pour le vote. Devinez qui l’a emporté ? Au revoir, la clause de précaution. Au revoir, la France sans cancers provoqués par des merdes qui troublent nos mitoses cellulaires.

Quand on pense que la gauche s’était désolidarisée de Legrand, un parlementaire UMP qui avait accusé ses collègues d’être achetés par les lobbys, sous prétexte que ces propos étaient « excessifs ».

VRAIMENT ?

RER A : Nouvelle diversion de Sarkozy

Alala… Je suis sûr que notre Président doit se trouver TELLEMENT intelligent, avec ses formules toute faites pour manipuler les gens… Manque de bol, il est tout de même souvent pris en flagrant délit :

ORLEANS – Dénonçant les « querelles politiciennes » et les « oppositions stériles », Nicolas Sarkozy a menacé mardi à Orléans (Loiret) de « reprendre en main » directement le dossier de la modernisation du RER A, sur lequel la région Ile-de-France et la RATP se renvoient la balle.

« Je ne laisserai pas les passagers otages de situations inacceptables de lignes de RER vétustes où chaque jour un million de passagers s’entassent, assistant impuissants aux affrontements stériles et à la vétusté des investissements », a prévenu le chef de l’Etat. « Si l’Etat doit reprendre la main, l’Etat la reprendra ».

« La priorité, c’est pas les querelles politiciennes. La priorité, c’est l’efficacité », a-t-il averti, fustigeant des « oppositions stériles qui conduisent au refus absurde de la modernisation de lignes RER dont la région parisienne a par ailleurs parfaitement besoin ».

« La décentralisation, c’est fait pour qu’on gère mieux, pas pour qu’on gère moins bien ». Dans le cas contraire, « les pouvoirs publics devront prendre leurs responsabilités pour que les usagers ne soient pas otages de ces archaïsmes ».

Le chef de file des élus UMP de la Région Roger Karoutchi a appelé le président socialiste de la région Jean-Paul Huchon à débloquer des moyens pour la modernisation de cette ligne, saturée. M. Huchon a appelé quant à lui la RATP à débloquer des moyens.

Réagissant aux critiques du chef de l’Etat, M. Huchon a dénoncé une « manoeuvre politicienne » de M. Sarkozy « qui consiste à détourner l’attention des Français de ses propres responsabilités et de celles de son gouvernement ». « En s’emparant du sujet et en faisant le procès de la décentralisation, (il) témoigne une fois encore de sa volonté de tout régenter et de sa méconnaissance des apports des collectivités locales à l’amélioration de la vie des Franciliens », dit-il dans un communiqué.

M. Huchon rappelle qu’il a signé en février dernier avec la RATP un contrat d’objectifs et de moyens par lequel cette dernière « s’est engagée à faire circuler dès 2008 entre 28 et 30 rames de RER sur la ligne A aux heures de pointes alors qu’elle n’en exploite aujourd’hui que 24. Les collectivités locales, quant à elles, ont pris leur part de la charge de fonctionnement du réseau en apportant 2,9 milliards d’euros chaque année ». Et d’ajouter que « dans le cadre de cette négociation, le président de la RATP n’a pas voulu considérer le renforcement de la ligne du RER A comme une priorité contrairement aux élus d’Ile-de-France ». AP

Suicide après « augmentation »

paru dans « 20 Minutes » 

Une blague vraiment pas drôle. Frédéric Mauri, 41 ans, régleur-outilleur dans la société Altrad, à Montpellier, s’est donné la mort dans la soirée du 2 février 2008, révèle «France-Soir», deux jours après avoir appris que l’annonce de sa promotion au rang de contremaître était un canular.

Sa femme, Anne-Marie, a porté plainte contre l’entreprise pour «harcèlement moral, dégradation des conditions de travail pouvant porter atteinte aux droits, à la dignité, à la santé ou à l’avenir professionnel d’autrui». Employé depuis seize ans au même poste, Frédéric Mauri, selon le procès-verbal établi par la police, était obsédé par la reconnaissance de son travail et une promotion salariale qui lui était systématiquement refusée depuis 2003.

Le 17 janvier dernier, un de ses collègues de travail, délégué syndical CFDT, lui annonce une promotion «devant l’ensemble des membres du syndicat et son chef d’équipe», indique la veuve. Laquelle précise qu’ils n’étaient pas sans savoir que Frédéric, dépressif et psychologiquement fragile, avait déjà fait plusieurs tentatives de suicide. «C’est comme s’ils lui avaient tiré dessus à bout portant», attaque Anne-Marie Mauri. «Ils lui ont dit: « tu verras, ce sera indiqué sur ta prochaine fiche de paie ».»

