Montreuil : Verts contre Rouges

 

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Source : Libération

Maire de Montreuil depuis un an ? Dominique Voynet «domine» la situation, assure-t-elle. «Enfin, dominer ce n’est pas le mot, disons qu’on a trouvé nos marques», corrige la sénatrice. A la tête de cette ville de Seine-Saint-Denis de plus de 100 000 habitants, l’ex-candidate des Verts à la présidentielle vient à peine de «lever le nez du guidon».

C’était il y a un an, «à certains moments j’ai l’impression que c’était hier, à d’autres que je suis restée vissée à mon bureau». A la tête d’une liste rassemblant des Verts, des socialistes dissidents et des acteurs de la société civile, Voynet avait créé la surprise aux municipales en expulsant de son fief Jean-Pierre Brard (apparenté PCF), après vingt-quatre ans de règne et avec plus de 54 % des voix. Et ce, sans le soutien des états-majors du PS et du PCF et même des Verts, avec qui Voynet entretient des relations difficiles.

Pendant la campagne la candidate avait comparé Montreuil, ville communiste depuis soixante-dix-sept ans, à la Roumanie sous Ceausescu. Mais aujourd’hui, quid de la pérestroïka promise ? Pour Voynet, 50 ans, ce n’est pas le moindre des paradoxes de cette première année. En maire de Montreuil, «Dominique la batailleuse», selon ses proches, «l’emmerdeuse», d’après les mêmes, apprend à faire la paix.

Bras de fer. «Montreuil était en guerre avec le monde entier. Brard faisait la leçon à nos voisins. Il a fallu les convaincre qu’on aurait un comportement normal et amical avec eux», explique la maire. Jeudi, une nouvelle communauté d’agglomération va être annoncée. «De Montreuil à Bobigny en passant par Pantin, c’est la plus grosse agglo d’Ile-de-France avec plus de 450 000 habitants. C’est la grande victoire de Dominique», se réjouit Jacques Archimbaud, son directeur de cabinet, fidèle d’entre les fidèles.

Dans cette ville endettée et touchée par la crise, cette structure devrait permettre de cofinancer une piscine et une médiathèque dans le haut-Montreuil populaire. Et réduire la fracture avec le bas-Montreuil, ses bobos et ses bureaux. «Avant, ici, c’était Fort Alamo,Après dix ans de guerre totale, une pacification s’est faite entre la mairie et la population.» En revanche, entre la sénatrice-maire et le député Brard, le bras de fer persiste (1). raconte René, un militant du NPA, le parti d’Olivier Besancenot.

Vendredi 27 mars. Pour leur premier anniversaire, «Dominique» et sa majorité de 41 élus reçoivent dans la salle des fêtes. Sur invitation. Les 400 Montreuillois présents, pour la plupart responsables d’associations et d’organismes publics, ont été triés sur le volet. «On voulait des échanges constructifs, éviter que trois brardistes casse-couilles viennent mettre le boxon», raconte un proche de Voynet. Au micro, cette dernière se montre pugnace. «Un peu cassante. Mais en même temps pour diriger, il ne faut pas être mièvre», juge un habitant. «Elle est franche et directe», estime une autre. En tout cas pas démago quand elle explique que seuls les trottoirs de la rue Allende soulevés par les racines d’arbres seront refaits, pas l’ensemble de la voirie. Le choix de ne pas augmenter les impôts locaux oblige à faire des sacrifices.

Cris d’orfraie. L’ombre de Brard et de ses réseaux, pourtant atrophiés par la défaite, plane encore dans la salle. A plusieurs reprises, Voynet exhorte son auditoire à ne pas «accorder trop d’attention aux cris d’orfraie qui accompagnent chacun de nos mouvements». A surtout ne pas se laisser freiner par «les ragots et les rumeurs débiles» distillées depuis un an par «ceux qui estiment que nous avons usurpé le pouvoir».  

Sous la municipalité précédente, les enfants de chômeurs étaient privés de cantine. A la rentrée, 900 élèves ont été pris en charge par la ville. Pour les intégrer, la question de la rotation des repas s’est posée. «J’ai évoqué les écoliers allemands qui mangent un Brötchen [pain bagnat, ndlr] et des fruits à midi. Et tout de suite, j’ai eu un tract : « Elle va mettre des distributeurs de sandwichs dans les écoles » !» La maire sait que s’obséder avec son prédécesseur, c’est continuer à le faire exister. Et qu’elle ferait mieux de s’adresser aux Montreuillois. Mais elle a du mal à retenir ses coups. Son prédécesseur, il est vrai, la marque constamment à la culotte.

«Immobilisme». «M. Brard est toujours extrêmement présent dans sa circonscription qui se trouve être sa ville. Il est là le 19 mars, le 8 mai, le 11 novembre, pour toutes les manifestations publiques et patriotiques», précise Frédéric Molossi élu (PS) de la minorité. Après avoir taxé la majorité municipale «d’amateurisme», la minorité stigmatise désormais son «immobilisme».«La ville reste endormie», se désole un élu communiste. Beaucoup de lettres de sollicitation et de coups de fil des Montreuillois restent sans réponse. «Il y a un problème de gouvernance, ils ne maîtrisent pas encore bien les services. Des gens leur savonnent encore la planche. Ce qui me surprend le plus c’est qu’ils ne fassent pas plus de nettoyage», s’étonne une responsable associative. Résultat : «La population se plaint de n’être au courant de rien. Ils doivent faire des trucs très bien, mais comme rien n’est encore visible, on a l’impression qu’il ne se passe pas grand-chose», ajoute cette habitante. «On est passé du monologue au dialogue, mais les actes se font attendre», s’impatiente Ismaël, un responsable d’association.

«On a semé, ça n’a pas encore levé», admet Archimbaud. Mais Houria, une militante associative, ne voit pas les choses d’un même œil : «La rupture politique, on l’a sentie. Sur les Roms, le syndicat des eaux, les sans-papiers, je suis presque fière d’habiter ici.» Voilà qui devrait conforter la sénatrice-maire.

(1) Jean-Pierre Brard a refusé de répondre aux questions de Libération.

par Matthieu Ecoiffier

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