posts du 15 juillet, 2008


Et maintenant, elle est folle !

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Ami lecteur, comment ne pas croire l’UMP lorsque ce parti affirme que Ségolène Royal divague, et accuse à tort, sans aucune preuve, le pouvoir sarkozyste de faire pression sur elle ? Après tout, même Libération (un journal de gauche, appartenant à Rotschild, grand gauchiste reconnu !) l’a affirmé, titrant en une « La gaffitude » !

Oui, Royal est folle, et elle accuse impunément, juste pour faire parler d’elle et pour le plaisir de critiquer Monsieur Nicolas Sarkozy, le pourfendeur de la pensée unique qui se bat contre les conservatismes de la société française ! C’est connu, la gauche ne sait que critiquer ! Après tout, l’appartement de l’effrontée mythomane n’a été mis à sac que deux fois, plus une fois où son fils a mis en fuite des cambrioleurs ! Trois de ses collaborateurs, également visités, sont sans aucun doute, également, atteints de paranoïa hallucinatoire aigüe, tout comme les micros ont tout-à-fait leur place dans les portières de voiture des syndicalistes !

Enfin ! N’est-il pas évident que la police a fait son travail, puisqu’après la sortie polémico-politicienne de Madame Royal, nos forces de l’Ordre viennent de retrouver l’auteur du premier cambriolage, datant de 2006 ? Il s’agirait d’une étrangère originaire d’ex-yougoslavie, encore non localisée et dont l’identité n’a pas été révélée – mais Libération l’affirme, de choeur avec ce pouvoir blanc comme neige : « cette personne n’a rien à voir avec la politique ».

Ouf. Nous voici rassurés. Les étrangères adeptes des mises à sac pour ne rien voler, ou alors juste des ordinateurs portables en pleine campagne électorale, sont retrouvées (enfin, identifiés par des empreintes digitales qui viennent tout juste de se révéler), deux ans après les faits. Ces terribles voleurs non-liés à la politique, qui passent leur temps à ne cambrioler qu’un seul camp politique à plusieurs reprises, n’ont plus qu’à trembler ! La Justice française sera exemplaire !

Et quant aux personnes qui se disent suivies parce qu’elles sont visitées pile-poil aux horaires où elles sont absentes, il faudra qu’elles trouvent mieux, à l’avenir, afin d’exister sur le plan politique ! Tout est dit !

Le clan Sarkozy

Je relaye ici une analyse bien foutue d’une de mes consoeurs blogueuse (http://maiblog.over-blog.com/), qui a pris la peine de retracer les liaisons économiques (connues) entre certains amis du Président et l’Etat. Le constat parle de lui-même… Enjoy !

Le 4 avril 2006, la Caisse des dépôts et consignations – donc de l’argent public – a racheté 7,5% du capital d’EADS au groupe Lagardère pour un total de 2 milliards d’euros.
Arnaud Lagardère, ami de Nicolas Sarkozy, a créé le groupe Lagardère (qui possède à parts égales avec l’Etat une holding, la Sogeade) dont la filiale media (premier groupe media français) possède notamment Europe 1 et Hachette (qui édite Paris Match). Lagardère possède également 49% des NMPP qui distribuent 85% de la presse en France.

La « seconde coupure pub » accordée aux chaînes privées, ce qui va leur permettre de répondre à la demande des annonceurs qui ne pourront plus diffuser leurs spots sur les chaînes publiques. Evidemment, la chaîne qui en bénéficiera le plus sera la plus grosse chaîne privée, à savoir TF1 qui appartient à Martin Bouygues, parrain de Louis Sarkozy. Ce même M. Bouygues qui, après la campagne présidentielle, a pris avec lui à TF1 Laurent Solly, conseiller de Sarkozy. Ce même M. Bouygues qui avait voulu imposer Nicolas Beytout (journaliste au Figaro et sarkozyste déclaré) comme directeur de l’information, ce à quoi s’était opposé PPDA (d’où son éviction ?).

Nicolas Beytout finalement recasé chez LVMH dont le PDG n’est autre que Bernard Arnault, témoin de mariage de Sarkozy et Cécilia.

