Le fond de l’air est rouge : point de vue de Besancenot sur les dernières manifestations

  C’était assez prévisible, tout de même… depuis quelques années, ami lecteur, que je parcours différents mouvements politiques et citoyens, que je parle avec des militants variés… J’ai senti, dix-huit mois auparavant, que la situation portait, en elle, les germes nécessaires pour déraper. Certes, avec l’insurrection populaire en Grèce, et les émeutes de 2005, on ne peut pas dire que ce soit totalement inédit en Europe…

  Aujourd’hui, force est de constater, donc, qu’après un anti-sommet de l’Otan qui s’est terminé en barbecue de douane et d’hôtel, un anti-G20 qui a connu un mort, des Black Blocks de plus en plus déterminés, et une demie douzaine de séquestration de patrons, s’ajoutant aux blocages et aux occupations d’usines… le fond de l’air est rouge, camarade !

  Qu’en penser ? Comme d’habitude, d’une part, que les actions trop radicales, trop violentes, desservent au final une cause – car elles engendrent de la peur chez les citoyens, et que la peur empêche de raisonner. D’autre part, que nombre de ces dérapages sont en fait INITIES par les pouvoirs publics, afin de discréditer un mouvement. Enfin, qu’on apprécie cette radicalité ou non, on ne peut pas vraiment arguer que ces phénomènes fussent sans aucun fondement.

  Le peuple se révolte si peu… lorsqu’il le fait, généralement, il a (au moins) une bonne raison. Le JRDF se montre donc solidaire de ces revendications, mais pas forcément des méthodes employées. La destruction nous semble contre-productive, d’un point de vue révolutionnaire; pourtant, il faut considérer que le peuple, finalement, ne fait que réagir à des pressions violentes, pas terriblement nouvelles, et qui n’ont pas été de son fait, à l’origine.

  Le JRDF rejette la guerre, donc; mais qui a déclaré cette guerre ?

  Ce qui me permet, ami lecteur, de retranscrire ici le dernier passage d’Olivier Besancenot dans Le Grand Journal. Ce blog a souvent été critique à son endroit, non par goût, mais par nécessité. Par honnêteté. Encore une fois, ainsi, je réitère le fait qu’il soit dangereux, à mes yeux, de considérer le leader du NPA comme « le rebelle officiel ». Et qu’il serait intéressant de voir d’autres têtes d’affiche… Néanmoins, Besancenot, indéniablement, se bat depuis longtemps pour les intérêts d’une grande partie du peuple. Et son point de vue sur les évènements récents n’est pas dénué d’intérêt. Ni d’une certaine subtilité, que ses détracteurs refuseront toujours de lui accorder. Voici donc ce qu’il a déclaré, il y a quelques jours :

 

   Denisot : Alors, vous étiez à Strasbourg, parmi les manifestants anti-OTAN… C’est vrai que les actes de violence ont beaucoup retenu l’attention, au risque de masquer la vraie raison. On parle aussi de laxisme des forces de l’ordre. Quel est votre point de vue sur ce qui s’est passé ?

  Besancenot : Ben d’abord, que la manifestation ait eu lieu, ça je pense déjà que c’est un succès, parce que Nicolas Sarkozy,le Ministère de l’Intérieur, et les pouvoirs publics ont tout fait pour qu’elle n’ait pas lieu. Je dis bien « absolument tout » puisque des manifestants ont été maintenus à l’extérieur de la ville. Nous, on a été retenus pendant des heures et des heures… A la dernière minute, la Préfecture a imposé un parcours hors de la ville. Même pour avoir accès au début de ce parcours, ça a été impossible, il a fallu franchir je-ne-sais pas combien de barrages… et puis là, on n’a eu plus aucun interlocuteur avec la Préfecture, on nous a trimballés, voilà, on a changé le parcours à la dernière minute, y’avait une présence policière démentielle, avec des hélicos au-dessus du lieu où devait se tenir le meeting. Tout ça, ça fait un peu d’ambiance, si on veut dissuader les gens de venir manifester tranquillement on fait pas mieux; et là, on a été coincés dans une vraie souricière, ce qu’on…

  Denisot : Et là, y’avait les manifestants dont vous faisiez partie, et les Black Blocks; Est-ce que c’est la même chose ? Est-ce que vous vous montre solidaire de ces Black Blocks ? Est-ce-que vous cautionnez ce qu’a dit Frédérick Lefebvre, porte-parole de l’UMP ? Ecoutez, c’est très court…

  Lefebvre : « Vous savez, pour moi, le NPA et Besancenot, c’est un peu la vitrine légale de ces casseurs… »

