Substances toxiques… dans nos veines

Source : Le Canard Enchaîné

Au printemps 2004, l’ONG écolo WWF voulait attirer l’attention sur toutes les cochonneries chimiques qu’à notre insu nous absorbons. L’opération Détox consistait à demander à 39 députés européens de se laisser prélever quelques gouttes de sang au creux du bras. Bilan : une moyenne de 41 produits chimiques par député.

Petits bouts de télévision (retardateurs de flammes bromés), parcelles de poêle antiadhésive (PFOA), miettes de tongs (phtalates) ou débris des cinq fruits et légumes par jour (pesticides) : on trouve de tout, chez les élus. Les retardateurs de flammes perturbent le développement du cerveau. Le PFOA est classé cancérigène probable aux Etats-Unis. Les phtalates sont toxiques pour la reproduction. Les pesticides sont soupçonnés des méfaits les plus divers [NDLR : Avec les additifs alimentaires...] allant du cancer à une baisse de la fertilité. Et puis il y a toutes ces autres molécules dont on ne sait presque rien. 

  Pour 99% des 100 000 substances chimiques mises sur le marché depuis un siècle, les données de toxicité sont « rudimentaires » – ce qui est embêtant. [NDLR : Ce qui signifie qu'on connait à peu près que dalle sur 99% des trucs chimiques qu'on nous fait bouffer ou dont on nous environne...]

  Quatre ans après l’opération Détox, on commence tout juste à rectifier le tir. La réglementation européenne sur les produits chimiques (Reach) est en place depuis juin 2008. L’enjeu : rattraper ces décennies d’incurie et contraindre les industriels à répertorier et à tester leurs substances. Mais le processus s’échelonne jusqu’en 2018. En attendant, personne n’a la moindre idée du nombre de polluants que contiennent les Français.

  Pour en avoir le coeur net, on peut éventuellement demander un prélèvement sanguin à son médecin. Un taux de plomb ? facile. Prévoir une quinzaine d’euros. Sinon, autant se lever de bonne heure pour dégotter un laboratoire capable de mesurer les taux de polluants ordinairement très faibles. En France, la toxicologie est un secteur tellement désolé que les organismes de recherche publics doivent envoyer certains de leurs échantillons à l’étranger : les dosages de pesticides et de phtalates en Allemagne, ceux de mercure au Canada.

  Sans compter que les analyses, qui se font par familles de produits, coûtent un oeil. Prenons les PCB, dont sont truffés les poissons du Rhône et de la Seine. Comme ils sont 209, on mesure en moyenne 7 PCB indicateurs, plus les 12 PCB de type dioxine les plus indicatifs. 200 Euros le lot. Tant qu’on y est, prenez aussi les dioxines : elles ont le même genre d’effets. Entre 100 et 200 Euros. Ah… la Sécu ne rembourse que le plomb. Pas grave ! Personne ne sait vraiment à partir de quelle dose ces polluants peuvent poser problème…

  Et si les pouvoirs publics se préoccupaient de la composition réelle de notre sang, tout bonnement ? En Europe, plusieurs pays, y compris la petite République tchèque, possèdent des programmes de « biosurveillance ». Les Allemands, par exemple, ont ainsi pu constater que les trois quarts de leurs enfants avaient des taux de phtalate bien supérieurs aux seuils nocifs. Et on ne parle même pas des Etats-Unis, qui cherchent dans leur population la présence de pas moins de 148 polluants.

  La France, elle, est à la ramasse. Alors, quand le ministère de la Santé accueille, début novembre et en grande pompe, un colloque sur la biosurveillance, forcément, ça ricane un peu dans les travées. Singulièrement insensible à la problématique, la France n’a jamais été fichue de mettre en place une enquête de grande ampleur.

  Mais le flegme et la paperasse n’ont pas réussi à dissoudre toutes les bonnes volontés. De hardis chercheurs spécialisés dans divers domaines planchent depuis des années pour mettre en place l’une des plus importantes enquêtes au monde. L’Etude Longitudinale Française depuis l’Enfance (ELFE) a pour ambition de suivre 20 000 nouveaux-nés jusqu’à l’âge adulte. Des prélèvements devraient être faits chaque année, en commençant par le sang du cordon ombilical. Une occasion exceptionnelle de faire le lien entre l’exposition à des polluants environnementaux et l’apparition des maladies. Avec, notamment, cette question en arrière-fond : Dis, papa, comment on fait les cancers ?

  Cela vaut bien 26 millions d’euros pour les six premières années d’étude. Les ministères ont assuré le financement pour 2009; mais font mine de ne pas comprendre que l’étude ne peut pas démarrer s’il s’agit de mendier les crédits d’une année sur l’autre. Les 60 équipes de recherche sont suspendues à ces tergiversations bureaucratiques. [NDLR : Et un paquet d'industriels sans scrupules se frottent les mains]

-jrdf
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