Le groupe Bouygues construction s’est vu confier, par le ministère de la justice, la construction de trois prisons, à Nantes, Annoeullin et Réau. En octobre 2006, ce même groupe s’était déjà vu confier la construction de quatre prisons (les travaux sont en cours).
Les services à la personne au sein des prisons seront confiés à quatre sociétés privées dont :
– Exprimm, filiale du groupe Bouygues construction
– Sogeres et Idex qui appartiennent au groupe Sodexo où on retrouve notamment au conseil d’administration des élus UMP comme Charles Milhaud.

Ces constructions de prisons sont sous la forme d’une AOT (autorisation temporaire d’occupation). Un partenariat public/privé où le partenaire privé finance et gère un un équipement de service public en contrepartie d’un loyer annuel versé par le partenaire public, en l’occurence l’Etat pour ces prisons. La concession avec le groupe Bouygues court sur 27 ans avec un loyer annuel de 48 millions d’euros.

L’institut de sondage CSA appartient désormais à Vincent Bolloré (fournisseur officiel d’avion pour les vacances de M. Sarkozy), ce qui vient s’ajouter à Opinion Way déjà relais de l’Elysée et à l’Ifop, détenu majoritairement par L. Parisot. Il possède la chaine Direct 8, les deux journaux gratuits Direct Soir et Direct Matin Plus, la SFP (société française de production) et détient, depuis 2005, un quart du capital de la société britannique Aegis, spécialiste de l’achat d’espace publicitaire (on y revient !).

Serge Dassault (sénateur UMP, sarkozyste déclaré et marchand d’armes) détient la Socpresse qui publie le Figaro. Dans le groupe Dassault figure le volet aéronautique, Dassault aviation, dont EADS détient 46%. Serge Dassault est client du cabinet d’avocats auquel est associé Sarkozy. Dassault aviation construit les Falcons, ceux-là même que Sarkozy voulaient acheter (sur le budget de l’armée) pour remplacer une flotte présidentielle qu’il juge vieillissante. Serge Dassault, grand défenseur de l’indépendance de la presse : « Les journaux doivent diffuser des idées saines, nous sommes en train de crever à cause des idées de gauche » (Le Monde 10 décembre 2004).

Une question de budget

L’UMP, comme il fallait s’y attendre, entre en mode « restriction économique », notamment face à l’obligation faite par l’Europe, d’ici 2012, d’arriver à l’équilibre des comptes publics. La rigueur est donc… de rigueur, ou plutôt, pardon, « des mesures courageuses » pour lutter contre « le conservatisme qui a mené le pays à sa situation actuelle ».

Les débats, à l’Assemblée et au Sénat, sont donc houleux, et je l’avouerais, ami lecteur, particulièrement amusants. Ah bah oui, le malheur, quelque part, c’est toujours drôle. La droite se défend comme elle peut, avec sa rhétorique habituelle, et essaye tant bien que mal de balayer sous le tapis les preuves un peu trop flagrantes de sa mauvaise gestion. En effet, malgré les coupes sombres, le déficit s’accentue. Sans parler d’une croissance qui, euphémisme, ne décolle guère… La Cour des Comptes rappelle ainsi à l’ordre « la majorité », et pointe du doigt certaines techniques de dissimulation, qu’elle ne semble pas précisément goûter.

Plutôt que d’abrutir le lecteur de chiffres, essayons de nous attacher aux méthodes. Certes, le contexte économique est mauvais, reconnaissons-le. Certes, malgré ses charcutages, le gouvernement semble malgré tout tenir certaines de ses promesses, en augmentant le budget de l’enseignement supérieur, ainsi que celui de la Justice – afin de construire et de faire rénover, notamment, des prisons (pas trop tôt !).

Reste que l’UMP, et ses alliés, s’empêtrent dans leurs tours de passe-passe budgétaires, un poil trop voyants. D’abord, il y a la diversion : C’est pas de notre faute, c’est celle des collectivités locales et territoriales – dirigées par d’inconscients socialistes ! Mip ! Mauvaise réponse ! L’Etat doit toujours 2 milliards d’euros aux régions, et transfère toujours plus de compétences vers elles, sans les fonds adéquats ! Avec une belle inflation, reconnaissons à la gauche un certain talent de jonglage gestionnaire ! Même chose concernant la « proposition » de réduire les subventions faites à certaines grandes villes… comme par hasard, tenues par des socialistes !

