EDVIGE : Joli nom pour une belle saloperie

  Aaaaah… il y a quelques mois, ami lecteur, ton serviteur évoquait, très clairement, le tournant fasciste emprunté par la politique de l’UMP. J’avais évoqué les accords non respectés, le démantèlement des pouvoirs syndicaux, le 180° par rapport à ce qui avait été promis, notamment aux cadres… J’avais même écrit un joli article pour AGORAVOX, qui l’avait retoqué au motif qu’il ne donnait « pas assez de preuves de ce que j’avançais ».

  Eh bien, ce ne sont plus mes mots aujourd’hui, pour ce qu’ils valent, mais ceux des associations de défense des droits des homosexuels, par exemple, qui se rallient à ceux des futurs syndicalistes fichés, des délinquants « hypothétiques » (mieux que Minority Report !) et des militants quel qu’ils soient, politiques ou même religieux ! Je vais donc lui laisser la parole, à ce brave journaliste officiel qui, lui, n’hésite pas à employer un comparatif avec le régime de la collaboration. Cela se perd vite, la liberté… surtout lorsque les gens ne veulent pas le croire ! Le problème, c’est même que les gens croient toujours que les nazis ont arrêtés des voleurs… alors que c’étaient EUX les voleurs !

 

http://societales.blogs.liberation.fr/alain_piriou/2008/09/dans-un-article.html#more

Dans un article fort bien documenté publié par le site Arrêt sur Images (accès payant…), Dan Israël revient sur les arguments des protagonistes, et avoue être peu convaincus par les miens, tels qu’ils ont été récemment publiés par le Monde.

«Emportés par leur élan, certains militants pour les droits des homosexuels ont aussi eu tendance à exagérer la « menace  » pesant sur eux. (…) On comprend bien sûr l’émotion des homosexuels qui s’estiment ciblés. Mais dans leur émoi, ils négligent le fait que la Cnil a obtenu que le décret mentionne explicitement que les données concernant les préférences sexuelles ou la santé soient collectées uniquement « de manière exceptionnelle ». Il est également interdit d’établir des listes de personnes à partir des seuls critères de la sexualité ou de la santé…»

 

Qu’ai-je bien pu dire pour laisser le journaliste si circonspect ?

 

Dans le Monde du 7 septembre, je n’y vais certes pas de main morte :

Alain Piriou, vous êtes porte-parole de l’Inter-LGBT (lesbiennes, gays, bi et trans), qui organise tous les ans la Marche des fiertés, à Paris. Pourquoi protestez-vous contre le fichage, par Edvige, des données concernant la santé et la vie sexuelle ?

En 1982, les fichiers d’homosexuels, établis sous Pétain et conservés, puis nourris après la Libération, ont été définitivement supprimés : d’un point de vue policier, l’homosexualité était banalisée. Avec Edvige, l’Etat refait de la vie sexuelle des citoyens un critère discriminant, un sujet de surveillance policière. (…) *

 

Ne serait-il pas excessif de rapprocher Edvige des fichages des homosexuels par Vichy ? Un tel raccourci ne nuit-il pas à la qualité de l’argumentation ?

 

Relevons d’abord que le parallèle qui m’intéresse n’est pas tant celui entre notre époque et celle de l’Occupation, ce qui serait manifestement excessif, que celui entre un fichier qui sera prochainement détenu par les services centraux de police, et un autre fichier disparu il y a vingt-cinq ans, mais utilisé sous la Ve République. Là est le vrai débat.

Revenons en effet aux explications données par Gérard Gachet, le porte-parole du ministère de l’Intérieur. Le 14 juillet dernier, ce dernier s’exprimait dans le site en ligne de Têtu :

«Conformément aux règles générales de la loi de 1978 révisée, dans le cadre de laquelle s’inscrit ce décret, les données sur la santé ou la sexualité ne sont pas enregistrées pour elles-mêmes. Leur mention n’est autorisée que pour un besoin incident lié à une activité. Dans le domaine du renseignement, il s’agit essentiellement, pour la finalité 1, du militantisme. Ainsi, pour pouvoir enregistrer que quelqu’un est responsable d’une association professionnelle d’homosexuels, il faut autoriser, au titre de l’association, la caractéristique dite sensible. De même, au titre de la finalité 2, un militant d’une association servant une cause médicale, qui aurait participé à une intrusion violente dans un ministère ou une préfecture, sera intégré au fichier avec la finalité, médicale, de sa cause. Ce ne sont donc pas les personnes qui en tant que telles sont caractérisées.»

Cette position a été rappelée dans le Monde du 7 septembre :

«Nous ne pourrons ficher la maladie ou l’homosexualité de quelqu’un que si elle est en rapport avec sa vie publique, affirme M. Gachet. Il sera interdit, par exemple, de mentionner la vie sexuelle d’un élu qui n’évoque jamais publiquement son homosexualité. Il sera en revanche possible de rédiger une fiche sur le responsable d’un mouvement qui défend les droits des homosexuels ou sur une association de malades qui participe à des intrusions violentes dans les préfectures.»

Ainsi, pour justifier la collecte de données personnelles sur des responsables associatifs, le ministère lie l’objet de l’association —qui a un caractère public— à une orientation sexuelle ou un état de santé —qui a un caractère privé. Voilà qui a de quoi étonner !

Quand bien même on accepterait que les activités politiques, syndicales et associatives fasse l’objet d’un fichage —ce qui n’est pas notre cas—, en quoi est-il utile d’inscrire des données personnelles «sensibles», même si ces dernières ont un lien apparent avec l’objet de cette activité ? En quoi inscrire mon orientation sexuelle personnelle dans Edvige apporte-t-elle une information intéressante à des policiers, alors que ces derniers ont pour mission de renseigner mes activités associatives ?

Certes, il ne s’agit pas de fichage systématique et la collecte de la donnée «vie sexuelle»«exceptionnelle», nous dit-on. Certes, la CNIL veillera au grain. sera 

Il n’en reste pas moins que nous assistons là à un retournement historique détestable. Après que la génération qui m’a précédé a obtenu que, d’un point de vue policier, l’homosexualité ne soit plus un critère distinctif, Edvige rétablit, en des termes et avec des contours certes différents, la notion de «vie sexuelle» comme information potentiellement intéressante pour l’administration policière. Or, le fichage des responsables associatifs a pour finalité non pas la sécurité publique ni l’élucidation de crimes ou de délits —les fiches-argumentaires qui circulent au gouvernement sont d’une mauvaise foi éhontée—, mais le renseignement des pouvoirs publics sur les mouvements «susceptibles de troubler l’ordre public» : il s’agit donc bien d’un retour en arrière. Dans un fichier informatisé, lorsque vous introduisez une rubrique, c’est bien dans l’objectif de pouvoir l’exploiter, d’une façon ou d’une autre, par des extractions, une exploitation statistique, etc.

Or, le cœur de notre combat est bien de faire disparaître toute distinction des individus à raison de leur orientation sexuelle, notamment. Dans tous les domaines où nous intervenons —mariage, parentalité, emploi, administration, éducation—, nous nous battons en effet pour que l’homosexualité ne soit plus un critère distinctif, qu’il n’y ait plus cette stigmatisation d’une catégorie de la population au nom de son orientation sexuelle désignée comme «différente». Voilà pourquoi Edvige nous fait horreur.

 

• Alain Piriou •

-jrdf
rss pas de réponses

Laisser un commentaire

WADE - Président - |
la vérité |
Mohamed Fouad Barrada |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | sarkosy un espoir pour la f...
| Sylvie Trautmann
| optiqueslibérales