Histoire révolutionnaire : Autour des Brigades Rouges – 10/ »La solitude des BR »

10.1981 : les BR sont seules

1981, c’est l’année de la solitude pour les BR après l’échec définitif de la guerriglia diffusa, la  » guérilla diffuse « . Prima Linea n’a également pas tenu le choc ; des militantEs se sont dissociéEs, et les différents congrès de l’organisation n’arrivent pas à inverser la tendance.

Une partie rejoint les BR , une autre forme un  » pôle organisé « , finalement est formé le groupe des COLP,  » Comunisti Organizzati per la Liberazione Proletaria « .

Ne restent donc plus que les BR, qui s’appuient surtout sur:
o la colonne romaine,
o la colonne napolitaine,
o la colonne Vénétie,
o la colonne Walter Alasia de Milan.

Cette dernière a exécuté en automne 80 deux managers de chez Marelli & Falk, et pratique un  » réformisme armé « . Elle profite de l’arrivée de militants des NAPO (Nuclei Armati per Il Potere Operaio).

De multiples actions sont menées. En Janvier à Milan, la colonne Walter Alasia, qui prend de plus en plus le large avec la direction des BR, exécute le directeur du grand hôpital, la  » Policlinico « . Son mot d’ordre :  » construisons le Parti Communiste Combattant « . A Rome, les BR exécutent le général de gendarmerie Enrico Galvaligi. Le 7 avril, deux policiers sont tués.

Les BR lancent alors une offensive simultanée, qui va montrer les différentes conceptions des colonnes. L’offensive est générale, mais chaque colonne considère les choses selon son point de vue.

o La colonne napolitaine
Le 27 avril la colonne de Naples exécute l’escorte du député Cirillo et enlève celui-ci.

 

Responsable démocrate-chrétien de la région Campania, Cirillo se voit exiger de nouveaux logements et le paiement d’indemnités pour le tremblement de terre en Italie du sud de novembre 80. La colonne a ici comme stratégie d’élever le niveau de lutte des chômeurs et des sans-logis :  » contre la restructuration du marché du travail, soutenir les luttes du prolétariat marginal et illégal, et construire les organisme de masse révolutionnaire « .

La ligne de la colonne se veut clairement mouvementiste, et un document est même signé :  » Front des Prisons, Colonne de Naples. Pour le Communisme, Brigades Rouges « .

o La colonne Vénitie
Le 20 mai la colonne Vénétie enlève Talierco, directeur de l’usine Montedison de Mestre, par le commando  » Ana Maria Ludmann « . Il est considéré comme responsable des restructurations et des licenciements chez Montedison.

o La colonne milanaise
Le 1er juin la colonne Walter Alasia enlève l’ingénieur et directeur de l’organisation du travail chez Alfa-Roméo, Sandrucci, et exige l’abandon du licenciement prévu de 500 travailleurs de chez Alfa-Roméo.

Les documents publiés par les BR montrent une connaissance parfaite des restructurations, révélant par là même que les BR ont des sympathisants chez les cadres. Y sont analysés la situation de l’entreprise, le développement technologique, et constatés que la rationalisation de la production ne va pas dans le sens d’une humanisation, mais dans celle de l’intensification du travail salarié.

Le 30 octobre est arrêté le chef présumé de la colonne. Il a 25 ans, travaillait chez Alfa-Roméo depuis 1977, était délégué depuis 1979 ainsi que membre de la commission exécutive du Conseil d’Usine, et est passé en 1980 dans la clandestinité.

o La colonne romaine
Le 11 juin c’est la colonne romaine qui donne le ton, en enlevant et exécutant le frère de Patrizio Peci, Roberto, qui est lui-même un repenti (Patrizio Peci, arrêté en février 1980, étant le repenti ayant balancé le plus de noms à la police). Le 19 juin l’avocat de Patrizio Peci est jambisé. La colonne revendique les actions au nom du  » front des prisons ».

La colonne romaine est très proche de la ligne mouvementiste, en raison de son origine : elle provient notamment de deux groupes de la  » guérilla diffuse  » : les « Formations armées communistes « , créées en 1974 et les  » Unités Combattantes Communistes « .

Ce dernier groupe avait tenté en 1976, en enlevant un négociant de viande, de faire vendre 70 tonnes de viande à bas prix dans des quartiers prolétaires de Rome.

Les  » résultats  » diffèrent selon les colonnes.

Cirillo est ainsi libéré après la reconstruction des maisons et la distribution d’allocations chômage.

Le  » porc Talierco  » est par contre exécuté par la colonne Vénétie.

Sandrucci est lui libéré après 51 jours suite à une distribution de tracts brigadistes dans l’usine, la publication de l’interrogatoire de Sandrucci et l’abandon des licenciements.
Les positions au sein des BR commencent donc à devenir sérieusement divergentes. Les multiples activités sur le plan militaire ont amené à une dérive militariste.

En juillet, la colonne Walter Alasia de Milan publie ainsi un document de 21 feuillets où elle critique ce qu’elles considèrent comme des  » déviations  » au sein des BR. En automne c’est la colonne vénitienne qui éclate. La majorité conserve le nom de  » Anna Maria Ludmann  » et prépare l’enlèvement du général américain Dozier, conservant l’orientation générale.