Ensuite, il y a les dettes non payées. Celle du Crédit Foncier, celle de l’Assurance Maladie, etc… mais surtout, il y a un nouveau joujou de la droite, sur lequel il nous faut revenir plus particulièrement : les PPP – Partenariats Public Privés.

Ce nouveau concept, qui sonne bien, cache un habile trucage des marchés publics, qui fait profiter certains amis de la maison patronale, avec l’inconvénient d’être extrêmement non rentable ! Explication : L’Etat délègue à une société privée la construction, la gestion et l’entretien de bâtiments – par exemple, un hôpital, ou une prison – en échange d’un loyer payé sur de nombreuses années, au terme duquel le bâtiment appartiendra à l’Etat. Le gouvernement actuel s’engage ainsi à laisser des couleurs de béton tels Bouygues gérer des bâtiments pénitenciers (après tout, ils font bien aussi dans la télé… et bientôt dans le nucléaire !), contre un engagement sur dix, quinze, vingt ans mettons, qui coûtera in fine à l’Etat bien plus que s’il s’était chargé lui-même de payer l’addition initiale.

Pour faire simple, l’UMP masque l’accroissement du déficit avec une dette déguisée laissée à ses successeurs, et délègue au privé des compétences inédites, tout cela dans une belle opacité (heureusement qu’ils se proclament libéraux, hein…), croyant ainsi tromper Bruxelles. En vain, d’ailleurs.

Autre technique classique de la droite (UMP/Nouveau Centre) : Faire croire qu’on est d’accord avec l’adversaire. Les voici donc hurlant contre l’iniquité des niches fiscales, dans lesquelles s’évade l’équivalent des rentrées totales annuelles de l’Etat, en stigmatisant d’un air très indigné le fait que « quelqu’un qui touche un million d’euros par an puisse ne pas payer d’impôts ! »

La belle ritournelle. Le problème, est que la droite nous joue ce couplet depuis belle lurette, et ne cesse d’augmenter ces foutues niches fiscales ! Leur parole a donc autant de résonance qu’un Sarkozy fustigeant les patrons-voyous, juste avant de dépénaliser le droit des affaires, ou qu’un même Président du Pouvoir d’Achat en campagne larmoyant face aux parachutes dorés – qu’il n’a pas même effleuré, une fois au pouvoir. Pendant ce temps, les socialos veulent taxer les superprofits des entreprises liées à l’Etat, tel Total, afin de créditer les fonds des retraites – plutôt que d’obliger les gens à bosser pendant plus de 40 ans pour pouvoir se payer leur loyer, une fois mis au rencart par la société… A ce sujet, l’UMP lance un plan « pour aider les travailleurs à quitter le monde du travail le plus tard possible » ; le problème, c’est que déjà 60% des retraités n’ont pas complété leurs annuités !

Il ne suffit donc pas de dire pour faire… certes, tout cela profitera encore aux mutuelles privées – et devinez à qui elles appartiennent ?

 

Mai 68 : révolte socialiste (5)

(Suite et fin du discours, partiellement retranscrit, d’Alain Geismar, lors de son procès, en octobre 1970)

Aucun penseur, fût-il génial et révolutionnaire, ne découvrira aujourd’hui le mode de fonctionnement de la démocratie socialiste. C’est dans la pratique révolutionnaire des masse que naît et se développe la démocratie nouvelle et la liberté du peuple. Notre peuple en lutte n’est pas seulement capable de détruire le vieux monde vermoulu ; il est capable de construire le nouveau.


Chaque coup qu’il frappe au visage des oppresseurs préfigure le pouvoir populaire. Séquestrer un patron, c’est abattre son autorité, ruiner son prestige; c’est en même temps respirer une bouffée de l’air de la liberté qui régnera dans l’usine quand les ouvriers en seront définitivement les maîtres. Chaque soulèvement est une image du monde renversé. Saboter la production, casser les cadences, c’est rejeter le système despotique de la production qui enchaîne ceux qui travaillent pour le profit de ceux qui possèdent ; c’est aussi démontrer la capacité des travailleurs de dominer les outils de travail, de s’en servir aujourd’hui contre les exploiteurs de demain pour le bien être du
peuple.


