Des dizaines de contrôles ont loupé le plutonium qui traîne à Cadarache

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Source : Le Canard Enchaîné

  Qui a oublié son plutonium dans la boîte à gants ? C’est la question qu’est en droit de poser l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) au Commissariat de l’énergie atomique et au groupe Areva. Plus de 30 kilos de ce produit radioactif – ingrédient de base des bombes atomiques – ont été dans l’ancien atelier de fabrication des MOX (combustible pour les réacteurs), à Cadarache, dans les Bouches-du-Rhône.

  Ce n’est pourtant pas faute de surveillance. Pour la seule année 2008, le site, qui compte plusieurs installations nucléaires du Commissariat à l’énergie atomique et d’Areva, a fait l’objet de pas moins de 48 inspections de l’ASN ! A l’issue desquelles ladite autorité a indiqué qu’elle « portait un regard assez positif sur l’exploitation » de ces équipements et a noté un « progrès dans l’organisation et le management de la sûreté au sein de Centre de Cadarache ».

BALANCE EN PANNE

Gratifiant, mais alors comment expliquer que, des mois durant, personne ne se soit aperçu de la présence de dizaines de kilos de plutonium en trop dans plus de 200 « boîtes à gants »,ces récipients isolés et pressurisés où s’effectue le mélange avec l’uranum qui donnera le fameux combustible MOX ? Entre autres raisons, indique Monique Séné, physicienne nucléaire, « parce qu’il s’agit d’une poudre qui se dépose partout – recoins et canalisations – si l’on ne fait pas un nettoyage parfait ». [NDLR : !!!!!!!!!!!!!]

  Cela n’excuse pas la négligence des contrôles. Est-ce parce que cet Atelier de technologie plutonium était en cours de démantèlement ? Les précautions n’y étaient pas toujours extrêmes. En novembre 2006, l’ASN avait décrit un « incident significatif » à l’atelier, dû à une panne d’instrument de pesage. Moins flatteuse qu’en 2008, elle dénonçait alors « un manque de culture de sécurité chez les opérateurs, un non-respect des procédures d’exploitation, des dysfonctionnements dans la gestion des matières nucléaires, dans la traçabilité des changements d’équipes et dans la transmission des consignes ». Trois ans plus tard, « sûreté » et « traçabilité » laissaient encore à désirer. Et jettent un doute sur toute la filière : si 30 kilos de plutonium dorment incognito dans un labo, rien ne prouve que d’autres quantités n’ont pas atterri dans d’autres mains. Phénomène inquiétant, désigné sous le nom de « dissémination nucléaire »…

VITRINE RAYONNANTE

C’est peut-être pour éviter ces réprimandes qu’Areva n’a informé l’ASN de la découverte du « plutonium en rab » qu’avec… trois mois de retard. Preuve de son immense respect pour l’organisme de contrôle, le groupe n’en était pas à sa première cachotterie. Durant l’été 2008, il avait attendu près de 24 heures avant de déclarer les rejets radioactifs d’une usine du Tricastin. Plus récemment, les tricheries d’un sous-traitant sur les contrôles de soudures, dans une autre unité du Tricastin, n’ont, elles aussi, été avouées qu’au bout de trois mois.

  On est donc prié de croire sur parole ce loyal industriel lorsqu’il déclare qu’aucun salarié n’a été exposé aux risques présentés par cette poudre fantôme. Même à doses infimes (quelques milligrammes), le plutonium, inhalé ou ingéré, est cancérigène. Concentré en quantités dépassant quelques kilos, il atteint cette fois la « masse critique » qui entraîne une réaction en chaîne spontanée… Phénomène survenu, en 1999, à Tokaïmura (Japon), causant la mort de deux ouvriers et l’irradiation de dix-neuf autres.

  En attendant, l’affaire produit le meilleur effet sur l’image du nucléaire français, vitrine de l’excellence technologique tricolore. On imagine quel accueil serait réservé à des dirigeants iraniens ou nord-coréens affirmant qu’ils ont oublié de comptabiliser quelques kilos de matière radioactive…

-jrdf
rss 1 réponse
  1. brice
    22 novembre, 2009 | 11:10 | #1

    Bonjour,
    Je comprends votre réaction sur ce sujet, mais une information doit toujours être diffusée avec justesse, surtout lorsqu’on est journaliste.

    Une installation nucléaire comme celle dont vous parlez regroupe plusieurs dizaines de boites à gant (boites métalliques étanches en acier ou plastique dans lesquelles on manipule la matière dangereuse avec des gants). Le Plutonium et l’Uranium étant des matériaux très denses et très pulvérulents, ils se déposent de manière uniforme à l’intérieur de ces installations (cela s’appelle la rétention). Pour exemple, un seul gant exposé à cette ambiance peut retenir ainsi 10 à 20 grammes de matière. Ces installations sont constituées de centaines de gants similaires. Les installations de Cadarache possèdent plusieurs dizaines de boites à gants, chacune ayant une surface développée importantes… La rétention de l’ensemble est surement supérieure aux quelques kilos évoqués. Cela est connu des exploitants et de l’ASN (Autorité de Sureté Nucléaire) et ce n’est pas ca qui est reproché à AREVA. Ce qui lui est reproché c’est le formalisme de la déclaration. AREVA devait déclarer ces écarts au fur et à mesure de leur connaissance exacte. Il reste plusieurs autres boites à gants à assainir, la matière récupérée sera désormais déclarée au moment de son comptage exact.
    Cordialement,

    Un opérateur du démantèlement.

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