Suicide par médicaments

Croyant à cette augmentation de salaire prochaine, l’ouvrier qualifié annonce aussitôt la bonne nouvelle à sa femme et prévient toute sa famille. Sa joie perdure jusqu’au 31 janvier, jour où ce même collègue avoue que la promotion annoncée est bidon. Frédéric Mauri avouera à sa femme s’être fait avoir, en pleurs, le 2 février. Selon le témoignage de son épouse, il participe le même jour à une soirée crêpes avec des amis au cours de laquelle il n’aborde pas le sujet de la fausse promotion, mais boit beaucoup. Une fois ses amis partis et sa femme couchée, il se donne la mort en absorbant des médicaments dont la boîte est déposée à côté de son bulletin de paie «dans une mise en scène morbide», précise Me Luc Kirkyacharian, l’avocat de la famille.

Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet et une action prud’homale engagée, tandis que l’avocat souhaite faire de cette affaire un «symbole de l’absence de reconnaissance professionnelle de certains salariés qualifiés». Selon lui, l’entreprise a une responsabilité lourde dans la mort de son client. Contactée par 20minutes.fr, la société Altrad n’a pas pour l’instant répondu à nos questions.
 

Alexandre Sulzer

Besancenot/Royal, double show social à Gandrange

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GANDRANGE (AFP) – Ségolène Royal et Olivier Besancenot se sont succédé mardi à Gandrange pour soutenir les grévistes d’ArcelorMittal, qui pourraient mettre fin à leur mouvement à la condition que la direction du groupe négocie sur les modalités de sortie de grève.

L’ex-candidate à la présidentielle, restée un quart d’heure avec les grévistes, qui se relaient depuis une semaine devant les portes de l’aciérie de Gandrange, a appelé à « mettre la pression sur le président Sarkozy et sur (Lakshmi) Mittal, pour qu’ils prennent des engagements (écrits) noir sur blanc ».

Nicolas Sarkozy a fait des « promesses fallacieuses qu’il n’a pas tenues » et le groupe ArcelorMittal s’est « très mal comporté » en « (fermant) la porte à des projets de rachat pour empêcher qu’un concurrent ne s’installe », a accusé Mme Royal.

En conséquence, les salariés se retrouvent aujourd’hui dans une situation « terrible » de « flou » et d’ »absence de réponse », selon ses propos. « Il faut que chaque salarié sache ce qu’il va devenir », a-t-elle observé.

Olivier Besancenot, leader de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), venu peu avant Ségolène Royal, a qualifié ArcelorMittal, qui racheté en 1999 pour un franc symbolique le site de Gandrange, de « patron voyou ».

« Les pouvoirs publics ont beaucoup donné d’argent public aux actionnaires d’ArcelorMittal, qui s’enrichissent sur la misère des travailleurs aujourd’hui. (…). On devrait être en capacité de récupérer cet argent », a affirmé Olivier Besancenot, resté plus de deux heures à Gandrange.

« ArcelorMittal explique que ce serait de l’ingérence dans l’économie privée, sauf que cette ingérence ne dérange pas ArcelorMittal quand il s’agit de pomper l’argent de nos impôts », s’est-il indigné, sous les acclamations des grévistes.

Depuis une semaine, environ 200 grévistes, selon la CGT, unique syndicat soutenant le mouvement – la CFDT, majoritaire, et la CFE-CGC s’y opposent -, se relaient pour bloquer le site de Gandrange afin d’obtenir des meilleures conditions de reclassement.

Des discussions sur ce thème entre syndicats et direction, qui se sont déroulées toute l’après-midi à Metz, ont abouti à des « avancées » notables, selon des responsables de la CGT.

« Il y a de grandes avancées qu’on ne peut nier, comme la possibilité pour les plus anciens, âgés de 56 ans, de travailler à temps partiel, payé 80% du salaire, ou la garantie qu’aucune proposition de reclassement en France ne se fera à niveau (hiérarchique) inférieur », a déclaré à l’AFP Jacky Mascelli, représentant CGT.

« Mais la reprise du travail est conditionnée par une négociation avec la direction, le plus rapidement possible, sur le paiement des jours de grève », a ajouté le syndicaliste, ajoutant que de telles discussions pouvaient se tenir dans la nuit de mardi à mercredi.

La direction a également accepté de proposer une seconde « offre d’emploi valable » aux salariés qui en feraient une demande « motivée », selon la CGT, alors qu’elle avait prévu de n’en faire qu’une seule, au grand mécontentement des protestataires.

« Depuis 34 ans que je travaille ici, on n’a jamais eu un plan social aussi mauvais. Pourtant, des plans sociaux, on en a eu en pagaille », a dénoncé Bernard Thierry, délégué syndical CGT, rappelant que 14.000 personnes travaillaient à l’aciérie de Gandrange à son arrivée en 1974, contre 1.100 aujourd’hui.

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