La liberté de travailler, d’édifier le monde selon ses besoins, ses aspirations, la liberté de se reposer et de se distraire, la liberté de se cultiver, se heurtent au refus de la bourgeoisie. Où qu’il se trouve, le pauvre se retrouve toujours face aux interdit des riches. Chaque jour le pauvre vérifie ce que disait l’évêque d’Arras il n’y a pas une semaine :

« Aucun ouvrier ne possède la garantie de son métier, il peut être mis instantanément à pied sans aucun recours pour n’importe quel motif. Avant d’être embauché il est invité impérieusement à confesser sa vie et à révéler ses convictions et il peut être congédié pour des motifs qui ne regardent que sa conscience. Certains disent aujourd’hui qu’il n’y a pas de classes, d’autres déplorent la lutte des classes.


Je constate qu’il y a au moins deux classes : les hommes qui demandent un emploi qu’ils peuvent perdre du jour au lendemain,les hommes qui ont le pouvoir absolu de les congédier ». Et l’évêque d’Arras continue:


« Voilà qui prouve une fois de plus que toutes les juridictions, fussent-elles gouvernementales, sont impuissantes contre le pouvoir de l’argent. »

Pour avoir demain le droit de respirer l’air pur, il faut balayer aujourd’hui ceux qui ont le droit de le polluer. Il faut prendre le droit de se reposer à l’usine. Le droit de vivre du petit commerçant, il ne le gagne que dans la rue, en s’attaquant aux grandes surfaces. Le droit de s’unir pour le peuple, c’est le droit d’arracher les barrières, de s’insurger. Chaque jour, notre peuple instaure sa loi contre la vôtre, il se façonne un monde à lui qui, pour vivre et se développer, doit abattre le monde qui l’opprime, le monde de la bourgeoisie.

Car c’est dans le concret et dans la vie que deux mondes s’opposent. Le monde que crée le peuple en lutte, il le contrôle intégralement de bas en haut, il le crée chaque jour dans la souffrance de la lutte et par la liberté acquise par cette lutte, il le conçoit, il en invente la philosophie.

Mai 68 : Contre la hausse des prix – Résistance (4)

(Suite du discours d’Alain Geismar, lors de son procès, en octobre 1970)

La révolte de Mai Juin 1968 a permis une augmentation substantielle des salaires et en particulier du S.M.I.G., et pourtant à la reprise du travail, le sentiment profond des masses n’était pas celui d’une victoire mais bien celui d’une défaite, car l’ampleur et la force de soulèvement populaire avaient fait naître l’espoir d’un changement total.


De fait, en quelques mois, tout a été repris aux masses, dévaluation et hausse des prix se sont combinées avec une augmentation des cadences infernales. Une fois encore, comme après 1936 et 1945, les masses ont pu vérifier dans la vie que qui n’a pas le pouvoir n’a rien, qui détient le pouvoir peut tout. Les luttes d’après Mai s’attaquent directement à l’oppression capitaliste et, comme la liberté ne se négocie pas mais se conquiert, les tripatouillages syndicaux ont peu de prise. Ces luttes contre l’oppression menacent directement le pouvoir patronal dans l’usine, le pouvoir d’Etat dans la rue. C’est sur ce terrain que la loi des pauvres se fait respecter contre la loi des riches. Il ne faut pas voir là simplement un appel vers la lutte armée, mais aussi la préfiguration de la lutte du pouvoir rouge contre le pouvoir blanc. La loi actuelle est celle du patron. Qui veut véritablement s’en prendre à lui, ne respecte pas sa loi ; qui respecte sa loi se retrouve à genoux devant le pouvoir bourgeois.

Dans le même coup, la bourgeoisie renforce son arsenal de lois d’exception. Elle place ainsi, de fait, le peuple hors la loi, hors du carcan dans lequel l’insérait le légalisme du Parti Communiste et de la C.G.T. Les objectifs de lutte des masses populaires sont clairs ; pour obtenir l’augmentation générale non hiérarchisée des salaires, il n’y a qu’une méthode, celle des ouvriers de Citroën : « A mauvaise paie, mauvais travail ».

