Pacte européen sur l’immigration : un gros ratage ?

20070912t105241z01nootrrtridsp2ofrtpfranceimmigrationhortefeux20070912.jpg

Interview parue dans le blog « Hexagone », par Catherine Coroller, journaliste à Libération : http://immigration.blogs.liberation.fr/coroller/2008/12/le-pacte-europe.html

 

Il faudrait rajouter à ce constat, fort instructif, du flou des régulations actuelles sarkoziennes, un coût exorbitant pour chaque immigré clandestin expulsé (20 000 Euros si on fait  la moyenne), des méthodes brutales et iniques (le piège de l’entretien pour accorder un visa, qui se transforme en départ forcé, les enfants attendus à la sortie de l’école…), et même, un « rendement » risible : En effet, une bonne part des immigrés clandestins renvoyés de cette manière, sont des roumains ; les nouveaux accords européens avec la Roumanie permettant à ceux-ci de revenir, sans problème, dès qu’ils le voudront…

Quand on pense que la société privée chargée d’évaluer le travail des ministres sarkoziens, malgré une cote de popularité auprès des français en chute libre, décerne un presque sans-faute pour Hortefeux… Aaaah la courtisanerie, ses ors, ses fastes, son détachement complet de la réalité…

 

 

Christophe Bertossi, politologue, directeur du programme de recherche «Migrations, Identités, Citoyenneté» de l’Institut français des relations internationales (Ifri) à Paris et chercheur associé à l’Université de Warwick (Grande-Bretagne) réagit au Pacte européen sur l’immigration, censé organiser l’immigration légale et lutter contre l’immigration irrégulière. Interview.

 

Brice Hortefeux présente le pacte sur l’immigration comme un succès de la présidence française de l’Union européenne, qu’en pensez-vous?

Je vois ce Pacte européen avant tout comme un signal pour l’opinion publique. Premier signal, les gouvernements admettent que les politiques dites «d’immigration zéro» ne marchent pas, que la crise démographique et les besoins économiques en Europe imposent de faire appel à une nouvelle main-d’œuvre immigrée. Or, après trente années de discours anti-immigration, il n’est pas facile d’expliquer au public que l’on va rouvrir les frontières. C’est ce que dit le Pacte: lutter contre l’immigration irrégulière et organiser l’immigration légale, avec une coordination entre pays européens. C’est là le second signal: les Etats seuls ne peuvent rien. L’immigration étant un phénomène global, c’est au niveau européen que les politiques migratoires peuvent être efficaces. Avec ce Pacte, les Européens entérinent cette idée mais sans rien résoudre. Pour moi, le Pacte est plus un diagnostic qu’une solution, même si on peut considérer que la présidence française de l’UE a été un succès diplomatique en parvenant à un accord avec les 26 autres Etats membres.

 

Pour Hortefeux, ce pacte est un tournant dans la politique d’immigration européenne.

Pour le coup, c’est un rendez-vous manqué. Le document ne donne pas à l’Europe une politique commune. Ce n’est pas un texte contraignant mais une pétition de principes, un compromis politique qui masque des désaccords. Surtout, on part sur de mauvaises bases. L’enjeu aujourd’hui est de donner à l’Europe les moyens de réguler un phénomène global. Les migrations créent une interdépendance entre toutes les régions du globe, avec plus de 200 millions de migrants dans le monde. Une simple politique de contrôle des frontières ne suffit plus. Elle est même contre-productive. Il faut donc travailler, certes en partenariat entre les pays de transit et de départ comme le propose le Pacte, mais surtout sur tous les aspects des migrations. Or ce travail n’a pas lieu car on limite ce partenariat à des objectifs d’abord sécuritaires. Regardez l’insistance sur la lutte contre l’immigration irrégulière. L’immigration reste perçue comme un problème. En même temps, l’Europe comme les pays du Sud ont besoin de cette mobilité. L’argent que les migrants renvoient dans leur pays d’origine dépasse 330 milliards de dollars en 2007.

 

Quelle est la réalité de la pression migratoire subie par les pays développés?

Déjà, il y a une ambiguïté dans le fait de parler de «pression migratoire» car l’Europe a besoin des migrations. Et les ministères en charge de l’immigration en Europe ne savent pas vraiment mesurer l’ampleur de cette soi-disant «pression». Les gouvernements entretiennent l’idée que toute l’Afrique veut venir en Europe. L’Europe est la première destination des migrants dans le monde, c’est vrai, mais si 60% des migrants viennent dans les pays du Nord, 40% restent dans un pays du Sud. Quant aux demandeurs d’asile, les deux tiers restent dans un pays proche du leur. La mobilité internationale n’est pas seulement orientée Sud-Nord mais aussi Sud-Sud.

 

Tout de même, l’immigration irrégulière n’est pas qu’un fantasme.

