Où est passé James Bond ?

Source : Canard Enchaîné

Il a de quoi être perplexe, Obama. Il vient de découvrir, lui, le big boss, la profondeur du cauchemar américain. C’est ce qui ressort du rare documentaire de James Bamford et Scott C. Willis, diffusé dimanche soir sur Arte, après les formidables « Trois jours du Condor ».

  La National Security Agency (NSA), cette officine de l’ombre dont on n’osait pas davantage prononcer le nom que celui de Dieu dans l’Ancien Testament, fut, à l’origine, créée pour espionner avec les moyens technologiques les plus raffinés le Diable en personne qu’était l’URSS. A la chute du mur de Berlin, il fallut reconvertir cette ténébreuse National Security Agency à l’étude de l’Axe du Mal, c’es-à-dire du terrorisme, une cible petite et très mobile, incarnée par Al-Qaida. Les 20 000 missionnaires, mathématiciens, linguistes, informaticiens de la Shadow Factory du Maryland pointèrent alors leurs antennes sur un ennemi minuscule à l’échelle planétaire : le téléphone portable. Écouter tous les courriels, tous les messages. Décoder tous les codes cryptés sous le couvert de traquer le Malin barbu Ben Laden.

  Ils ne travaillèrent pas si mal. En novembre 1996, lorsque le terroriste se fit acheter un portable en plein New York par un « vrai croyant », ils apprirent aussitôt son numéro et le filèrent en Afghanistan. Où, grâce à leurs longues oreilles, ils écoutaient tout, surtout les appels passés à son adjoint résidant dans une banales maison de Sanaa, au Yémen, chargé d’exécuter les mauvais coups. Si bien que, le 7 août 1998, lorsque deux ambassades des États-Unis sautèrent en Afrique de l’Est, ils étaient au courant qu’il se préparait du grabuge. Mais quoi ? Et où ? Le savaient-ils ? Pas les autres agences, en tout cas.

  Depuis décembre 1999, ils connaissaient minutieusement les déplacements de ceux qui allaient commettre l’attentat du 11-Septembre, y compris leur réunionde Kuala Lumpur, en Malaisie, où tout fut décidé. De son côté, la CIA avait repéré le départ de Djedda pour les États-Unis de l’un d’entre eux, muni d’un visa en règle. [NDLR : ET IL A EU SON VISA ?] Mais que venait-il faire ? Et le FBI, de son côté, quand il détecta la présence de ce facheux client, n’osa rien faire. Puis la CIA vit déferler, le 15 janvier, des suspects sur San Diego et prit note de leurs cours de pilotage : mais ce n’était pas illégal pour des citoyens, même religieux. En outre, la CIA se garda bien de transmettre ses petits secrets aux rivaux du FBI. Pendant ce temps, Ben Laden continuait à passer ses ordres au Yémen et la NSA à le savoir. Bref, chacun croulait sous les informations mais les gardait pour lui. C’est ainsi que le 11 Septembre eut lieu.

  Depuis lors, le monstre a prospéré, s’adaptant aux transmissions à travers les continents par câbles à fibres optiques. En moins d’une seconde, 4 milliards de milliards de bips sont ingurgités par ses gigantesques machines, servies par 35 000 spécialistes depuis 2008. Mais ils ont eu beau sélectionner les associations de vocables suspects sur les messages; On a eu beau leur apprendre en masse l’arabe; Tout cela a beau coûter 26,7 milliards de dollars : ils sont dépassés. Et leur communication interne ne s’est pas améliorée, comme vient de le découvrir Obama avec la tentative d’attentat du 25 Décembre sur le vol Amsterdam-Détroit.

  On en est là. Aéroports envahis de machines à scanner, avions interdits aux « sales gueules » des habitants de 14 pays, passagers examinés à poil. Nous sommes moins libres. Mais plus sécurisés ? On a de quoi, malgré Obama, être perplexes.

-jrdf
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