Que sont les salaires quand les prix ne cessent d’augmenter ? Contre la hausse des prix, le peuple lutte ; il forme dans les cités des comités de vigilance qui ne craignent pas de frapper directement les responsables de la vie chère. Contre l’impôt écrasant, nous ne disons pas : « Il faut imposer plus le capitaliste, car on n’impose vraiment le capitaliste que quand on lui met le couteau sur la gorge » ; nous disons : « Il faut lever des impôts sur le capital, récupérer des biens de Fauchon pour les distribuer dans les banlieues ».Par contre nous pouvons et nous devons arracher qu’il n’y ait plus d’impôt pour les travailleurs retraités, qu’il n’y ait plus d’impôt pour les veuves des travailleurs.Pour dénoncer les feuilles d’impôt plus lourdes, notre peuple saura frapper au coeur, dans les perceptions.


Contre la hausse des transports, les travailleurs de Billancourt ont frayé la voie pendant deux mois, ils ont imposé la gratuité du métro. Dans nos logements, ce sera la résistance à la hausse et à l’expulsion, la grève des loyers, comme à Nancy en 1969, mais aussi la réquisition des immenses immeubles des rupins pour régler le relogement des bidonvilles, comme celui d’Argenteuil, ou des foyers prisons, comme celui d’Ivry.

Nos conditions de travail, nous saurons aussi les imposer nous mêmes,les cadences cela se brise, les chefs ça se mate, et contre les assassins d’ouvriers, notre peuple saura créer son Tribunal populaire pour juger, une Cour de Sûreté de la vie du travail où les dirigeants des houillères viendront s’expliquer pourquoi à Fougères ils ont envoyé à la mort, au fond, des mineurs, alors que depuis trois jours ils savaient qu’il y avait du grisou au fond.


Pour lutter contre le chômage, nous imposerons le retour aux 40 heures, le retour des licenciés dans l’usine, le remplacement des parasites, des gardiens, anciens gendarmes et des flics du Ministère de l’Intérieur par des sans travail.

Les gosses et les femmes des chômeurs sauront occuper les mairies et les préfectures, les travailleurs sauront s’attaquer aux responsables, comme l’a constaté le député U.D.R. lynché par la foule.

Pour s’opposer à la ruine, les petits commerçants et les paysans ont montré le chemin qu’ils entendaient poursuivre. L’autobus rouge d’Orly qui a emmené les enfants de la Goutte d’Or à la mer pour la première fois, saura reprendre la route pour faire profiter des vacances les enfants des travailleurs. Quant à l’Université, elle ne sera pas absente, les étudiants continuent de la détruire, pendant que les intellectuels commencent à trouver le chemin des usines et des campagnes pour créer, avec les masses, une nouvelle culture populaire.


Et partout, dans l’usine, dans la rue, dans les campagnes, dans les prisons, la lutte contre le terrorisme s’amplifiera, ne sera plus qu’un seul cri : résistance. C’est dans la vie que la contestation populaire met en oeuvre son programme d’action, qu’elle gagne du terrain, qu’elle se fraie la voie à grand coup de hache. Pour autant nous ne faisons pas preuve de présomption ni de sectarisme ; plus nos succès sont importants, et plus grandes sont nos responsabilités, plus hargneux et plus dangereux nos ennemis. La voie de la contestation ainsi ouverte, tous nos efforts tendent à élargir et à unir tout ce qui peut être uni.

Mai 68 : Les fusils aux mains du peuple (3)

(Suite du discours d’Alain Geismar, lors de son procès, en octobre 1970)

1936, 1945, 1968, à chaque fois de formidables explosions populaires, des conquêtes sans précédent.En 1944, les fusils aux mains du peuple les garantissent à chaque fois ; le syndicalisme qui prétend garantir, élargir les conquêtes, les laisse s’effriter.