Quel est le dilemme aujourd’hui? Plus les politiques d’immigration sont restrictives, plus elles produisent des populations en situation irrégulière. Comment expliquer aux opinions publiques que les immigrés irréguliers sont d’abord le résultat de ces politiques? La majeure partie des sans-papiers est arrivée de façon régulière mais a basculé dans l’irrégularité parce que son titre de séjour n’a pas été renouvelé. Selon les estimations, il y aurait entre 3 et 5 millions d’irréguliers en Europe, dont 200 000 à 400 000 en France. Refuser de les régulariser et préférer les expulser ne mène à rien. Lorsque la France reconduit chaque année 25 000 ou 30 000 étrangers, cela veut dire qu’il faudrait entre 8 et 14 ans pour réduire ce seul stock. Or la population d’irréguliers continue d’augmenter, entre 50 000 et 100 000 chaque année. Les expulsions deviennent donc sans effet, mais cette population reste en situation de fragilité juridique et sociale. Aucun Etat n’a intérêt à voir se développer sur son territoire une population en situation irrégulière. En s’enfermant dans une logique d’expulsions, les politiques migratoires n’ont pas pour objet de réguler les migrations mais elles sont surtout destinées à l’opinion publique. Du coup, les gouvernements sont de plus en plus dépendants de la réussite de politiques qu’ils ne peuvent pas réussir. Cela alimente un vote d’extrême-droite. On retrouve cela dans le Pacte, avec le refus de toute régularisation dite «massive et collective» en Europe. C’est irréaliste. On est face à une question fondamentale de responsabilité politique.

 

 

Hortefeux voit le co-développement comme un moyen de limiter l’émigration en fixant les populations dans leur pays d’origine, qu’en pensez-vous?

L’idée que plus de développement entraîne moins de migration est fausse. Plus un pays s’enrichit, plus les gens accèdent à une classe possédante, plus ils ont des ressources économiques, sociales, un niveau de formation qui leur permet d’investir dans l’émigration. Et il y a aussi les exclus du développement. Ceux-là prendront d’autres chemins migratoires, sans moyens, sans les qualifications ciblées par les politiques européennes et sans doute sans document, nourrissant le flot de Cayucos aux Canaries. Plutôt que de bloquer l’immigration, je dirais que le co-développement s’en nourrit.

 

Le ministre de l’Immigration répète aussi que la France a le droit de choisir qui elle accepte sur son territoire.

Il est faux de croire que les Etats sont souverains en matière d’immigration. Ce ne sont pas les gouvernements qui décident qui vient ou ne vient pas. L’immigration est d’abord générée par les marchés. Ce n’est pas un hasard si le premier pays d’immigration nette en Europe est l’Espagne, dont l’activité économique, notamment l’agriculture, dépend fortement de l’immigration. Une autre contrainte est celle du droit. Lorsque la France a voulu interdire le regroupement familial à la fin des années 1970, le Conseil d’Etat l’en a empêché parce qu’il s’agit d’un droit fondamental reconnu par le droit national et international. La question de la politique d’asile est similaire. Le triplement du nombre des titres de séjour «vie privée et familiale» en France au cours des dernières années est révélateur de cela. Ces titres concernent des gens dont le lien avec la France les empêche d’être expulsés. L’Etat est obligé de garantir leur droit au séjour. Mais il se heurte à une troisième contrainte qui est l’opinion publique, favorable à un contrôle strict. Les politiques migratoires essaient de concilier toutes ces contraintes mais c’est souvent l’opinion publique qui donne le la.

 

La Grande-Bretagne qui était plutôt ouverte à l’immigration n’est-elle pas en train de refermer ses portes?

Les Britanniques ont traditionnellement opté pour une approche très pragmatique. Dès 2004, ils ont autorisé le travail des ressortissants des 10 nouveaux Etats membres. Il y a toujours eu quand même une forte politisation du sujet de l’immigration, variable selon les moments. On assiste depuis quelques semaines à un renforcement de cette politisation, avec des discours très durs tenus par le nouveau ministre de l’immigration. La fragilité politique de Gordon Brown explique sans doute ce qui est en train de se passer. Le discours est également devenu très dur en Italie depuis les dernières élections. C’est une constante historique: en période de crise, la question de l’immigration est présentée comme un problème, voire une menace.

 

La politique d’immigration choisie dont rêve Nicolas Sarkozy a-t-elle des chances de marcher?

Quand on veut attirer une immigration qualifiée, il faut s’en donner les moyens. En hésitant entre une politique d’ouverture des frontières et un discours par ailleurs très restrictif sur l’immigration, on crée une image négative de la France ou de l’Europe. C’est l’image de l’Europe «forteresse». Aujourd’hui le défi pour l’Europe est d’entrer dans une compétition internationale pour attirer l’immigration dont elle a besoin. Du coup, les migrants qui ont le choix entre l’Europe et d’autres destinations choisissent d’aller ailleurs.

-jrdf
rss pas de réponses

Laisser un commentaire

WADE - Président - |
la vérité |
Mohamed Fouad Barrada |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | sarkosy un espoir pour la f...
| Sylvie Trautmann
| optiqueslibérales