Le cancer chez les animaux : preuve de l’origine artificielle du cancer ?

Source : http://www.cwhn.ca/network-reseau/10-1f/10-1pg9.html

Des taux de cancer alarmants chez les animaux de compagnie et la faune offrent des indices quant au cancer chez les humains
Des études démontrent que la présence de contaminants chimiques peut nuire au fonctionnement de la thyroïde, causer le cancer du sein en plus d’altérer le sang placentaire et nuire au développement du fœtus

 

 

En mai 2007, la revue de la American Cancer Society’s [Sociécé américaine du cancer], Cancer, a publié une base de données contenant une liste de 216 produits chimiques, identifiés par les chercheurs comme des déclencheurs de cancer mammaire chez les animaux. Or, plusieurs de ces substances sont présentes dans les produits de consommation, les contaminants alimentaires, les polluants atmosphériques et dans nos milieux de travail.

Jusqu’à récemment, on croyait que nos choix de vie et nos choix alimentaires étaient les principaux facteurs causals du cancer. À cela pouvait s’ajouter aussi un peu de malchance héréditaire. Mais cette maladie ne touche pas uniquement les humains. Il existe maintenant des preuves à l’effet qu’elle existe aussi dans le monde animal, et cette donnée, ainsi que de nombreuses autres, changent énormément la vision du public quant aux causes du cancer.

Les bélugas vivent dans les eaux nordiques de la planète depuis des millions d’années, s’alimentant de pieuvres, de crabes et de poissons. Toutefois, dans l’estuaire du Saint-Laurent, certaines de ces baleines souffrent aussi du cancer. Pourtant, elles ne boivent pas, ne fument pas, ne mangent pas de malbouffe ou ne s’étendent pas en plein jour sous les rayons du soleil. Jusqu’à dernièrement, quand on a nettoyé un peu les eaux polluées qui provoquaient chez elles des cancers, les taux de mortalité liée au cancer (une baleine sur quatre) égalaient ceux relevés chez les humains du pays. Cette espèce éprouve également d’importants problèmes de reproduction – tout comme les humains.

Par contre, les scientifiques n’ont trouvé aucune trace de cancer chez les bélugas qui circulent dans les eaux ouvertes de l’Arctique. Alors que se passe-t-il? Les autopsies effectuées sur l’espèce ont révélé la présence d’importants taux d’hydrocarbure aromatique polycyclique, un élément cancérogène qui provenait très probablement d’une aluminerie située en amont.

Les baleines ne sont pas les seules espèces touchées. À Washington DC, à quatre pâtés de la Maison-Blanche, le Registry of Tumors in Lower Animals [Bureau de recensement des tumeurs chez les animaux inférieurs] contient près de 4 000 cas de cancer chez les poissons, amphibiens, reptiles et invertébrés recensés par le Smithsonian Institute et le National Cancer Institute.

Des flambées de cancer du foie ont été repérées chez seize espèces de poissons, sur vingt-cinq sites pollués, des milieux d’eau douce et aussi d’eau salée. Les mêmes tumeurs ont été identifiées chez les poissons de fond, dans des régions industrialisées et urbanisées situées le long des côtes atlantiques et pacifiques du Canada. Dans les eaux canadiennes non polluées, le cancer chez les poissons  est à peu près inexistant.

De plus, des preuves troublantes confirment que le cancer est également présent chez les chiens. Une étude réalisée en 1989 auprès de plus de 8 000 chiens révélait un lien entre le cancer de la vessie canin et le fait que ces animaux vivaient dans des pays industrialisés. La distribution de ce type de cancer était la même que celle recensée chez les humains.

En 1995, l’incidence de cancer de la vessie chez les chiens examinés dans les écoles vétérinaires nord américaines était six fois supérieure à celle identifiée en 1975. Les terriers écossais, les bergers shetland, les fox-terriers à poils durs et les westhighland-terriers affichaient tous un taux de risque plus élevé, comparativement aux races mêlées, ce qui suggérait une prédisposition génétique au cancer chez les terriers, sans toutefois expliquer la raison de cette augmentation.

En interviewant les propriétaires de terriers écossais atteints du cancer de la vessie, les chercheurs ont constaté que les chiens dont les propriétaires avaient arrosé leur pelouse d’herbicides à base d’acide phénoxy étaient quatre à sept fois plus à risque de développer un cancer que les chiens qui n’avaient pas été exposés à ce produit. L’acide phénoxy est un ingrédient actif utilisé dans la fabrication de 2, 4-D, un herbicide très utilisé et lié à divers cancers.

Les études sur le « cancer chez les chiens » révèlent la nature multifactorielle de cette maladie. Le cancer de la vessie chez ces animaux est lié à l’utilisation de produits insecticides pour éliminer les puces et les tiques, mais aussi à l’obésité de l’animal et à la présence d’une autre source de pesticides. Une alimentation préventive est également un facteur important. Dans les études sur les terriers, les chercheurs ont constaté que le risque de cancer diminuait de 90 % chez les terriers écossais qui mangeaient des légumes-feuilles trois fois par semaine.