A cela, une seule raison : le syndicalisme ne résout pas la question du pouvoir, et qui n’a pas le pouvoir, n’a rien.Le syndicalisme a remplacé à la Libération les comités patriotiques de production, inventés par les masses pour diriger les usines, par des comités d’entreprise ; la réduction des heures de travail n’a pas pu empêcher l’accélération des cadences infernales. La sécurité sociale n’est plus qu’une gigantesque machine bureaucratique aux mains des patrons. Le syndicalisme n’apporte même plus de réponse à l’aspiration profonde d’unité des masses, il isole et cloisonne : il existe un
syndicat à l’usine, une sorte de syndicat pour le logement, une sorte de syndicat pour les étudiants, un autre pour les paysans. D’excellents cadres ouvriers, dévoués aux masses sont devenus prisonniers de cet engrenage sans fin et à la longue, ils ne sont plus imprégnés du besoin des masses mais des exigences du patron.


Seule la lutte pour le pouvoir permet de maintenir les conquêtes, or l’état d’esprit syndicaliste, l’idéologie de gestion, dresse une barrière contre la volonté de lutte ininterrompue. Mai 1968 a permis aux masses de forcer cette barrière. Ce n’est plus aujourd’hui le syndicalisme ou rien, car pendant que ces Messieurs négociaient avec les patrons et restauraient à Grenelle leur autorité bafouée, à Flins et à Sochaux, en affrontant les C.R.S. dans une véritable bataille, le prolétariat a rouvert la voie de la prise du pouvoir, la voie de la résistance, la voie de la contestation prolétarienne. La voie de la contestation née à Flins et à Sochaux, nous ne l’avons pas inventée ; ce n’est pas nous qui séquestrons les patrons, qui occupons les usines et les perceptions, qui labourons les champs des cumulards, qui expulsons les Zamansky, ce sont les masses populaires ; nous ne faisons que systématiser leur expérience qui permet à tous d’apprendre comment les luttes victorieuses sont menées ailleurs.


Ce que nous apportons, nous maoïstes, aux masses, ce sont les mots d’ordre justes, qu’elles mêmes produisent dans leur lutte.C’est la gigantesque révolte des masses de Mai 1968 qui a ouvert cette voie ; la résistance des ouvriers de Flins et de Sochaux a été la première porte enfoncée dans la muraille syndicaliste. En enfonçant ces portes, en abattant les murs de l’usine, en mettant à nu l’oppression, les masses ouvrières ont aussi fourni aux assauts de la jeunesse intellectuelle contre l’autorité académique, sa véritable dimension.

 

En promenant le directeur des usines avec une pancarte au cou :« Je n’ai pas honte de payer un ouvrier 600F par mois », ou en ridiculisant un contremaître, les ouvriers ont brisé le respect dû jusqu’alors au soi disant savoir qui justifiait les fonctions des cadres. La lutte des étudiants n’a pas seulement démontré, en osant affronter l’ennemi de classe, que l’on pouvait vaincre ; en dénonçant la nature de l’enseignement bourgeois, elle a montré aux ouvriers qu’ils n’étaient pas les seuls à penser, en voyant leurs ingénieurs et leurs patrons, que l’Université sort de sinistres couillons myopes et trouillards, coupés de la réalité de la vie.Cette lutte a permis aussi à de nombreux intellectuels de se lier aux masses et, tel Jean Paul Sartre, de se mettre au service de la révolution.

 

Une formidable illusion s’est effondrée comme un château de cartes et la véritable nature de la division entre le travail manuel et intellectuel a été révélée, il est apparu que ce n’est pas un ordre naturel des choses, mais une mystification voulue par la bourgeoisie pour exploiter à son aise la force de travail des prolétaires. L’ingénieur ne gagne pas plus d’argent parce qu’il sait plus de choses, mais parce qu’il exerce une fonction de commandement et d’oppression. Qu’importe qu’il soit incapable de faire le travail qu’il impose à l’ouvrier pourvu que ce travail soit fait ; qu’importe le gaspillage et l’épuisement du travailleur pourvu qu’il produise. Mais à travers la contestation prolétarienne qui s’étend, les travailleurs ont vu que la véritable question n’est pas qui a le savoir, mais bien qui dirige.

 

La véritable question n’est pas d’envoyer le prolétaire à l’Université pour lui faire subir un lavage de cerveau, mais de détruire le système universitaire et despotique en usine, pour briser la division du travail, pour que la classe ouvrière puisse exercer sa direction en tout.