  Besancenot : Mouais, est-ce qu’il faut vraiment répondre à ça ? Monsieur Lefebvre est spécialiste des petites phrases, le LKP c’étaient les tontons makoute donc bon… enfin, il fait toujours dans la dentelle… Moi, je désapprouve les actions du Black Block. Je ne les cautionne pas, parce que pour moi, la révolution c’est pas la violence gratuite, ce sont pas les actions minoritaires… Moi, je milite pour une grève générale, pour une action d’ensemble… Maintenant, ce que je condamne, ce sont les raisons pour lesquelles on en est arrivé à ça. Ce que je constate, c’est que ceux qui voulaient aller manifester, on a tout fait pour qu’ils ne puissent pas le faire. Ceux qui voulaient trouver des barres à mine ou des cailloux, en gros ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient… Je rappelle qu’il y avait 11 000 forces de l’ordre à Strasbourg ! Et cette souricière, parce que c’était important, je rappelle qu’on était plusieurs milliers de manifestants, on a été bloqués devant et derrière par les forces de l’ordre, et aspergés de gaz lacrymogène.

  Apathie : Vous pensez que c’était volontaire ?

  Besancenot : Ecoutez, que c’était volontaire, faudra qu’on me dise le contraire… Je ne suis pas dans le secret des dieux. Maintenant, vous imaginez qu’on a organisé quand même quelques manifs… euh, on sait comment on fait une manifestation qui dérape, et une manifestation qui dérape pas, du côté des forces de l’ordre… je ne les porte pas forcément dans mon coeur, mais…

  Apathie : C’est difficile, avec ces énergumènes, dont le constate que vous ne vous sentez pas solidaire, de prévoir si une manifestation va déraper ou non…

  Besancenot : Vous voyez, dans cette séquence, qu’on vient de voir, ça s’est passé dans notre cortège, on était dans une rue, on a demandé à pouvoir en sortir, et là y’avait plus personne… donc pour moi, c’est signé « Furax » : on voulait que cette manifestation dégénère. Et on s’en est donné les moyens, pour effacer le véritable évènement. A ce sommet, des voix se sont élevées contre ce concert unanime, parce que je rappelle qu’on nous présentait le G20 et le sommet de l’Otan comme une ère nouvelle du capitalisme, puisque je rappelle que monsieur Sarkozy a dit que le capitalisme, maintenant, était moralisé…alors que pour moi, il y a une cohérence entre le sommet de l’Otan et le G20; je rappelle cela, parce que ceux qui n’étaient pas à Strasbourg, il peut y avoir un décalage… Barack Obama a pu faire un meeting avec des milliers de jeunes. On avait l’impression que c’était la liberté totale de circulation. Nous, on a fait un meeting la veille, et on a ramé méchamment pour que des militants puissent arriver ! Donc là, y’a deux poids deux mesures… et Barack Obama, c’est vrai qu’il l’a fait avec le sourire, mais dans son discours il a exhorté l’Europe à renforcer son poids militaire. Concrètement, ça veut dire qu’un pays comme la France doit encore augmenter son budget militaire, qui est déjà de 44 milliards d’euros. Ben moi, j’aimerais prendre sur ces milliards d’euros pour financer les besoins sociaux, parce que quitte à faire la guerre, je préfère la faire à la crise économique. Je pense qu’on aurait bien besoin de ça.

  Apathie : A propos des paradis fiscaux, vous ne pouvez pas nier que le G20 a fait un premier pas ?

  Besancenot : Oui, enfin, un premier pas, c’est relatif puisque vous avez suivi cette affaire comme moi… Aujourd’hui donc, il y a les gentils paradis fiscaux, et les méchants paradis fiscaux. Y’a ceux qui n’ont pas d’amis dans le monde – ils sont trois – et ceux qui ont des amis, et qu’on doit laisser tranquille. J’essaie de vous expliquer ce que nous proposons contre cela : levée du secret bancaire, commercial, industriel, pour savoir où passe l’argent, que les pouvoirs publics aient le contrôle sur ça; Deuxièmement, publier les comptes auprès du fisc; et troisièmement, ça passe par une fiscalité européenne. Sachant que les derniers traités demandent l’unanimité sur cette question, ça fait qu’un pays comme le Luxembourg peut s’opposer à cette volonté. 

  Ariane Massenet : Et à propos de la séquestration des patrons ? Vous trouvez que c’est une bonne méthode ?

 Besancenot : Je pense que c’est légitime.

  Massenet : Mais c’est illégal.

  Besancenot : Je pense que c’est légitime. Effectivement, c’est légal dans ce pays d’avoir une entreprise qui licencie quand elle fait des bénéfices, mais quand il y a des travailleurs qui sont pris à la gorge, qui se retrouvent face à une direction qui ne veut rien lâcher, qu’ils la retiennent une nuit pour essayer d’obtenir quelque chose, je pense que c’est légitime.

-jrdf
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