Retraites : les femmes piégées par leur carrière

Analyse

Le ministre du Travail a reçu hier la responsable de la délégation femmes au Sénat pour aborder leur sort dans la réforme. 

Par LUC PEILLON, Libération

Des enfants et leur mère le 31 août 2009 devant une école.

Des enfants et leur mère le 31 août 2009 devant une école.

(© AFP Mychele Daniau)  

 

Et les femmes ? Jusqu’ici peu présentes dans le débat sur la réforme des retraites, leurs situations vient de ressurgir dans la perspective de l’examen du texte au Sénat le 4 octobre. Devant la montée du sujet dans les médias, le ministre du Travail, Eric Woerth, s’est même fendu d’une invitation auprès de la responsable de la délégation femmes au Sénat, Michèle André, afin d’aborder, hier matin, leur sort dans le projet de loi. Peu disert, selon cette sénatrice socialiste, «le ministre s’est cependant montré moins fermé que Nadine Morano sur certains points, notamment sur celui du maintien du départ à 65 ans sans décote pour les mères ayant élevé des enfants».

La secrétaire d’Etat à la Famille avait effectivement opposé un niet catégorique, vendredi sur RTL, à cette possibilité de départ à la retraite à taux plein à 65 ans (au lieu de 67 prévu dans la réforme) pour celles qui n’auraient pu réunir toutes leurs annuités, considérant que «le vrai débat ne porte pas sur le calcul des trimestres, mais sur l’égalité salariale». Même la Haute Autorité de lutte contre les discriminations (Halde) a mis son grain de sel : dans sa délibération du 13 septembre, elle demande le maintien du départ à taux plein à 65 ans «pour les personnes ayant pris un congé parental ou pour soins apportés à un enfant ou à un parent malade».

Incomplètes. Fermeté d’un côté, «on va réfléchir» de l’autre : une légère hésitation semble gagner le sommet de l’Etat sur le recul de la borne d’âge à 67 ans. Laquelle apparaît au fil du débat comme le point le plus injuste de la réforme, puisqu’il touche tous ceux qui ont eu des carrières incomplètes. A commencer par les femmes. Sur l’ensemble de l’année 2009, les hommes ont ainsi été 13% à avoir liquidé leur retraite à 65 ans, contre 21% pour les femmes.

Problème : le maintien du taux plein à 65 ans pour les mères qui n’auraient pas toutes leurs annuités n’entraînera pas forcément la réduction des inégalités entre hommes et femmes. D’après la Cnav (Caisse nationale d’assurance vieillesse), si la génération née en 1950 accuse encore, à l’âge de 60 ans, un écart de plus de deux trimestres au détriment de la gente féminine, les choses ont plutôt tendance à évoluer en leur faveur. Dès la génération née en 1954, les femmes pourraient ainsi avoir réuni une durée d’assurance supérieure de près de deux trimestres à celles des hommes. Pour la génération née en 1980, l’écart pourrait même être de 5 trimestres pour les femmes.

Cette évolution, qui tient aussi compte des majorations de trimestres pour interruptions de carrières, est le résultat d’une plus grande insertion professionnelle des salariées. Mais elle reste fragile, puisque conditionnée au maintien des dispositifs de majoration pour celles ayant arrêté leur activité professionnelle dans le but de s’occuper d’un enfant.

Autre preuve que la question des inégalités hommes-femmes face aux retraites ne sera pas réglée par le maintien de la borne du taux plein à 65 ans : les inégalités du niveau des pensions devraient perdurer à l’avenir. En effet, les femmes du secteur privé qui liquident actuellement leur pension de droit direct (générations nées entre 1945 et 1954) toucheront une retraite inférieure de plus de 45% à celles des hommes. Or, même légèrement réduit, cet écart sera encore de 37% pour celles nées entre 1965 et 1974.

Miroir. La persistance des différences dans le niveau des pensions sera avant tout due, à l’avenir, aux inégalités vécues par les femmes au cours de leur carrière, dont la retraite n’est qu’un miroir amplificateur. Discrimination salariale pure, interruption d’activité professionnelle pour élever un enfant, temps partiels subis : ces trois éléments (lire ci-contre) sont la cause d’un revenu d’activité plus faible, conduisant à une retraite moindre. Or, malgré quelques avancées dans le projet de réforme (prise en compte des indemnités journalières de congés maternité dans le calcul, plan d’égalité salariale dans les entreprises), la question reste largement sous-traitée.

Fin effective de l’inégalité salariale, extension des possibilités de garde d’enfant, limitation des temps partiels : c’est essentiellement en amont que l’égalité des retraites entre hommes et femmes doit être traitée. Pas sûr que le gouvernement soit aussi ambitieux.

-jrdf
rss 1 réponse
  1. 24 septembre, 2010 | 17:30 | #1

    Vigilance!
    La « retraite » des femmes, je crois ne peut être regardée sans oublier que aujourd’hui plus de femmes qu’avant travaillent..
    Le minimum de retraite, pour tous, est indispensable.. Trimestre ou pas!
    Amicalement!

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