Mai 68 : sabotage (2)

(Suite du discours d’Alain Geismar, lors de son procès, en octobre 1970)

L’information aujourd’hui, c’est la France du fric qui impose silence à la France des pauvres. La dictature c’est encore la dictature du savoir et des spécialistes, c’est l’école coupée de la vie où l’on apprend aux opprimés que le savoir est dans les livres et à l’Université, et que ce n’est pas pour eux. C’est l’Université où l’on n’apprend rien, mais où l’on forme des chiens de garde de la bourgeoisie, c’est la voix unanime des soi-disant spécialistes, ingénieurs, politiciens, économistes,révisionnistes qui clament : tu ne sais rien, tu n’as droit à rien, travaille, tais-toi, on pense pour toi.

Regardez le mineur silicose étouffer à chaque pas, le travailleur à la chaîne sortir brisé de son usine, l’ouvrière du textile ou de la chimie, le visage et les mains rongés par les colorants et les acides,les poumons détruits, regardez les noirs qui crèvent de tuberculose à décharger vos ordures, regardez les bien, ils vont vous décharger leur fusil dans le ventre car ils n’ont que faire de vos larmes, de vos bons sentiments ; ils ne demandent pas qu’on les plaigne, ils se battent pour que ça change, leurs amis sont ceux qui les aident à se battre, leurs ennemis, ceux qui les maintiennent en esclavage ; et la révolte dit : « Vie chère, vie d’esclave, assez ! ».

L’exploitation des travailleurs se heurte à leur résistance car elle n’est pas séparable de l’oppression qu’ils imposent.Une lutte est pleine et victorieuse quand elle parvient à diminuer l’exploitation, à garantir des avantages concrets et matériels (amélioration des salaires, conditions de travail), dans le même temps qu’elle affaiblit l’appareil d’oppression. Une grève n’est pas pleinement victorieuse seulement parce qu’on a arraché 10 % d’augmentation, la question est de savoir si le pouvoir du patron en ressort affaibli, s’il pourra ou non relever la tête, si les travailleurs sont mieux armés pour entamer de nouvelles luttes ou bien au contraire s’ils sont désarmés et contraints à accepter que ce qu’ils viennent d’obtenir leur soit repris immédiatement.

Cela les travailleurs et autour d’eux de larges groupes de notre peuple l’ont compris ; il suffit pour s’en convaincre d’ouvrir les yeux sur les luttes qui déferlent depuis deux ans.Dans les usines rayonnent les initiatives ouvrières ; les plans gouvernementaux sont bousculés, parfois balayés ; les sabotages de la production et des cadences s’étendent massivement ; les séquestrations de patron ne se comptent plus ; les luttes pour faire
payer aux petits despotes leurs exactions sont la règle. Sont entraînés dans cette voie nouvelle les petits commerçants contestataires qui occupent la rue, s’en prennent aux grandes surfaces et aux perceptions.


Les actions de partisans des paysans font trembler les cumulards et les notables ; c’est la levée en masse contre la liquidation des petits par les gros, voulue et orchestrée par le Gouvernement.Dans la marine naissent des grèves, dans les casernes la bourgeoisie parvient difficilement à transformer les soldats en briseurs de grève et en futurs assassins du peuple, et jusque dans les prisons et dans les centres de redressement, gronde la révolte et se prépare la mutinerie.Quant au mouvement de la jeunesse il a retrempé sa vigueur à Nanterre en mars, à Grenoble en avril, le 27 mai à Paris ; plus de 50 actions victorieuses lui ont fait gagner la bataille de l’été chaud.


C’est Mai 1968 qui a permis d’ouvrir cette voie en même temps que les masses découvraient l’état de putréfaction du syndicalisme actuel, car jusqu’en Mai 1968, pour changer le vieux monde insupportable et en construire un nouveau à son image, notre peuple ne disposait que du syndicalisme et de son prolongement, le Parti Communiste Français.

Certes, des militants pouvaient être conscients du blocage systématique des luttes, de la faiblesse, de l’impuissance des méthodes de combat ; mais aussi longtemps qu’une autre voie n’était pas tracée, ils ne pouvaient que suivre en critiquant ou déchirer en pleurant leurs cartes confédérales en attendant que cela change.

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