Le cancer est très rare chez les oiseaux. Par contre, depuis quelques années, des cas de cancer ont été relevés chez les goélands argentés vivant dans les eaux polluées des Grands Lacs, une situation qui démontre la présence du même modèle carcinogenèse multi-phases identifié chez les humains. Les recherches démontrent clairement que les eaux contiennent des produits chimiques polluants identifiés comme des substances cancérogènes.

Jusqu’où devons-nous aller pour investiguer les causes et les effets? La même courbe d’incidence de cancer est présente chez la population de lions de mer des eaux côtières de la Californie, où des polluants organiques persistants ont été jetés dans les eaux dans les années 60 et 70. Un lion de mer sur cinq est atteint de cancer des voies urinaires ou génitales. On retrouve dans leurs graisses des produits chimiques toxiques provenant d’anchois, de calmars, de saumons et de moules dont ils s’alimentent.

Nous, les humains, sommes exposés à la même charge corporelle de contaminants toxiques qui génère des cancers chez les animaux et les poissons. Comment pouvons-nous penser être immunisés aux effets de ces substances ou que nos cancers sont causés par des choix de vie?

Le DDT illustre bien ces propos. Pendant des années, les gens qui se doutaient de l’existence d’un lien entre le DDT et le cancer du sein n’étaient pas pris au sérieux parce qu’aucune étude prouvant leur thèse n’avait été publiée. Toutefois, les auteurs d’une étude récente, publiée dans la revue Environmental Health Perspective, ont cherché des preuves de contamination au DDT en ciblant les années critiques de l’enfance et la première phase de la puberté. Ils ont trouvé des preuves tangibles à l’effet que les filles exposées à des taux élevés de DDT avant l’âge de 14 ans étaient cinq fois plus à risque de développer un cancer mammaire que celles qui ne l’étaient pas. Ils ont également constaté que les participantes qui étaient en plus bas âges au moment de l’exposition affichaient le plus haut taux de risque.

Une autre étude récente, réalisée cette fois-ci en Espagne, a décelé les mêmes taux de PBDE, un produit chimique ignifuge, dans le sang placentaire des nouveaux-nés que ceux relevés dans le sang de travailleurs du recyclage électronique. Or, les études sur les animaux ont identifié les PBDE comme des substances qui dérèglent la thyroïde et inhibent le développement. Il y a donc peut-être un lien avec le cancer et le doute persistera, à moins de mener des études qui examineront l’impact des produits chimiques comme les PBDE lorsqu’il y a exposition à l’étape fœtale ou pendant la première phase de la puberté. En effet, pendant ces étapes, les messages hormonaux circulent rapidement et peuvent facilement être sabotés par la présence d’une substance chimique indésirable. En l’absence d’une telle étude, le danger persistera.

Tout cela est d’autant plus inquiétant à la lumière de la récente analyse menée par l’Alliance canadienne pour la recherche sur le cancer. L’organisme s’est penché sur la répartition des 500 millions $ que le Canada consacre à la recherche sur le cancer. Il a constaté que seulement 2 % des fonds vont à la prévention, comparativement aux 22 % consacrés à l’amélioration des traitements et aux 56 % acheminés à la recherche scientifique qui étudie la biologie du cancer pour trouver un remède.

Imaginez ce que nous pourrions faire si non seulement 2 % mais 20 % de ces fonds (100 millions $ par année) étaient consacrés à la recherche préventive, avec pour objectif de cerner les multiples effets des produits chimiques polluants pouvant entraîner le cancer et d’élaborer un programme axé sur des solutions de rechange et l’élimination des causes.

Si nous pensons que le taux de cancer ira en diminuant, nous nous leurrons, à moins que le Canada ne s’engage rapidement et vigoureusement à éliminer les polluants de nos eaux, notre air, notre nourriture, et aussi de nos médicaments, cosmétiques et produits de nettoyage.

Poursuivre la recherche pour une cure pharmacologique? Pourquoi pas. Mais il faut aussi observer ce qui se passe chez les animaux et les poissons et poser de toute urgence des gestes pour prévenir le cancer – tant chez les populations animales qu’humaines – en éliminant les substances cancérogènes identifiées comme des éléments déclencheurs.

 

Guy Dauncey signe avec Liz Armstrong et Anne Wordsworth le livre Cancer: 101 Solutions to a Preventable Epidemic (New Society Publishers, 2007), disponible sur le site www.earthfuture.com/cancer. Il est également coprésident de l’organisation Prevent Cancer Now, www.preventcancernow.ca

Michael Gilbertson a travaillé conjointement avec le gouvernement fédéral du Canada pour exercer une surveillance en matière de produits toxiques et réglementer ces substances. Il a œuvré à cette mission pendant 34 ans, dont 16 années à la Commission mixte internationale, et participe à Cancer 2020: Cancer and the Environment Stakeholder Group [Groupe d’intervention en matière de cancer et d’environnement], d’Action cancer Ontario.

-jrdf
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