Une partie rejoint elle les positions mouvementistes, qui aboutiront à la constitution du  » Parti-Guérilla  » et se prépare à attaquer la prison de Rovigo, d’où elle fera s’évader Suzanna Ronconi et trois autres militantes.

Une partie prend le nom de Colonne 2 août (en référence à des affrontements sanglants entre ouvriers et policiers à Porto-Marghera le 2 août 1970).
La scission se consomme alors définitivement, avec la publication de deux textes théoriques, représentatives des deux tendances principales existantes dans les BR.

Deux différentes  » Résolutions de la direction stratégique  » paraissent en décembre.

Celle de la minorité tout d’abord. Le document  » Crise, guerre et internationalisme prolétarien « , qui fait à peu près 300 pages, a été écrit par la  » Brigade de Palmi  » des BR, constituée du noyau historique emprisonné, notamment Renato Curcio.

Une nouvelle organisation se forme le 16 décembre 1981, se référant à la ligne de ce document : les Brigate Rosse – Partito Guerriglia del proletariato metropolitano (Brigades Rouges – Parti Guérilla du Prolétariat Métropolitain).

Les BR-PGPM sont principalement issues du fronte carceri (front des prisons) romain et napolitain ; le petit groupe  » potere proletario armato  » appuiera cette ligne.
Leur activiste principal est Giovanni Senzani, qui considère que le système a intégré la classe ouvrière et qu’il faut s’appuyer sur le  » proletariato extralegale « , prolétariat des travaux illégaux et au noir, pour former la guérilla, seule force libératrice dans les métropoles.

Les BR-PGPM considèrent que  » le mode de production capitaliste n’est plus régulé par la loi de la valeur-travail « , et qu’il faut donc  » déclencher la guerre sociale totale « . Le terme de Parti-Guérilla provient d’un communiqué des Brigades rouges du 4 avril 1971, distribué à l’usine Pirelli de Milan et repris dans le journal  » Nouvelle Résistance « , où est parlé de  » l’édification du Parti-Guérilla « .

La ligne majoritaire des BR est refusée et qualifiée de  » néo-révisionniste armée « .
Le second document est intitulé  » Deux années de lutte politique  » et fait précisément 184 pages. Il sera joint au communiqué numéro 2 de l’enlèvement du général américain Dozier et retrace la lutte pour la ligne au sein des br.
La majorité des brigadistes, qui se reconnaît dans le texte, prend le nom de Brigate Rosse per la costruzione del partito comunista combattente (brigades rouges pour la construction du parti communiste combattant).

Le 17 janvier 1983, les BR-PCC publieront un texte décrivant leur stratégie générale, intitulé  » Replacer l’activité générale des masses au centre de l’Initiative « .

Elles partent du fait que de très graves problèmes internes ont désagrégé les BR :  » A partir de 1980, chaque colonne de l’Organisation située dans les pôles métropolitains a affronté le problème de l’enracinement dans les situations en assumant certaines contradictions qui s’exprimaient localement, contradictions différentes d’une ville à une autre. Un plus grand enracinement et la désagrégation de la ligne politique sont allés de pair.

Privée d’une ligne politique qui saisisse la contradiction principale (celle entre mouvement de classe et pratiques de la bourgeoisie) et l’aspect principal de cette contradiction, c’est-à-dire le projet politique dominant dans une conjoncture donnée, privée donc d’une identité de ligne, de stratégie générale, mesurée sur la situation concrète, l’Organisation Brigades rouges a fini par assumer autant d’identités qu’il y avait de pôles principaux d’intervention. Les scissions de 1981 sont le couronnement organisationnel d’un processus de fragmentation politique en oeuvre depuis longtemps. »

Un autre document, intitulé  » Politique et révolution  » et écrit par des membres dirigeants des BR-PCC, résume la problématique des années 1979-1980, c’est-à-dire l’incapacité à assumer le dépassement de la phase de propagande armée, dépassement devant être une conséquence de l’offensive du printemps 1978.

L’option était alors de  » Frapper au cœur le projet de la bourgeoisie qui, avec la Démocratie Chrétienne et Moro, se proposait, par le biais du compromis historique avec le PCI, de pacifier le prolétariat et de vider les luttes de celui-ci de leur contenu « .

L’organisation communiste combattante devait alors se transformer en Parti, ce qui fut empêché par l’enracinement foncièrement local de chaque colonne brigadiste et l’absence d’unité conséquente à cela.

Les BR-PCC lancent alors une offensive, pour reprendre l’initiative.

Le 17 décembre la colonne Vénétie enlève à Vérone le chef de l’OTAN pour l’Europe méditerranéenne, le général US James Lee Dozier.

Cette action est dirigée contre le  » projet de guerre réalisée par l’OTAN, le plan économico- politico- militaire de la bourgeoisie impérialiste de préparation d’une troisième guerre mondiale « . La répression est organisée par l’Etat italien, la CIA, l’armée US et des experts de R.F.A.. Les arrestations sont très nombreuses, et pour se protéger les BR-PGPM coupent tous les ponts avec les BR-PCC.

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