Une affaire de virginité avant le mariage

J’arrive après la bataille, mais comme d’habitude, ami lecteur, ça m’aura permis de faire un peu le tour de la question. Cette histoire de femme rejetée par son mari pour cause de non-virginité le soir de sa nuit de noces, a électrocuté l’opinion au cours de ces derniers jours. J’emploie le mot à dessein : électrocution, et je maintiens. Ce n’était pas l’apitoiement un peu stupide, un peu attendu face aux pauvres gamins dont le bus s’est fait défoncer par un train sur un passage à niveau (et qui a permis à notre cher Lider Maximo de faire une sortie médiatique, tellement il en manque…) ; Ce n’était pas non plus, éducation toujours, la bête altercation entre Darcos/Fillon et des manifestants trop demeurés pour comprendre qu’ils se stigmatisaient en agissant comme des voyous.

Non. C’était plus crade, plus intime, et les réactions ont secoué le net, la presse, les conversations… Pourquoi ? Peut-être, à mon humble avis, parce que cette sordide affaire pose un réel dilemme, un problème de société à l’égal de celui du voile porté à l’école, ce genre de machins brûlants à mi chemin entre les croyances qu’on veut bien tolérer, et une réaction épidermique primaire de rejet. Voir une femme, dans l’enceinte d’une école, dont on ne distingue que les yeux, inspire la défiance, la pitié, l’incompréhension, voire pire à un cerveau « moderne occidental » ; de même, venir nous parler de femme répudiée, en raison d’une tradition musulmane orthodoxe, parce que son vagin n’était pas suffisamment fermé, et qu’elle n’a pas pu saigner sur un drap, provoque un frisson désagréable dans l’échîne des bons blancs majoritaires imprégnés de « l’esprit d’émancipation » que nous sommes.

C’est avoir la mémoire courte. Le voile, les femmes chrétiennes l’ont porté pendant bien longtemps. L’égalité homme-femme avait été promulguée en URSS, qu’en France nos amies à poitrine pointue n’avaient pas le droit de porter des pantalons sous peine de prison (jusqu’en 1920). Quant à cette tradition, qui nous intéresse ici, de virginité avant le mariage, il faut être d’une mauvaise foi épouvantable, ou d’un total manque de discernement, pour ne pas savoir qu’elle est toujours appliquée, en France, chez les bons chrétiens des classes supérieures.

Héééé oui… ce n’est donc pas une question de religion malgré ce qu’en pensent nombre de personnes hostiles au Grand Méchant Islam. Les chrétiens d’aujourd’hui, en France, ne pratiquent peut-être plus le rituel du drap taché, mais voulez-vous savoir la vérité ? Les filles de bonne famille, qui doivent rester vierges, ne se gênent pas pour se faire plaisir dans d’autres… configurations, disons. On en est à ce niveau d’hypocrisie, donc.

Reste le catalyseur de cet évènement. Certes, les traditions et l’esprit « moderne » n’ont jamais fait bon ménage… Au fond, ce qui caractérise cette histoire, c’est bien le fait qu’un juge ait donné son approbation à la rupture du mariage, alors qu’il aurait du débouter la plainte, la juger irrecevable, tout ça. Or, contrairement à ce qu’on peut penser de prime abord, ce juge n’a pas entériné véritablement cette plainte (pour éviter de créer une jurisprudence, notamment), mais a qualifié ce « mensonge sur la virginité » de « perception » partagée par le plaignant, et par sa « future ex-femme ». En gros, ce jugement était une façon de résoudre « à l’amiable » cette affaire, de la balayer vite fait sous le tapis, en l’empêchant de faire des petits.

Manque de bol, la presse s’en est mêlée. Ce qui prouve qu’elle sait faire son travail, quand elle veut. Et ce qui permet également d’analyser, en temps réel, comment réagissent nos gouvernants.

Rachida Dati, d’abord, soutient la procédure, pour ne pas se désolidariser du magistrat mis en cause. Elle argue que « tout est pour le mieux », alors que l’opinion publique s’échauffe. Sarkozy, lui, qui avait tellement tempêté contre « les excisions » et « les moutons qu’on égorge dans la baignoire », bizarrement, on ne l’entend pas. Ce qui montre bien son niveau d’empathie : ce qui est vrai pour le faire élire et râcler les voix du FN, devient inintéressant une fois au pouvoir.

Pendant ce temps, Dati a retourné sa veste. Etonnant qu’il faille autant de temps, de la part d’une femme qui a du subir un mariage forcé… à moins que cela n’en soit la raison, précisément. Bref, dans ce chaos, elle lance des invectives à la gauche, l’accusant de tous les maux, en ayant développé la politique « des grands frères ». La gauche répond par le fait que les filles musulmanes s’en sortent, statistiquement, mieux que les garçons à l’école. Ce qui est peut-être vrai, mais sexiste et hors-sujet.

Quant à notre Président, qui ne voulait pas tolérer les pratiques « barbares » de l’Islam, le voici bien silencieux, tout juste à faire paraître un communiqué dans lequel il se déclare solidaire de sa ministre. En quoi ? Sur quelle opinion ? C’est très vague. Ce qui ne l’est pas, en revanche, est que Sarkozy a lié son destin a celui de Dati, et que ce lien l’intéresse mille fois plus que celui qui unit, qu’on le veuille ou non, les vieilles traditions à notre République.

(Ce lien, c’est tout simplement le peuple qui pratique parfois les unes, et compose l’autre)

EDIT : L’annulation du mariage vient d’être, à son tour… annulée. Elle ne devrait donc pas faire jurisprudence, et renvoyer vers une procédure de divorce. C’est une bonne nouvelle pour la laïcité, dans notre pays.

-jrdf
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